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25/05/2012

LES BEST OF JD : « LA CITADELLE DE BITCHE OU L’HOMMAGE RENDU A LA PORTE DE FRANCE ! »

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© Photo ci-dessus : http://www.citadelle-bitche.com/site/index.php

 

Nichée au cœur du parc naturel régional des Vosges du nord, à la frontière entre la Lorraine et l’Alsace, une table de gré rose immuable, proéminence naturelle, bordée de tous côtés par la forêt, domine la luxuriante vallée de Bitche. Telle l’antique borne-frontière du « Breitenstein »(1), la citadelle, couronne de remparts majestueux, maternelle, protège l’ancienne citée blottie à ses pieds. Ce véritable nid d’aigle monte la garde, fixant à tout jamais la frontière aux marches de l’Est. Cette « « Porte de France » au passé prestigieux »(2) tournée vers le levant, garantit la virginale authenticité du « pré carré » si cher à Louis le 14ème. Important carrefour routier, Bitche est devenue une place forte afin d’assurer le contrôle des voies de passage de Metz et de Sarreguemines, de Sturzelbronn à Wissembourg, en direction de Pirmasens et de Deux-Ponts, et vers Ingwiller et Saverne. 

 

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UN PEU D’HISTOIRE… 

 

« Au XIème siècle, (...) (la ville de Bitche, ndlr) fut le siège d’une puissante seigneurie qui relevait des ducs de Lorraine, qui la cédèrent en 1302 au comte de Deux-Ponts en échange de la ville de Sarreguemines. Celui-ci fit élever un château féodal sur le rocher, au pied duquel se développèrent deux hameaux : Rohr et Kaltenhausen. A la mort du dernier comte de Deux-Ponts, son gendre, le comte de Hanau-Lichtenberg, s’appropria la ville et y introduisit la réforme, ce qui fournit au duc de Lorraine un bon prétexte pour s’emparer de la cité, où siégeait le gouvernement de Deux-Ponts-Bitche, et la réunir à son territoire (1571-1572). En 1633, les suédois, alliés des français, détruisirent Rohr et Kaltenhausen et l’année suivante le maréchal de la Force réduisit le château. A plusieurs reprises les français occupèrent les lieux.»(4)

Dès la deuxième moitié du XVIIème siècle, une perpective cavalière signée du dessinateur de la Poincte donne une idée du château et de son site. L’auteur s’étant laissé emporter par son imagination a augmenté exagérément la surface du plateau, alors qu’elle n’a en réalité qu’une longueur de 400 m, pour une largeur moyenne de 33 m. Toutefois cela donne une idée générale des lieux et de précieux renseignements (la répartition des bâtiments, une série de tours de flanquement composait le mur d’enceinte, le plateau était constitué d’un seul bloc, etc. ). De ce château, vainqueur durant des siècles de tous les assauts ennemis, il ne subsistera que la base de deux tours !

« En 1679, au traité de Nimègue, la ville fut réunie à la France (…) C’est alors qu’à la place des deux hameaux ravagés par la guerre de Trente ans, Bitche prit son essor.»(4)

La réorganisation de la nouvelle frontière du royaume qui en découla rendit l’ancien château obsolète, faisant place à un nouvel ouvrage résolument moderne capable d’assurer la protection du nord-est du pays. Vauban, concepteur de la ceinture défensive du royaume, réalisa ce travail. Pour ce faire, il découpa le rocher en trois parties séparées par deux gorges profondes. La place fut très vite considérée comme imprenable, grâce à son système défensif perfectionné (série de bastions, réseau de souterrains, chemin couvert, bâtiments militaires dernier cri et armement puissant).

Cependant Bitche ne conservera que quelques années ce rôle stratégique. « Le traité de Ryswick (1697) restitua le comté (de Bitche, ndlr) au duc de Lorraine »(4), entraînant le démantèlement global des fortifications. Un régiment passa une année complète à détruire ce qui avait été édifié avec tant de peine ! Ah, si l’émission de TF1 « Combien çà coûte ? » existait à l’époque, cela ne se serait pas passer ainsi !

En 1737, lorsque la Lorraine revint à Stanilas Lesczcynski, ex-roi de Pologne et beau-père de Louis XV, la France hérita de ce qui restait du château et se réserva, suite à la convention secrète de Meudon de 1736, le droit de refortifier les principales places-fortes lorraines. La position clé de Bitche n’échappa pas au duc de Belle-Isle, gouverneur des Trois-Évêchés. Placée face au Palatinat, entre Landau et Sarrelouis, occupant le défilé des Vosges, elle devait absolument être refortifiée. A ces fins, Belle-Isle effectua de nombreux repérages pour convaincre, dès 1738, le ministre de la guerre de rétablir provisoirement le château. Les travaux de démolition des français, lors de leur précédent départ, avaient été parfaitement exécutés ; plusieurs mois furent nécessaires au dégagement des souterrains et « pour trouver la continuité de l’ancienne enceinte sur la berne »(2).

Puis en 1740, Louis XV décida la reconstruction de la citadelle. De 1741 à 1754, Les ingénieurs en chef Desboz et Chermont, sous la houlette de Cormontaigne, Directeur des fortifications, s’inspirèrent de Vauban. Grâce aux fonds importants engagés, ils le dotèrent des dernières innovations technologiques. Pendant toute la durée des travaux, plus de 100 000 livres l’an furent dépensées ! Entièrement financées par… les lorrains !

 

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© Photo ci-dessus : http://www.bitscherland.fr

 

« Comme le reste du duché de Lorraine, Bitche fut rattachée à la France en 1766. Une nouvelle enceinte protégea la ville à partir de 1844 et en 1850, Bitche fut promue forteresse de première classe. »(4) Elle « vit sa défense renforcée. On l'entoura d'une nouvelle enceinte et on construisit sur la colline de la Roche-Percée un fortin, le fort Saint-Sébastien, complété par un camp retranché »(3). « Sa citadelle repoussa toutes les attaques : en 1793 face aux Prussiens… »(4)

Puis « En 1866, peu avant la guerre, il fut décidé que Bitche verrait le passage du train et que la ville serait dotée d’une gare. L’empereur Napoléon°III lui-même en avait décidé ainsi sur intervention du baron de Geiger. Cependant une polémique s’en suivit car la compagnie voulait implanter la gare trop loin de la ville. »(3) Finalement, le projet se concrétisa et « Bitche obtint gain de cause (…) la proximité de la gare fut un atout lors de la guerre de 1870. »(3) Aussi « la construction de la voie ferrée Sarreguemines-Haguenau fut entreprise (1868-l869). »(3). Cela permit « (…) de désenclaver la place et (…) l'acheminement rapide de troupes »(3) « Tous ces travaux attirèrent une forte main d’œuvre à Bitche dont le commerce local en tira un large bénéfice. Des immeubles bourgeois bordant la rue de Sarreguemines furent les témoins de cette prospérité. »(3)

 

 

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© Photo ci-dessus : http://www.bitscherland.fr

 

UN PETIT CHEF-D’ŒUVRE DE FORTIFICATIONS MILITAIRES

 

L’ouvrage militaire réalisé à Bitche dépasse toute attente ! Quelle majesté ! « Ma patrie est partout où rayonne la France, où son génie éclate aux regards éblouis ! » disait Alphonse de Lamartine (extrait de « La Marseillaise de la Paix »). La citadelle symbolise à elle seule ce génie créatif français et ressemble au cœur pur d’une jeune femme refusant de se laisser conquérir. Un survol de son site laisse découvrir, outrageant, ces délicieux atours…

« Le nouveau château, appelé plus tard la Citadelle (…) comprend un plateau central bastionné, précédé à l’est par la Grosse Tête et à l’ouest par la Petite Tête. La partie la plus impressionnante est constituée par la courtine sud. C’est un bloc de rocher de 20 m de haut et de 210 m de long formant un bouclier efficace contre n’importe quel bombardement. Des séries d’obstacles devaient empêcher l’ennemi de s’en approcher : fossé sec de 2,90 m de profondeur et 5,80 m de largeur, chemin couvert avec ses traverses, glacis avec une pente de 45°. Afin de protéger cette longue courtine, on aménagea deux bastions à ses extrémités. Celui situé près de la Petite-Tête fut accolé au rocher et casematé. Par la suite, on construisit sur le plateau inférieur, au milieu de la courtine, un bastion bas qui était relié au plateau supérieur par un escalier à vis. Des poternes donnaient accès au fossé d’où des rampes permettaient de transférer des pièces d’artillerie de campagne vers les places d’armes aménagées sur le chemin couvert.

La courtine nord, construite d’après le même schéma, est pourtant moins spectaculaire. Davantage exposé aux intempéries, le rocher est protégé par un mur. Les éboulements montrent combien cette exposition à la pluie et au gel pouvait nuire à la solidité des constructions. Certes, on essayait par des saignées de canaliser les eaux de suintement, mais on n’a jamais pu enrayer de façon définitive l’action destructrice du gel lors des grands froids. Il est vrai, que ces murs, qui n’étaient que des murs de parement, même éboulés ne diminuaient en rien la force défensive du château ; l’épaisseur du rocher était tellement importante. 

Les courtines courtes étaient protégées l’une par la Grosse-Tête, l’autre par la Petite-Tête. Deux ponts (…) mobiles, communiquaient à ces deux ouvrages, séparés par de profondes gorges taillées dans le rocher. Sous chaque pont, on aperçoit une caponnière qui assurait la liaison souterraine. La Grosse-Tête, monumentale, chargée de défendre toute approche du château côté nord (…) comportait un ouvrage à corne avec un balcon, situé en contre-bas. Un escalier à vis permettait d’y accéder ainsi qu’au petit ouvrage à corne du plateau inférieur. La petite-Tête est d’une conception tout à fait différente. C’est une demi-lune dont l’angle arrondi est tourné vers l’ennemi. Placé devant les bastions, elle permettait de battre le terrain. Un couronné, ensemble d’ouvrages de fortifications divers, reliés par des pas de souris, l’entourait. 

Ces fortifications impressionnantes étaient complétées par un dispositif interdisant ou compliquant au maximum l’approche de l’entrée du fort. On avait ainsi aménagé (…) un ouvrage avancé, appelé queue d’hironde. (…) Les ingénieurs avaient, d’autre part, imaginé un ensemble d’obstacles qui devaient empêcher un éventuel assaillant d’atteindre le plateau supérieur : 1° Un pont-levis qui pouvait être actionné par la garnison du corps-de-garde (…) ; 2° Une rampe dénudée qui plaçait les assaillants sous le feu des défenseurs installés sur le parapet du plateau supérieur ou dans les casemates du bastion 4 ; 3° Un deuxième pont-levis, placé devant l’entrée proprement dite ; 4° Une solide porte en chêne (…) ; 5° Une herse ; 6° Un passage voûté, véritable nasse pour les attaquants (et coudé afin d’éviter l’effet destructeur d’un tir de canon, ndlr). 

Toutes ces entraves, ainsi que la hauteur des remparts, empêchant toute escalade, expliquent pourquoi la forteresse de Bitche était considérée comme imprenable. »(2) 

Le premier bâtiment que l’on trouve sur le plateau est le corps de garde principal, érigé en 1743 ; ainsi que d’autres constructions situées à proximité. Le magasin à poudre, représentant le point le plus sensible, est d’une conception massive, aux murs épais et aux solides contreforts. La chapelle reste le seul vestige du château construit sous Vauban. Elle présente la particularité d’être construite sur un rocher dans lequel a été creusée une immense citerne qui recueillait l’eau de pluie tombant sur le plateau. La boulangerie était un édifice à deux étages. Et l’arsenal comprenait dans ses salles voûtées les ateliers de réparation. 

 

 

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© Photo ci-dessus : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Sedan/143737

 

L’EFFONDREMENT DU SECOND EMPIRE

N’ENTAMA EN RIEN LA DETERMINATION DE BITCHE !

Pendant toute la première moitié du XIXe siècle, la population de Bitche avait connu un relatif répit qui fut interrompu par les tensions entre la Prusse et Napoléon III. Le Second Empire fut particulièrement faste pour le Bitcherland, puisque de nombreuses industries, notamment des verreries et des usines métallurgiques, s’y implantèrent et connurent une rapide prospérité.

Malheureusement, dans un contexte national et international incertain… « Le ministère Ollivier, bien que libéral, doit de plus en plus se soucier de l'extrémisme des mouvements ouvriers qui reprennent leurs grèves dès 69. En outre, l'opposition qui s'est polarisée vers le radicalisme ou le socialisme-révolutionnaire, multiplie les manifestations de rue. Sur le plan extérieur, après la victoire de la Prusse sur l'Autriche, Napoléon exige une multitude de concessions de la part de la Prusse, de telle sorte que Bismarck fait savoir que l'Empereur Guillaume refuse de recevoir les ambassadeurs français. Ceci met en émoi l'opinion française et l'Assemblée vote les crédits de guerre. »(5) De plus « la fameuse dépêche d’Ems, par laquelle " la France s’était sentie souffletée " mit le feu aux poudres. »(3) De ce fait, le 17 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. 

De l’autre côté du Rhin on attendait que cela. « Le rêve de Bismarck était l’unification de l’Allemagne sous l’égide de la Prusse et pensait qu’une guerre franco-allemande pouvait l’y aider. »(3 La défaite deux mois plus tard entraînera la fin du Second Empire… 

Placé en première ligne, lors de l’éclatement de la Guerre de 1870-1871, le Pays de Bitche fut occupé dès les premiers jours. Après les défaites de Wissembourg et Woerth, les allemands pensant que les troupes françaises s'étaient retirées vers Bitche s’y ruèrent depuis Pirmasens. Or, la citadelle, assez bien pourvue en hommes et en munitions, était depuis peu sous le commandement du Colonel Teyssier. Lorsque le 8 Août, les troupes allemandes s’approchèrent de la citadelle, elles furent accueillis par des tirs d’artillerie meurtriers et durent se retirer, prévoir le siège de la place. Le Colonel Teyssier avec ses troupes composées d'un bataillon du 86e d'infanterie de Ligne sous les ordres du commandant Bousquet, de douaniers, de gendarmes et de rescapés des armées en déroute soutinrent le siège. « A plusieurs reprises, des émissaires allemands se présentèrent à la citadelle pour exiger la reddition des assiégés. La réponse de Teyssier restait invariable, il ne sortirait de la citadelle que sur ordre du gouvernement français. »(3) Au refus de la garnison de se rendre, les allemands opposèrent le feu nourrit de leur artillerie, semant mort, incendie et destruction. Deux bombardements ne changèrent rien à la décision des défenseurs. Un troisième bombardement, de 11 jours et de 11 nuits, en septembre 1870, démolit les bâtiments du fort et les trois-quarts des habitations en ville. La garnison, stimulée par l'ardeur et le patriotisme de son chef ne capitula jamais face à l'ennemi. Le Colonel Louis-Casimir Teyssier, l’héroïque défenseur de Bitche, est né à Albi le 25 août 1821. Officier militaire, il participa aux campagnes de Crimée en 1855 et d'Italie en 1859. 

Et tandis que Bitche résistait, le pouvoir accumulait les erreurs fatales ! « (…) La France est isolée diplomatiquement, ses effectifs sont minces et les défaites s'accumulent. Elle capitule le 1er septembre 1870 à Sedan, lorsque Napoléon III, ayant pris la tête du reste des troupes, est fait prisonnier. La paix sera signée le 10 mai 1871 par la nouvelle Assemblée, Bismarck ayant exigé un interlocuteur légalement reconnu. Le traité de Francfort fixe la cession de l'Alsace et de la Lorraine par la France. A Paris, le ministère qui a remplacé celui d'Ollivier, est plus autoritaire. Des groupes d'ouvriers envahissent l'Assemblée nationale, puis, avec à leur tête, les députés républicains Gambetta et Favre, ils gagnent l'Hôtel de ville et font proclamer la République. C'est l'éclatement de la Commune, le peuple parisien prend les armes. »(5) 

 

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© Photo ci-dessus : http://www.bitscherland.fr/

 

« Très vite, des comités de vigilance révolutionnaires et une fédération des bataillons de gardes nationales se forment dans le peuple, et s'organisent afin de reprendre le pouvoir vacant. En effet, le gouvernement et l'Assemblée se sont réfugiés à Versailles. Des élections se tiennent le 26 mars à Paris et une Assemblée communale regroupant des travailleurs et des journalistes est élue. L'unité de la nouvelle assemblée se défait bientôt et l'agitation révolutionnaire envahit Paris. D'autre part, la capitale est isolée, la campagne et les villes de provinces ne suivent pas le mouvement. Soutenus par Bismarck, les réfugiés de Versailles entrent dans Paris en mai et écrasent la résistance des barricades rapidement. L'instauration de la IIIe République suivra de près les répressions sanglantes. »(5) 

Mais revenons à Bitche ! Du haut de l’actuel belvédère, situé sur le plateau, on peut s’imaginer les conditions dans lesquelles se trouvait la garnison. On remarque notamment que certaines collines environnant sont plus élevées que la forteresse, comme la Rosselle, d’une hauteur supérieure de 37 m. « Lors de la construction de la forteresse en 1710, cette position n’était pas handicapante car l’artillerie n’avait qu’une portée très limitée. Mais lors du conflit de 1870-71, cette dernière avait entre-temps fait d’énormes progrès. Les tubes rayés et une plus grande puissance de la poudre augmentèrent la portée et la précision des tirs de sorte que la forteresse de Bitche était pour les Bavarois installés sur les hauteurs de la Rosselle une cible idéale : les bâtiments furent détruits dès les premiers bombardements et les mouvements de la garnison fortement contrecarrés lors du siège. Heureusement les souterrains, dont la solidité était à toute épreuve, constituaient un abri sûr. »(2)

 

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© Photo ci-dessus : http://tourismelorraine.canalblog.com

 

UN VERITABLE GRUYERE DEFENSIF

TAILLE DE MAINS D’HOMMES DANS LA ROCHE

 

« Une des particularité de la forteresse constitue incontestablement la diversité de son réseau de souterrains. Rares sont, en effet, les fortifications de ce type à posséder un tel dédale de casemates et de galeries taillées dans le rocher. Bien que leur construction remonte au milieu du XVIIIe siècle, ils se trouvent en fort bon état et n’ont, contrairement aux bâtiments de surface, guère souffert des nombreux bombardements. »(2)

 

Un petit tour des installations s’impose !

 

Le bastion 2, construction casematée, jumelée à deux étages, comprend des murs de 5,50 m d’épaisseur et une trappe d’aération à ouverture avec chatière située sous le terre-plein. Des anneaux au plafond rappellent qu’à l’origine le plancher était suspendu. Une fois fixé, il a permis la création d’une salle supplémentaire vite transformée en hôpital, pendant le siège de 1870-71. A l’étage inférieur, à 17 m sous le terre-plein, deux salles étaient réservées aux blessés graves. L’une d’entre elle possédait un foyer, indispensable aux soins infirmiers des malades, et des latrines. 

Une pièce suit, ainsi qu’une cave à vin, puis une étroite galerie, creusée en 1870 par les douaniers affectés au fort. Mineurs improvisés, ils réussirent l’exploit de réaliser ce forage en treize semaines ; assurant ainsi la liaison souterraine continue du fort. Un autre local occupant toute la largeur du rocher servait d’étable, de moulin et d’abri. « Une porte, donnant sur le tunnel de l’entrée principale, permettait aux bestiaux de pénétrer de plain-pied dans l’étable. »(2) Après la destruction de la boulangerie du plateau supérieur, la boulangerie souterraine comprenant deux fours prit la relève, assurant à toute la garnison la fourniture en pain. Au-dessus, dans une grande pièce aménagée, pour éviter que ne moisisse la farine on stockait les sacs. 

Ensuite, un immense hall servait de dortoir à huit cents hommes de troupe, durant le siège. Le froid, malgré quatre grandes cheminées, la proximité des mauvaises odeurs de l’étable, le bruit permanent, la lumière blafarde, la longueur du conflit, éprouvaient un peu plus nos courageux assiégés. Leur seule compensation, et non des moindres, résidait dans la totale sécurité qu’offrait cette pièce. Aucun obus ne pouvait l’atteindre ! La dernière salle reste incontestablement la plus belle. Crypte romane à l’échelle humaine, dédiée au repos des officiers, elle est nettement moins haute. Elle comporte aussi quatre cheminées… 

Oui vraiment, « on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée admirative pour les ingénieurs de Louis XV qui, il y a deux cent-cinquante ans, conçurent ce chef d’œuvre de fortification souterraine qui sut braver le temps et les bombardements les plus violents. »(2) 

 

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UNE FIN DE CONFLIT EPIQUE

 

Après plusieurs tentatives infructueuses de percer les lignes ennemies pour désenclaver la citadelle, qui coûtèrent chères en vie humaines, la garnison de 2500 hommes fut sommée à nouveau de se rendre, mais elle ne voulait toujours pas céder ! « le 9 mars 1871, le Conseil Municipal décida de faire confectionner un drapeau avec l’inscription : « la ville de Bitche à ses défenseurs : 8 août 1870 – 12 mars 1871. » Le 15 mars, au cours d’une cérémonie émouvante qui eut lieu au Camp retranché, le drapeau fut solennellement remis aux défenseurs. »(4)  

Dans un dernier ordre de la Place du 23 mars 1871, le colonel Teyssier avait dit à ses soldats : « Un peu plus tard, chacun de nous sera fier de pouvoir dire "j'étais à Bitche", mes braves camarades je vous serre la main à tous et vous dis au revoir. » La citadelle « ne cessa le combat que sur ordre spécial (et écrit, ndlr) du gouvernement, le 25 mars 1871, soit un mois après la signature des préliminaires du traité de paix du 21 février 1871… »(2)Bitche invaincue, fut la seule place forte de cette terrible guerre restée française après l’armistice. Mais, la résistance héroïque de la forteresse ne put empêcher l’annexion à l’Empire allemand. Ayant obtenu les honneurs de la guerre, la citadelle ouvrit ses portes. « La garnison quitta la ville, drapeau en tête, les Allemands faisant la haie d’honneur et sous les ovations des Français. Le 26 mars, le (Colonel, ndlr) Teyssier remit les clefs de la place au colonel Kohlermann. »(4) 

Les vaillantes troupes de Bitche se retirèrent avec armes et matériel afin de rejoindre l'armée française, acclamées tout le long du parcours par les populations des villes traversées. Ces fiers soldats pensaient certainement à leurs camarades tombés non loin de là, à Gravelotte ; et à ceux de Belfort qui se sont aussi battus « comme des lions », sous le commandement d’un autre héros, le Colonel Pierre, Philippe Denfert-Rochereau, gouverneur de Belfort, permettant ainsi au Territoire du même nom de rester français ! 

« Le 10 mai 1871 fut signé le traité de Frankfort qui confirmait l’annexion de la Lorraine, Bitche devenait une ville du « Reichsland ». D’après ce même traité, les sujets français qui désiraient garder la nationalité française pouvaient quitter le territoire occupé. Devant l’ampleur des demandes, les Allemands cherchèrent à compliquer les procédures pour décourager ceux qui avaient « opté ». Finalement 110 personnes quittèrent Bitche dans le cadre de cette procédure. »(4) L'annexion forcée de 1871 a été très mal vécue par la population locale et nationale. 

 

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 © Photo ci-dessus : http://www.bitscherland.fr/Histoire/siege-1870.html

Le siège de la Citadelle de Bitche dura en tout 230 jours ! Avec une garnison disparate, elle a su résister victorieusement aux attaques d'un ennemi dix fois supérieur en nombre. La ville martyrisée, incendiée par les obus, vît sa population chuter de 2700 à moins de 1000 âmes, dont seulement 119 hommes valides ! La ville, détruite à 80 % comptait : « 121 immeubles (…) complètement détruits et 184 partiellement. »(3). « Les troupes françaises revinrent à Bitche (seulement… , ndlr) le 22 novembre 1918. »(3) La ville était à nouveau ruinée. « Le 5 janvier 1919, le drapeau remis au (Colonel ndlr) Teyssier fut ramené par son fils Jean Teyssier. »(3)En 1871, la commune ayant été arrachée au territoire national, aucune récompense ne put lui être décernée pour son héroïque résistance. Nos officiels rattrapèrent ce retard, le 14 juin 1919, quand fut confirmé son retour dans le doux foyer de la Patrie. Elle reçut alors la Légion d'honneur. « Le 22 août 1919, le Président de la République Poincaré rendit visite à Bitche pour lui remettre officiellement (…) (cette décoration, ndlr). »(3)  

Suite à son esprit de sacrifice pour la France, la ville de Bitche peut inscrire sous l’écu de ses armoiries, sur une banderole en lettres d’or la devise de Nancy : « Qui s’y frotte s’y pique » ou la devise particulière : « Je mords derrière comme devant ». Le Colonel Teyssier a été pour le peuple de France une sincère figure de proue de la résistance nationale. « La gloire a sillonné de ses illustres rides le visage hardi de ce grand Cavalier qui porte sur son front que nul n’a fait plier le hâle de la guerre. »(6) Exemple à méditer…

   

© Jean Dorval, le 13/12/2004, pour LTC Grands Reportages.

 

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Notes :

(1)         appelée aussi « la Pierre des Douze Apôtres », à Meisenthal (Moselle)

(2)         «Bitche et son pays » - édition française – Bonechi

(3)         <www.ville-bitche.fr>

(4)         Moselle - Metz et le Pays Messin, Pays de Bitche, Nied, Sarrebourg, Saulnois, Trois Frontières et Bassin Houiller (Casterman/Serpenoise) – le Guide

(5)         <http://tecfa.unige.ch/>

(6)         José Maria de Heredia : « Les Trophées »

LES BEST OF JD : « MARIEULLES-VEZON EN MOSELLE : UN ILOT DE TERROIR PRESERVE ! »

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L'église fortifiée de Marieulles.

© Photos ci-dessus : http://fr.wikipedia.org

 

 « Travaillez, prenez de la peine : C'est le fonds qui manque le moins. (…) le travail est un trésor »(1) A moins de 15 km, au sud-ouest de Metz, la petite route des « Vins de Moselle », témoin du dur labeur des vignerons, serpente par Lessy, Scy-Chazelles, Vaux, Ancy-sur-Moselle, Dornot, Novéant-sur-Moselle… pour déboucher sur le village de Marieulles-Vezon. Les deux localités, séparées à l’origine, ont été réunies en une seule commune qui se fond dans un paysage de vallons croisés.

DES MONUMENTS SPIRITUELS…

Marieulles possède l’église Saint-Martin, datant du XIIIème siècle. Son clocher fortifié -°une tour massive, à trois étages et fenêtres de tirs - faisait partie de l'ensemble des églises fortifiées du Pays Messin, destiné à retarder une armée s'avançant sur Metz et à protéger les habitants des pillards. A l'intérieur, on peut admirer un chœur avec oculus (ouverture arrondie ou en forme d'œil) du XVème siècle. Cette église a été remaniée au XVIIIème siècle. Vezon quant à lui s’enorgueillit de sa chapelle terminée au début du XVIème siècle par les moines de Saint-Clément, et dédiée à Saint-Léonard ; saint patron fêté le 6 novembre et invoqué pour la libération des prisonniers, depuis les Croisades. En 1908, la chapelle est rénovée ; on y rajoute des vitraux (dons des familles du village) ; un autel en métal (le précédent était en pierre) provenant d'une paroisse de Montigny-lès-Metz (certainement de l’église Saint-Privat, datant du XIème siècle, et qui fut détruite) et la sacristie (abattue en 1994, car elle compromettait la stabilité du clocher). En 1922, on baptise la cloche en « ré » : « Jeanne d'Arc ». La fontaine dénommée « La Phhote » (prononcer « la Pschotte ») date du XVIIIème. Cette dernière aurait attiré les femmes enceintes en pèlerinage pour son eau ferrugineuse (classée de nos jours « non potable ») assurant une heureuse délivrance ; de même, la tradition prétend qu’elle guérissait les maux de gorge. Enfin, on s’intéressera aux calvaires de la commune. Sur Vezon on trouve le plus ancien, daté de 1796, situé au Paquis ; et celui du chemin de Corny, érigé en 1979 par les habitants, en remplacement d’une croix brûlée naguère par les allemands. Dans la même veine, à Marieulles, en face du cimetière, est érigée une très belle croix de bois (non datée), sertie de sapins, avec un Christ très expressif en métal ; et à la Croix Maréchal, un bel édifice mentionne pieusement : « O Christ, notre salut et notre foi, 1967 ». 

 

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 Le vignoble de Marieulles-Vezon.

 © Photos ci-dessus : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr

 

…DES HOMMES SPIRITUEUX

La Moselle fait partie de ces terroirs de plus en plus appréciés, dans l’Est de la France, en Allemagne et au Luxembourg, pour ses qualités viticoles. Elle doit tout au fleuve du même nom qui a creusé son lit en son sein, tempérant ainsi la rigueur climatique des flancs de ses coteaux, accueillant une multitude de petites parcelles ; véritable objet de culte ! Des vignes de Vezon, en 1945, il ne restait plus que 2 hectares… Depuis, les familles Jaspard(2), les précurseurs, et Oury-Schreiber(3), de nouveaux exploitants, ont replanté l’arbre de Bacchus. Le vignoble, dont les grappes juteuses et charnues sont encore cueillies à la main, est conduit sur deux hectares en système bourguignon bas, de haute densité chez les Jaspard ; et sur quatre hectares, en vignes hautes, de conduite alsacienne, pour les Oury-Schreiber. Marieulles-Vezon, c’est aussi le berceau de l'appellation « Vin de Moselle » OVDQS (Appellation d'Origine Vin Délimité de Qualité Supérieure), et ce, grâce aux frères Jaspard, formés durant l'occupation à l'école Bourguignonne. Ici-bas se côtoient vins blancs, gris, rosés, rouges et champagnisés - selon la méthode traditionnelle - issus de cépages très divers : auxerrois, pinot blanc, gris et noir, gewurztraminer et gamay. Jusqu’à une période récente, chaque deuxième dimanche d'octobre, une fête des vendanges (avec messe) avait lieu, afin de déguster le célèbre « Petit gris de Vezon » ; événement traditionnel malheureusement abandonné faute de bénévoles pour l’organiser ! Cela n’empêche cependant pas les connaisseurs de se régaler à bonnes lampées, de ce vin bourru, blanchâtre, aux fines subtilités - tout juste tiré des cuves - parfumant onctueusement le fromage de tête ; et accompagnant à ravir la charcuterie lorraine, la tête de veau, ainsi que la quiche Lorraine. D’autre part, les Côtes de Vezon, domaine de Pierre Maucourt(4), sont constituées de vergers dont les fruits, la Poire-Williams, la Reine-Claude, la Quetsche, et particulièrement la Mirabelle, sont distillés pour fabriquer des eaux de vie. Alors, à gorge déployée chantons le feu sucré qui nous fait tourner la tête !

 

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L'Auberge de Vezon.

 © Photos ci-dessus : http://www.maitresrestaurateurs.com/aubergedevezon/

 

LARD DE LA CUISINE…

La visite en plein air de ce village ouvrant l’appétit, une bonne table reconstituera les forces du visiteur épicurien. Et comme le dit si bien un dicton local : « Les gens de Vezon sont à table jusqu’au menton ». Aussi, pour le prouver et se faire plaisir aux papilles, l'auberge de Vezon(5), tenue par M. et Mme Germain, située au centre du village, est une véritable corne d’abondance et un havre de paix. On vous y propose une cuisine traditionnelle, de nombreuses spécialités « maison » (régionales ou non, comme la tête de veau, le magret de canard aux mirabelles… ) servies en intérieur dans un cadre rustique, et aux beaux jours, sur une belle terrasse surélevée. On prie instamment le Chef de remitonner ses délicieux pieds de porc, panés ou farcis, accompagnés de patates sautées et d’un lit de salades. En vin, vous goûterez, bien sûr, le fameux « Petit gris de Vezon ». D’autre part, sur les hauteurs de Marieulles, Aurélia et Roland(6) assurent, pour les marcheurs une formule plat du jour et dessert (cochon de lait ou queue de bœuf en gelée, fromage de tête au gris de Vezon, terrine de porc aux trompettes de la mort… et tarte aux fruits de saison). Là aussi, que du frais et du « fait maison » !

Au pays du « Moselle », les travailleurs de la Terre Sacrée usent plus vite leurs godillots que le temps les pierres des monuments. Assurément « Le goût est le bon sens du génie »(7) Français. Mais là encore « Il faut (…) avoir de l’âme pour avoir du goût »(8) ! Ainsi, selon ce principe millénaire, ces lieux, élus de toute éternité, vérifient quotidiennement que le spirituel se confonde bien avec le spiritueux, afin d’élever les âmes, et ce, pour la plus grande gloire du Créateur ! Le sang de la vie reste le sang de la vigne !

 

© Jean Dorval, le 17/07/06, pour LTC Grands Reportages.

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NB :    L’accès à Marieulles se fait de la D67 par Arry (côté N57), et celui de Vezon, par la D68 (bifurcation à Fey sur la D66), sortie d’autoroute n° 29

Notes :

(1)       Extrait de « Le Laboureur et ses Enfants » de Jean de la Fontaine

(2)       Georges Jaspard, propriétaire récoltant, 28 rue des Vignerons 57420 Vezon ; tél. : 03.87.52.80.19 (ouvert la semaine après 18h00 et le samedi de 08h00 à 19h00)

(3)       Domaine Oury Schreiber, producteur de Vin de Moselle, 29 rue des Côtes, 57420 Marieulles-Vezon ; Tél. : 03.87.52.09.02, Fax. : 03.87.52.09.17 ; E-mail : oury.pascal.viticulteur@wanadoo.fr ; visite et dégustation (réservation pour les groupes) du dimanche au jeudi de 07h30 à 19h30, le vendredi de 15h00 à 19h00, le samedi de 10h00 à 12h00 et de 17h00 à 18h00

(4)       Distillerie « Côtes de Vezon », Pierre Maucourt (production, distillation, commercialisation et dégustation) 2 rue des Vignerons 57420 Vezon, tél. : 03.87.52.80.72, fax. : 03.87.52.09.07 ; visite guidée, sur rendez-vous, « A la découverte de la Mirabelle de Lorraine », en passant par les vergers, le cuveur à fermentation et la distillerie ; pour tout public, toute l’année

(5)       Restaurant Auberge de Vezon, 58 rue des Vignerons, 57420 Marieulles-Vezon ; Tél. :°03.87.69.91.98 ; fermeture : mardi soir, mercredi toute la journée et dimanche soir

(6)       Bar Restaurant « Le Coutiat Bar » (cuisine du terroir) 1 place Saint-Martin 57420 Marieulles ; tél. : 03.87.52.93.27 ou aurelia.houpert@wanadoo.fr (service du lundi au samedi midi, le soir et le dimanche sur réservation)

(7)       Extrait d’« Essai sur la littérature anglaise » de Chateaubriand

(8)       Extrait de « Réflexions et Maximes » de Vauvenargues

Sources documentaires :

http://www.ac-nancy-metz.fr/

et          http://www.saveursdumonde.net/ency_10/france/lorraine.htm

-          « Le Guide : Moselle, Metz et le Pays Messin, Pays de Bitche, Nied, Sarrebourg, Saulnois, Trois Frontières et Bassin Houiller », publié par Casterman/Serpenoise (1995)

-          « Petit futé, Lorraine-Vosges 2004-2005 » édité par les Nouvelles Editions de l’Université

-          remerciements à  : un ecclésiastique souhaitant garder l’anonymat, M. Pierre MUEL (Maire de Marieulles-Vezon), M. Henri GELIX (un passionné d’histoire locale) et M. l’Abbé René Mayeur (l’ancien curé du village) 

LES BEST OF JD : « A SCY-CHAZELLES, FAITES LE PLEIN DE BON VIVRE. »

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Perché sur le Mont Saint-Quentin, sur les Côtes de la Moselle, se trouve la mère patrie du petit vin de Scy : le pittoresque village de Scy-Chazelles. Dès le 3ème siècle, l’empereur romain Probus autorisa la culture de la vigne dans le nord de la Gaule. A l’époque, le vin des Côtes de la Moselle était acheminé par les navigateurs de la Moselle. Au Moyen-Age, les abbayes et seigneuries poursuivirent l’œuvre romaine. Du 18ème siècle jusqu’au milieu du 19ème siècle, le vignoble mosellan assure l’essentiel des revenus des villages. Puis arrive le déclin, dû à la révolution industrielle ; mais surtout aux ravages du phylloxera, du mildiou et de l’oïdium. Il faudra attendre la publication d’un décret du Ministère de l'Agriculture, en 1986, officialisant le label d'appellation d'origine Moselle et la production des VDQS (Vin Délimité de Qualité Supérieure), pour que ressuscite le vin de Scy.

 

LA DAME DE SCY

 

L’auberge « Au Petit Tonneau », une des plus vieilles maisons de Scy-Chazelles, fut dès 1750, une coopérative vinicole royale, jusqu’à la Révolution. Au XIXème siècle, successivement s’y installèrent des vignerons, des marchands de vin et des cafetiers-restaurateurs. En 1945, la reprise d’activité est assurée, on rajoutera même un jeu de quilles et une épicerie. En 1962, M. et Mme Pifflinger en font l’acquisition ; leur fille Brigitte a pris la suite.

 

Cet établissement original, qui fait café, tabac, épicerie, est accessible par une terrasse verdoyante, dont la vigne grimpante rajoute au cachet. L’entrée débouche directement sur le tabac et l’épicerie, dont l’originalité oscille entre les plaques de publicité anciennes, les gravures d’Albert Haeffli et la diversité des produits régionaux vendus ; comme la charcuterie lorraine (saucisson, fuseau, jambon, pâté lorrain, tourtes… ), les gâteaux ou tartes « maison » de saison (pommes, rhubarbe, mirabelle, fromage blanc… ), les mirabelles au sirop, le vin gris de Scy ; et même, le petit « dépannage », voire un peu de brocante.

 

Dans la pièce attenante, on découvre le café. Ici, Robert Schuman, le « Père de l’Europe », qui a vécu et a été enterré à Scy-Chazelles, s’arrêtait souvent. Ce cadre « authentique », aux allures de bistrot, séduit de suite par ses tons chauds, son ambiance intimiste. La cheminée, c’est « l’âme de la maison ! », précise La Dame de Scy, entourée de meubles anciens ; de faïence lorraine ; de nappes, rideaux et lampes au motif Vichy blanc et rose ; d’un mur de pierre patiné ; de poutres apparentes ; d’un antique poêle allemand Karl Hauffen en céramique ; d’un vieux comptoir en zinc ou de représentations de scènes naturalistes. Dans ce décor d’un autre siècle, on peut déguster des spécialités lorraines (sur commande uniquement), comme le cochon de lait en gelée servi avec la salade de pommes de terre (Recette que Madame Pifflinger Brigitte a communiqué à Jean-Marie Cuny pour son célèbre ouvrage « la cuisine lorraine » paru en 1971) et une bonne bouteille de vin de pays ; que dans le temps on aurait rempli à la cave, directement au tonneau.

 

La Dame de Scy, adepte des arts culinaires, se passionne aussi pour la musique ; alors n’hésitez pas à lui parler de jazz, de musique classique, d’opéra et d’opérette. Comme quoi esprit et estomac sont souvent liés… Alors prêt à réserver une bonne table ?

 

 

© Jean Dorval, le 01/04/06, pour LTC Grands Reportages.

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Les coordonnées de l' Auberge "Au Petit Tonneau" :

5 rue Saint-Nicolas 57160 – Scy-Chazelles,

Tél. : 03.87.60.02.24 (fermé le lundi).

 

Sources documentaires :

- Le recueil « Vieilles maisons au Mont Saint-Quentin », par le Mouvement Culturel du Ban-Saint-Martin (1998)

- Les sites :

http://www.mairie-scy-chazelles.fr/accueil.asp

et http://www.vin-de-moselle.com

 

© Crédit photos : Jean Dorval 2006, pour LTC.

 

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Deux vues intérieures de l'Auberge... 

 

 

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18/05/2012

ALERTE AU VIRUS « TORBA » SUR L’OCCIDENT !!!

Depuis quelques mois, les masses média nous bassinent les oreilles avec l’arrivée probable en Occident, en septembre prochain, d’une pandémie de grippe A-H1N1. Par contre, personne ne parle du virus « TORBA », une contagion qui sévit depuis un moment et qui fait beaucoup de ravages chez nous. Mais, avant de parler de cette nouvelle épidémie, parlons un peu d'Histoire…

 

LA CHUTE DU RIDEAU DE FER OU LA FIN DU REMPART SANITO-AFFECTIF DE L’OCCIDENT…

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© Photo ci-dessus (L'ex-Rideau de Fer) : mondialisation.ca
 
 
 

Depuis la chute du « Rideau de fer » en 1989 et la disparition du Bloc soviétique en 1991, les « ex-Démocraties Populaires » n’ont apparemment su prendre que les tares de l’ultralibéralisme, en s’ouvrant sur l’Occident capitalistique… Ainsi, après des décennies de chape de plomb mortelle communiste, d’absence de libertés chronique et de respect de l’environnement, les voici placées désormais sous la férule nocive yankee ou pro-yankee (matérialisme, esthétisme californien, négation de leurs racines, toute puissance des valeurs boursières et de l’argent roi). Des kilomètres de films américains bon marché (que l’on peut voir aussi sur nos écrans de cinéma ou de télévision…) inculquent à ces populations candides, généralement pauvres, des images trompeuses du « Paradis retrouvé » et supposé que serait l’Occident, présenté comme un véritable mas de cocagne, une corne d’abondance. Ces navets à la sauce amerloque de choc faussent la donne, provoquent « l’exportation » de bon nombre de candidat(e)s à un exil économique qui se veut « prometteur » dans une Europe de l’Ouest pourtant gravement touchée par le chômage, la crise sociale, économique et identitaire, les délocalisations et l’absence de frontières.

 

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© Photo ci-dessus (Système Internet par satellite) : techsciencereview.com
 
  
Mitteleuropa ton univers impitoyable…
 

La Mitteleuropa est dans une situation d’extrêmes contradictions. « La modernisation » dans cette région d’Europe a tellement été subite et outrancière, au détriment de l’Etre Humain, que la vie quotidienne s’en est trouvée fortement déséquilibrée. En Roumanie, par exemple, on est passé du jour au lendemain de l’absence d’Internet à l’Internet par satellite. Et au cœur des campagnes les plus reculées, dans les étables rustiques comme dans les pâturages escarpés des Carpates, pour élever les vaches dorénavant les paysans sont passés d’un coup de baguette magique aux tags les plus sophistiqués. Ces puces électroniques dernier cri permettent de suivre leur croissance, de contrôler journalièrement la quantité de nourriture dont elles ont besoin et aussi de pouvoir les situer toujours par satellite... Par ailleurs, l’outil industriel dans ces pays, ancienne propriété d’Etat, a donné lieu à de fortes restructurations et spéculations qui ont créé un tsunami de chômage sans précédent. Ces nombreux licenciements dus à des économies d’échelle ont permis à tous les profiteurs du « Village mondial », toujours à l’affut de dividendes et d’intérêts juteux, de continuer d’exploser l’ancien système social et d’exploiter une main d’œuvre à bas prix qui ne demande pas mieux que de travailler, afin de pouvoir se payer tout ce qui est à la mode à l’Ouest (quitte pour cela à prendre des crédits à taux usuriers à vitam aeternam…). De plus, avec un coup de la vie qui a bondi à la hausse dans cette partie du Monde, la misère s’impose de façon durable et dramatique pour une majorité de gens qui n’a pas de pouvoir d’achat, et à laquelle, pourtant, le matraquage publicitaire met l’eau à la bouche constamment. Seule, une élite jouit des bienfaits de ce nouveau contexte politico-économique sauvage. On pensera notamment aux milliardaires russes qui descendent sur la Côte d’Azur et qui flambent. Mais aussi, aux bourgeois (les nouveaux parvenus) qui vivent dans les grandes villes à l’abri de luxueuses résidences ultra-sélectes et sécurisées. Une arrogante croissance économique ne profite qu’à cette nouvelle classe émergente (souvent l‘ancienne nomenklatura reconvertie et la mafia). Et tandis que la Pologne affiche au 3ème trimestre 2007 une croissance de son PIB atteignant 6,5% - dépassant en cela royalement la moyenne de l’UE qui n’est que de 2,9 %(1) – on constate que, depuis l’adhésion à l’Union européenne en 2004, près de 2°millions de Polonais seraient partis à l’Ouest en quête d’un meilleur salaire. Plombiers, chauffeurs, médecins, chefs de chantier, ingénieurs, musiciens, etc. ou jeunes diplômés n’hésitent pas à plier bagages et à émigrer en Occident, avides de réussite à tout prix. Ainsi, 26°% des Polonais envisageraient prochainement un départ à l'étranger(2). Aussi, les populations de l’Europe de l’Ouest (principalement la France, le Luxembourg, l’Allemagne et la Belgique) n’ont qu’à bien se tenir… Elles se retrouvent de plus en plus sur le marché du travail confrontées à une main d’œuvre jeune venue d’Europe Centrale, très travailleuse, vite adaptable, à forte valeur ajoutée, parlant plusieurs langues et détentrice de diplômes supérieurs obtenus courageusement dans leur pays d’origine ou à l’étranger. Cette force de travail unique, attractive pour les employeurs puisqu’elle reste très bon marché, exerce une véritable concurrence déloyale. En effet, elle est le plus souvent embauchée dans son pays d’origine à des tarifs (hors charges sociales) très compétitifs, mais pour travailler… en France, par exemple, dans le transport international routier. En cas de crise, on licenciera en premier les travailleurs français plutôt que ces travailleurs payés au lance-pierre…

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L'affiche du film...
 

De la migration politique à la migration économico-affective

Au balbutiement, dans les années 90, il y avait les migrations politiques en provenance des Pays de l’Est. Mais, cela va commencer à se compliquer, quand des femmes seront concernées… Ces situations d’urgence ont fait à l’époque les choux gras de réseaux clandestins, d’agences matrimoniales, de revues et de catalogues spécialisés. Elles sont d’ailleurs très bien décrites dans le film français « La fiancée qui venait du froid » sorti en 2003(3). De nos jours, ces migrations deviennent économico-affectives. Les moyens restent les mêmes. Il y avait d’ailleurs une émission à ce sujet sur M6 récemment, dans laquelle un type plein aux as faisait passer avec l’aide d’une agence de véritables « entretiens d’embauche » à des femmes objets prêtes à tout pour l’épouser, afin de sortir de leur misère… et le quitter nanties de la nationalité française (et de tous les droits qui y sont associés) dès qu’elles auront trouvé mieux ailleurs (ou pour retourner chez elle après quelques années)… Dans la même veine, des pervers qui veulent dominer des « filles déjà dressées » ont poussé le bouchon trop loin en arrachant de jeunes proies de 18 ans (voire moins en trafiquant l’âge…) directement à leur famille (contre de l’argent), dans leur pays d’origine contrôlée… La prostitution et la pornographie ont utilisé (et utilisent encore) les services de ces filles qui n’excitent pas uniquement l’imaginaire… Comment peut-on vendre ses enfants dans de telles conditions, même pour manger ? Avant la chute du Rideau de fer, ces « exilées politiques » de tout poil (mais déjà économiques), peu nombreuses, passaient discrètement à l’Ouest. Désormais, toujours depuis 2004(2), des contingents de jolies filles de l’Est, venus par bus entiers, débarquent avec charmes et bagages en Occident, se transformant vite en hordes de prédatrices, en lame de fond d’une migration affective et… économique. Elles ont en effet trouvé le filon : la recherche de l’âme sœur ayant une bonne situation… Même, si pour cela, il faut vivre comme une prostitué (sans faire le trottoir)… Tels sont les symptômes d’un virus nommé « Torba »…

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Photo extraite du film : « La fiancée qui venait du froid ».
 
  

LA PROPAGATION DU VIRUS « TORBA » EN OCCIDENT A L’ORIGINE D’UNE PANDEMIE ANTISOCIALE !

Le mot « Torba » en polonais veut dire « sac ». Mais, au second degré, cela se traduit plus largement par « femme de petite vertu, sans sentiment, fonctionnant comme une prostitué ». Ce qualificatif s’applique le plus souvent à des jeunes femmes venant des Pays de l’Est (mais aussi d’Asie ou d’Afrique, deux continents touchés très gravement par la sinistrose économique) en âge de procréer dans une fourchette de 20 à 38 ans. Il est nécessaire de dire que, quelque soit sa situation personnelle, la « Torba » n’a aucune excuse pour son comportement déviant. Il faut aussi préciser que majoritairement la Femme de l’Est (comme celle d’Asie ou d’Afrique) n’est pas une « Torba », qu’elle passe pour une très bonne amie, une épouse et une mère formidable ayant des valeurs saines à défendre, issues du Catholicisme. Mais voilà, les choses étant ce qu’elles sont… la déferlante « Torba », asservissant de nombreux esprits fragiles, se répand sur l’Occident sans prévenir, avec de nombreux effets collatéraux.

 

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© Photo ci-dessus : 136.173.159.21
 
 
 

Une déferlante « Torba » incontrôlable…

La « Torba » est un pur produit de la société de consommation. Ce fléau en talons aiguilles, en libre circulation, vient chasser « l’âme sœur économiquement viable » en UE et vise des stéréotypes masculins, ayant une très bonne situation professionnelle et financière, afin d’assurer des lendemains qui chantent : un ingénieur, un PDG, un docteur, etc. A ce sujet, en Chine, un récent sondage démontrait que les femmes dans leur grande majorité (tous âges confondus) « prennent leur pied » qu’avec des hommes riches et de pouvoir. Elles en tombent, d’ailleurs, plus facilement amoureuses et enceintes. Le besoin de « sécurisation matérielle » d’une catégorie de femmes au détriment de l’Amour dans une période d’incertitudes internationales reste plus fort que tout… Une « Torba » polonaise de 30°ans, qui a trouvé un pigeon, interrogée pour cet article, précisait : « Il n’est pas beau. Je ne l’aime pas. Mais, il a de l’argent et il est fou de moi. J’en fais ce que je veux. C’était si dur avant… » (sous-entendu : « je ne redescendrai jamais plus dans la hiérarchie sociale »). A contrario, il y a quelques années dans un autre sondage les femmes californiennes stipulaient préférer (comme certainement une majeure partie de la gente féminine mondiale de l’époque) les hommes symétriques et sculpturaux. Physique de rêve contre porte-monnaie nourricier… les temps changent. Décidément, aujourd’hui, on ne vit plus d’Amour et d’eau fraîche !

Un monstre d’égoïsme…

Si la « Torba » est prête à tout pour atteindre son but, elle se casse souvent les dents sur la dure réalité… Son expérience négative de la vie ne lui sert jamais de leçon, puisqu’elle refait toujours les mêmes erreurs. C’est une rêveuse qui vire au cauchemar permanent ! Le complexe de Cendrillon l’anime et pourtant il n’a été résolu que par très peu d’élues... Cela n’empêche pas la « Torba » d’entretenir volontiers le mythe du Prince Charmant en Porsche blanche et d’imaginer un luxueux Palais Grognard pour accueillir son idylle boursière. Si elle est d’origine polonaise, elle souhaite se marier à l’Eglise (même si elle a conscience qu’elle divorcera dans moins de trois ans) juste par convention et pour avoir une belle cérémonie (comme au cinéma) en robe blanche (qu’elle devrait plutôt porter rose ou rouge, car elle n’est plus vierge depuis longtemps). Curieusement, la « Torba » qui est de petite condition n’a pas conscience que les riches ne se marient généralement qu’entre eux... Par contre, ces derniers ne refusent pas « d’améliorer leur ordinaire affectif » en prenant régulièrement des maîtresses… Dans ce cas, la « Torba » se fait entretenir, toute honte bue, sans réellement se donner physiquement (ou si peu). Elle se contente de faire « marcher » le gars ou plutôt la pompe à fric… devenant un « Alfonso » (au féminin), nom que l’on donne en Ukraine aux gigolos. Cette situation grotesque ne durant qu’un temps, si notre « Torba » ne veut pas se retrouver régulièrement célibataire désabusée (voire vieille fille aigrie quand elle sera défraichie), elle doit absolument revoir sa copie et écouter l’avertissement de l’humoriste Patrick Timsit qui précise dans un de ses sketchs : « Il y a quatre femmes pour un homme sur terre… » Ce chiffre alarmant devrait pousser la « Torba » à avoir un peu plus de modestie, car il n’y a pas de mâle, riche comme pauvre, pour tout le monde… A bon entendeuse salut ! D’autre part, comme la crise économique paupérise en continu la population occidentale, travailleurs pauvres et SDFs sont légion, cela réduit encore d’avantage les chances de ce type de femme de trouver un homme aisé. Une denrée statistiquement rare quelque soit l’époque… Cette terrible évidence ne fait qu’augmenter la frustration de la « Torba ». Alors, dans l’attente de pouvoir réaliser son ambitieux dessein et certainement pour ne pas être un jour taxé de racisme social, la « Torba » se rabaisse (sans états d’âme), en période hormonale, à prendre un bouche-trou de service, ce qu’elle appelle avec ses amies un « mec bien »…

 

Et un « mec bien », un !

Bizarrement, le « mec bien » n’est pas riche. Il est charmant, plus âgé qu’elle, équilibré, propre (à l’intérieur comme à l’extérieur), sans maladie grave, sympa, drôle, culturé, naïf, de préférence en cours de divorce avec enfants (pour avoir un prétexte de ne pas s’y attacher)… La situation personnelle et passée de ce bouche-trou (qu’elle exècre particulièrement parce qu’elle n’a jamais rien fait de constructif durant son existence et qu’elle se croit parfaite), les défauts supposés de ce dernier (un scandaleux harcèlement), la relation qu’elle entretient avec lui (volontairement mal vécue à cause d’une interprétation erronée de la religion que la « Torba » soit croyante ou non), sont des sujets permanents de rabaissement, de critique et de culpabilisation. Comme ce « mec bien » lui fait honte (il n’est même pas un ami pour elle), la « Torba » le jette et le reprend à volonté, elle ne peut se résoudre à lui donner la main dans la rue, elle ne le présente pas à ses relations et encore moins à sa famille. Il sera donc jetable après utilisation, comme ses nombreux prédécesseurs. La fin de la période d’essai de ces liaisons toxiques est souvent liée à des projets de vacances trop onéreux (destinations lointaines et prestigieuses) que le « brave type » en question ne peut offrir à la « Torba ». Elle finira pas partir en congés avec une amie ou un nouveau gogo, car comme le précise une autre « Torba » : « Chez nous, on nous apprend à conserver notre famille et nos ami(e)s, car si on ne choisit pas sa famille, par contre on choisit ses ami(e)s. Quant à nos petits copains : un de perdu, dix de retrouvés ! » Quelle belle mentalité ! En préambule à toute rupture avec un bouche-trou, la « Torba » aura pris soin de faire tomber sa victime « fou d’Amour », pour mieux la faire souffrir, lui faire payer l’addition salée de sa vie ratée passée, présente et future. Insatisfaite de naissance, obsessionnelle, la « Torba » cherchera « toujours mieux » et bien sûr ne trouvera jamais le bonheur pur et simple. Ainsi, il est impossible pour elle de se fidéliser, car elle n’a pris que les mauvais côtés des femmes « libérées ». Elle se conduit en véritable Serial-Killeuse du sentiment.

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© Photo ci-dessus : adrijana.skyrock.com
 

 

Un contexte psychologique « Torbatien » très instable…

Il faut savoir que généralement la mère d’une « Torba » est divorcée ou mère célibataire, et plus rarement, qu’elle vit en cohabitation avec un époux tyrannique. La « Torba », éternelle adolescente, ne peut pas couper le cordon ombilical avec elle, vu que les difficultés de la vie les ont rapprochées. En retournant régulièrement voir sa mère au pays ou en passant de nombreuses heures avec elle au téléphone quotidiennement (grâce à un forfait illimité), la « Torba » (qui doit tout à « sa maman ») poursuit son éducation névrosée, obéissant aveuglément à une génitrice castratrice qui influe sur tout. Au point, qu’on peut se demander, vu que sa mère n’est pas éternelle, ce qu’elle fera pour survivre après sa disparition ? Va-t-elle se ranger et trouver enfin « l’âme sœur » ou restera-t-elle une vieille Demoiselle à la recherche d’un vieux Monsieur plein de pognon ? Rien n’est moins sûr ! En attendant, on s’interroge de savoir si la mère et la fille n’entretiennent pas une relation quasi-incestueuse (et donc lesbienne), tellement les liens sont forts. Dans de nombreux cas, elles dorment ensemble depuis la petite enfance de la « Torba », ainsi qu’à l’âge adulte dès qu’elles se revoient… Dans ce contexte particulier, on peut affirmer que la « Torba » bien souvent possède une part d’homosexualité latente inavouée et de bisexualité affirmée par nécessité. Elle déteste les hommes, mais en a besoin pour réussir… Il convient de rajouter que la « Torba » depuis sa prime jeunesse a un conflit récurrent avec le père qu’elle ne voit plus du tout (ou irrégulièrement). Le complexe d’Oedipe est donc non résolu à la suite du départ de la figure paternelle pour une autre femme. Tous ces refoulés poursuivent notre « Torba » toute sa vie. Selon le cas, la « Torba » a vu, voit ou verra un psy. L’arrivée d’un demi-frère ou d’une demi-sœur du côté du père renforce un sentiment de trahison et d’abandon déjà très présent. La « Torba » recherche d’ailleurs des hommes plus âgés qu’elle, car l’image du père la hante. Elle veut s’en venger. Est-ce pour cela qu’elle aussi méchante avec eux ? On n’en doute pas une seconde ! Là-dessus, vous rajoutez (comme cela se fait couramment dans les Pays de l’Est) un « dépucelage surprise » sous un arrêt de bus ou dans une cabine téléphonique, une nuit d’hiver, par moins 10 degrés Celsius, avec un type éméché (faute de pouvoir se payer une chambre d'hôtel), voire un viol ou une relation forcée avec un pédophile, la transmission des séquelles psychologiques que les parents ont accumulé sous le joug communiste, etc. et vous avez comme résultat une « Torba » haineuse, très fragile psychologiquement (dépressive chronique) et dont la compagnie frise la sainteté. Attention, personne en laissant aller son « Basic instinct » n’est à l’abri de ce genre de « Liaison fatale » ! Et nombreux sont les gogos à qui ces Amazones des temps modernes font tourner la tête ! Alors, Messieurs (même si la gente masculine n’est pas irréprochable depuis des siècles dans sa conduite avec les femmes), gaffe au danger !

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Quand religion et sexe ne font pas bon ménage !

La « Torba » est tout le contraire de ce qu’elle prétend ou paraît être. Elle avance masquée. Souvent « fervente religieuse » en façade (elle peut aussi être athée), elle cherche le bon parti (et le « mec bien ») jusque dans les églises de sa communauté. Quand elle a trouvé le pigeon, elle n’y remet plus les pieds… Le piège s’est refermé ! La religion (ainsi que « le business ») lui sert par la même de réseau pour trouver du travail et se faire inviter régulièrement par la diaspora de son pays. Quotidiennement elle prône pour se faire bien voir (mais sans y croire) la vertu, la chasteté et la « sérieusité » dans ses relations avec les hommes. En clair avec elle : « pas d’aventure ! » Alors, qu’elle ne vit que pour cela… Son comportement sous d’autres cieux moins conventionnels en est la preuve. A ces occasions, elle se relâche intégralement, en abaissant enfin le masque. Par exemple, avec ses copines, elle fait régulièrement des descentes dans des boites de nuit (où elle danse de manière très sensuelle, habillée super sexy, telle l’allumeuse moyenne) et participe à des enterrements de vies de jeunes filles plutôt sulfureuses (strip-teases, attouchements sur des gogos danseurs, attroupements autour de types en érection, etc.). A l’étranger, dans les pays « chauds » (dans tous les sens du terme…), situés dans les Caraïbes notamment, elle n’hésite pas (si elle en a les moyens) à faire du tourisme sexuel et à se payer les services d’un gigolo. Pour finir sur la sexualité particulière de la « Torba », il est nécessaire de savoir que les relations intimes avec ce genre de « fille à maman » peuvent être décrites de la manière suivante : une certaine frigidité et des rapports sexuels de très mauvaise qualité concédés sans amour ni plaisir ; une beauté extérieure (minorée par sa noirceur intérieure) qui la pousse à croire que tout est acquis ; se contente de quelques « caresses hygiéniques » distribuées à la sauvette ; rares pénétrations vaginales (uniquement en position du missionnaire) ; elle jouit quasi-silencieusement de peur finalement d’être considérée comme trop humaine et s’arrête aussi sec faisant fi du plaisir de son partenaire… Après une nuit qu’elle souhaite ne plus voir se renouveler (pour partir vers de nouveaux horizons), elle sort sans gêne à son amant à peine réveillé : « qui de nous deux met fin le premier à cette relation sans lendemain ? »

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© Photo ci-dessus : crdecoration.com
 

Ultime portrait au vitriol de la « Torba »…

Dans ses grands traits de caractère, force est de constater que la "Torba" perd facilement son self-control. Elle devient vite violente verbalement et physiquement à la moindre contradiction. Vaniteuse et orgueilleuse de surcroît, elle peut faire l’objet d’une fiche signalétique à la Prévert : capricieuse, parano, susceptible, effrontée, menteuse, calculatrice, fausse, traitresse, accusatrice, perverse, mythomane, ambitieuse, matérialiste, aimant le luxe (maison, High-Tech, etc.) et surtout arriviste. Par ailleurs, la « Torba » se laissera totalement aller avec des gens qu’elle ne connaît pas ou qu’elle ne reverra plus. Elle fait ainsi une consommation très prononcée de boissons alcoolisées (accompagnée ou seule, chez elle ou dans des pubs). Elle sirote principalement de la bière et du Champagne, mais ne crache pas sur les vins fins blancs et rouges (français et italiens), et encore moins sur les Vendanges Tardives. Elle refuse de manger aux heures habituelles de repas. Elle compense sa frustration existentielle en préférant dévorer toute la journée au boulot avec des collègues au féminin : des bonbons, du chocolat, des gâteaux, des brioches ou quelques recettes locales sucrées. Sa préférence en restauration penche pour l’exotisme (spécialités japonaises) ou carrément la grande gastronomie française. Elle fume ou ne fume pas, mais dans les deux cas de figure, ne tolère pas que son bouche-trou fasse des volutes de fumée.

Comme déjà précisé, la « Torba » a énormément besoin de paraître. Elle est donc accro au shopping (avec ou sans ses copines), et ce, même si elle s’en défend. A cette occasion, elle dépense sans compter ! Elle n’hésite pas à redécorer un an à l’avance son appartement (profitant de soldes) en stockant des objets dans sa cave. Elle consomme des parfums de luxe sans discontinuité. Elle soigne particulièrement son look vestimentaire (harmonie des couleurs, marques de préférence, etc.). Elle porte des chaussures, des bijoux variés en concordance avec la couleur de ses fringues (voire de ses yeux et/ou de ses sous-vêtements). Cependant, elle peut rester des mois entiers (soi-disant) « mal coiffée » pour ne pas plaire à son compagnon de passage… et soudainement changer de coiffure et de couleur de cheveux dès qu’elle a un nouveau pigeon en vue. Elle est tellement mal dans sa peau, handicapée du sentiment, que cette métamorphose régulière reste momentanément réconfortante.

La « Torba » parle le franglais et en profite pour se la jouer très « Communikécheune » (traduisez « Communication ») dans toutes ses discussions. Elle déteste la langue allemande et les allemands (sauf l’ukrainienne qui est germanophile), alors que la Seconde Guerre Mondiale, qu’elle n’a pas connue, est terminée depuis plus de 60 ans… Elle qui ne distingue pas régulièrement le féminin du masculin quand elle parle et fait de nombreuses fautes de conjugaison se permet bizarrement de vous reprendre à tort et à travers sur l’utilisation de la langue française et s’oppose à l’expression du langage courant. Versatile, la « Torba » change d’avis comme de chemise. Ce qui était vrai hier ne l’est plus aujourd’hui, car elle a su « évoluer ». Par contre, si le bouche-trou tient ce genre de propos incohérents cela sera considéré par elle comme un manque de maturité. En véritable cœur de pierre qu’elle est, la « Torba » refuse le moindre romantisme. Si vous lui offrez des fleurs, c’est pour l’« embobiner » ; si vous voulez la voir, c’est que vous ne pensez « qu’à baiser » (selon ses propres termes) ; enfin, si vous lui écrivez de la poésie, « Elle préfère vivre ce que vous écrivez, mais… avec quelqu’un d’autre que vous ! »

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© Photo ci-dessus : samuelcoisne.com

EPILOGUE « TORBIQUE »…

In fine, on peut dire que la « Torba » a peur de vivre, qu’elle est mal dans sa peau et manque de confiance en elle. Elle est plus à plaindre qu’à envier. Elle tend des pièges à ses victimes comme une araignée tend sa toile. Son éducation est fondée sur la peur de l’autre, et des autres. Elle est volage par essence, n’hésite pas à vivre plusieurs histoires en même temps (malheureusement de nombreux hommes font pareil avec leurs compagnes). Un témoin français précise, pour finir de comprendre qui sont les « Torbas », que son frère est mort d’un cancer suite au chagrin provoqué par une séparation brutale avec l’une d’entre elles. Cette « Torba », qui attendait un enfant de lui, était retournée définitivement sans prévenir au pays… Quelques temps après, elle lui réclamait une pension alimentaire substantielle. Il n’a jamais vu son gamin… A n’en pas douter l’Amour est un sentiment, un art qui échappe aux « Torbas ». Toutes ces belles femmes exécrables sans scrupules, malheureusement, s’étant une fois essayées au jeu pervers de faire souffrir l’Autre, ne le désapprennent plus. Et c’est bien dommage ! Ne méritent-elles pas un jour d’avoir la juste monnaie de leur pièce ? La vie se charge en général de leur faire payer le prix fort de leurs exploits. Au point que leur propre Communauté d'origine réprouve leurs agissements qui éclaboussent tout le monde... « Dans ce type de relation, la seule victoire, c’est la fuite » aurait dit Bonaparte. Que les hommes qui tombent dans les griffes d’une « Torba » méditent ces quelques citations pour en sortir : « On dit que l’Amour qui ôtait l’esprit à ceux qui en avaient, en donnait à ceux qui n’en avait pas. »(5), « Si l’Amour donne de l’esprit aux sots, il rend quelquefois bien sots les gens d’esprit. »(6) et « Dans la plupart des Amours, il y en a un qui joue et un autre qui est joué ; Cupidon est avant tout un petit régisseur de théâtre. »(7) Mais, la vraie leçon, la moralité de l’histoire, à retenir est que l’« On peut faire de l’Amour l’affaire la plus sage de sa vie ; Dieu qui a fait l’amour ne nous a pas interdit le discernement. ». Donc, tout est dans le choix de la bonne personne (quelque soit son sexe). Pour éviter les déceptions et les blessures profondes, il convient de se rappeler que « l’Amour qui naît subitement est le plus long à guérir »(9). Il ne faut pas hésiter à se donner du temps, ne pas se laisser séduire par le chant des sirènes, et redécouvrir finalement les saveurs de la séduction, de l’Amour durable et surtout partagé. L’écosystème fragile qu’est l’équilibre affectif d’un homme (comme celui d’une femme) réside sûrement dans ce discernement salvateur. Le virus « Torba » ne doit plus passer ! Que cela soit écrit et que cela soit appliqué !

 

© Jean Dorval, le 22 août 2009, pour LTC.

  

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Notes et sources documentaires :

(1) Selon le site http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_Pologne

(2) D’après le site http://www.terra-economica.info/

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(3) L'histoire : Début des années 80. Paul, publicitaire de son état, partage son appartement avec Maurice, son ami, fauché, débrouillard, un peu encombrant, trempant dans de nombreuses combines. Son ex-petite amie, Anne, lui parle de Zosia, (prononcez "Zochia"), qui vit en Pologne, militante de l'opposition, et qui désirerait fuir son pays afin d'échapper aux surveillances de la police politique. Un mariage blanc avec un français lui permettrait d'obtenir un visa de sortie et d'acquérir la nationalité française. Paul finit par accepter de jouer le jeu et se rend à l'est pour se marier avec la jeune fille. Mais, les sentiments ne se commandent pas et Paul tombe amoureux de la jeune femme… (vu sur le site : http://www.dvdcritiques.com/critiques/dvd_visu.aspx?dvd=358 )

(4) Source : http://www.aujourdhuilachine.com/actualites-chine-connexions-n--femmes-chinoises-6653.asp?1=1&IdBloc=Tout

(5) Diderot « Paradoxe sur le Comédien »

(6) Ninon de Lenclos

(7) Nietzsche « Œuvres posthumes » (trad. Henri Jean Rolle (Mercure de France))

(8) George Sand « Monsieur Sylvestre »

(9) Jean de la Bruyère « Les Caractères »

 
 
NB : Remerciements à toutes les personnes victimes des "Torbas", aux membres de différentes communautés originaires de Pays de l'Est et aux deux "Torbas" qui ont témoigné anonymement et permis la réalisation de ce reportage exclusif LTC.

11/10/2010

COULEURS MAROC : LES REMPARTS DE TAROUDANNT...

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La Tannerie...

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© Crédit photos : Jean Dorval 2010, pour LTC.

 

09/10/2010

MARRAKECH : LA PORTE DU SUD ATLAS ET DU SUD MAROCAIN, LA KOUTOUBIA...

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Marrakech et la Koutoubia (12ème Siècle)... La mosquée hispano mauresque et le splendide parc (véritable défi vert réalisé dans l'enfer du désert). Les couleurs de l'édifice (et de tous ceux de la ville) rappellent, selon la légende, que lorsque l'on a planté la Koutoubia en plein coeur de la cité, celle-ci a tellement saigné que tous les murs des maisons en ont gardé la couleur rouge. C'est aussi l'origine de la couleur du drapeau marocain...

JD pour LTC Voyages.

 

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© Crédit photos : Jean Dorval 2010, pour LTC.

 

 

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05/01/2010

BONNE FETE NATIONALE A TOUS LES LORRAINS ET BON AN NEUF !

 

© Photo ci-dessus : fr.wikipedia.org

Tous les 05 janvier, c’est la Fête Nationale des Lorrains. Aussi, aujourd’hui est organisée, comme d’hab, une commémoration de la Bataille de Nancy. Rendez-vous est donné à tous les Amoureux de la Lorraine, à 18h30, à Nancy, au pied du monument de Place de la Croix de Bourgogne. La traditionnelle harangue de Jean-Marie Cuny sera suivie d'un verre de l'amitié proposé par l'association Mémoire des Lorrains.

Amitié Lorraine !

JD pour LTC.

 

INFOS PLUS :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Place_de_la_Croix_de_Bourgogne

 

 

07/10/2009

LES CONFITURES DE BAR-LE-DUC ET LA PLUME D'OIE...

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"A la Lorraine" est la seule entreprise familiale fabriquant la confiture de groseilles de BAR-LE-DUC. Ce produit artisanal traditionnel, unique au monde, demande de la patience... La preuve ??? Chaque groseille est épépinée à la main, à l'aide d'une plume d'oie... On dit qu'Alfred Hitchcock, le maître des films à suspens, en raffolait... En effet, il ne descendait que dans les hôtels qui lui servaient cette délicieuse confiture au petit déjeuner...
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Une néo de François de Clairval pour LTC.
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« LA RECEPTION DE MOZART EN FRANCE DES DEBUTS INCERTAINS AU TRIOMPHE FINAL 1778-1850 »

LTC PRESENTE

 

AVEC

 

L’Université Paul Verlaine-Metz

UFR Lettres et Langues

Master « Etudes Germaniques »

Master 2/ Semestre 2

 

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« LA RECEPTION DE MOZART EN FRANCE DES DEBUTS INCERTAINS AU TRIOMPHE FINAL 1778-1850 »

 

 

 

 

 

 

Mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme de Master (UE 102)

par

Guillaumette DONETZKOFF

(Texte reproduit avec l'aimable autorisation de son auteur,

hors annexes, sommaire et photos par manque de place)

 

 

 

Directeur de recherche :

Monsieur le Professeur Raymond HEITZ

 

 

 

Année universitaire 2008/2009

 

 

INTRODUCTION

 

I. Prélude

 

La découverte de l’univers mozartien s’est faite par étapes. Les premiers auteurs nous ont légué le récit de la vie de l’artiste telle qu’elle fut de son temps, selon eux. Ils ne disposaient ni de l’ensemble des documents concernant sa vie, ni du Köchel, ni des données ultimes, récentes. Lentement au fil des avancées, Mozart et son Œuvre ont pris une ampleur imprévue, étourdissante.

 

A. L’œuvre de Mozart et son époque : les Lumières

 

D’après Victor Hugo, la civilisation s’exhale de l’art comme le parfum de la fleur. Or, Mozart a vécu et travaillé au siècle des Lumières, celui qui découvre un nouvel art de penser et de vivre. C’est celui de l’Encyclopédie, des réformes politiques à travers l’Europe et de la volonté de juger par soi-même. L’autorité se débat dans une crise, car les philosophes proposent de penser les normes sur fond d’égalité et de liberté. La demande d’un changement de société se fait de plus en plus pressante. Les Penseurs récusaient l’ordre établi, sa stricte et implacable hiérarchisation, sans échappatoire imaginable, tant dans la sphère privée que dans le domaine public.. Les opéras de Mozart dépeignent à leur façon ce vieux monde à l’agonie, ce siècle frivole et turbulent, qui n’en peut plus du grand écart entre la réalité et les oripeaux dont on l’affuble. Le musicien fait revivre pour nous ce monde, sis entre le paradis et l’enfer, que la Révolution décapitera. Le Courrier des Spectacles met à jour une certaine discordance, une incompatibilité entre l’autonomie individuelle et le bien commun. Lors du compte-rendu d’une représentation, il remarque : «Cette distinction de rang et de pouvoir entre les premiers sujets et les doubles n’est point dans les principes de liberté et de l’égalité ; elle ne laisse que deux ordres, celui des maîtres qui ordonnent sans appel, et des sujets qui obéissent sans restriction. Peut-être cette constitution s’améliorera-t-elle à son tour.»[1]

 

B. Les nobles idées à l’épreuve de la réalité

 

«Dieu protège la France», voilà la devise du Royaume, jusqu’en 1789. Les révolutionnaires allaient y mettre bon ordre, et bannir tout de bon cette vieille lune. «Liberté-Egalité- Fraternité» vous avait un panache bien différent, et mettrait le bonheur à portée de main de tout un chacun. L’ennui, c’est que les mirages s’effacent avec une promptitude navrante, et les utopies se terrent dans un  no man’s land à jamais inaccessible. Au pied de l’échafaud, Olympe de Gouges s’écria : «Liberté que de crimes on commet en ton nom !» Le journaliste avait signalé les restrictions que l’organisation théâtrale imposait à la liberté individuelle. A-t-on jamais demandé leur avis aux peuples, auxquels les armées révolutionnaires apportaient censément la liberté ? Le pouvoir fondé sur le peuple, la démocratie n’est pas davantage en mesure que le pouvoir autocratique de donner vie à la nouvelle devise. Il est vrai que la réalité du pouvoir est confisquée par quelques uns et le propre des rêves c’est de rester «rêves» ou idéal, selon le vocabulaire choisi. Cette antinomie entre la situation existante en voie d’effritement, et les vœux d’une existence meilleure ne peut se prolonger. La Révolution tranchera ce nœud gordien avec rudesse.

 

C. Entrelacs de la politique et de l’art

 

Quelques décennies seulement séparent l’Ancien Régime et l’effondrement de la monarchie de Juillet, en 1848. Pourtant quelle instabilité politique surprenante pendant ce court laps de temps. Il arrive, parfois, que la situation politique influe sur la scène lyrique. C’est courant pour tout dire, au gré des fluctuations des régimes et des visées des gouvernants du moment. Certes, l’activité artistique se développe loin du bruit et de la fureur des événements officiels. En apparence du moins. Les autorités imposent le cadre des représentations, les soutiennent dans la mesure où elles servent leurs propres intérêts. Des textes précis interdisent la représentation d’opéras venus de «l’étranger». Néanmoins la musique, le petit monde du théâtre, suivent leur chemin. Les directeurs de théâtre doivent s’arranger avec le pouvoir en place, les librettistes, les caprices et les exigences des artistes. Des jalons importants sont posés, marquant leur propre époque mais préparant également la nôtre. Un passage de la Revue et Gazette musicale de Paris insiste sur ce fait. Un de ses chroniqueurs écrit en effet :

 

Dans la marche de l’art, comme dans celle de la société, il y a trois tendances qui se manifestent sans cesse et se servent réciproquement, tout en ayant l’air de se contrarier. Celui-ci veut toujours s’élancer en avant, celui-là toujours retourner en arrière; le troisième ne demande qu’à rester en place. Il est clair qu’avec le dernier seulement le monde et l’art demeureraient stationnaires, mais aussi qu’avec les deux autres ils se briseraient infailliblement.[2]

 

Remarque fort judicieuse et clairvoyante, toujours valable de nos jours. Les affrontements musicaux sont d’actualité, plus que jamais. Les adversaires ne s’épargnent ni ne se montrent indulgents. Qu’il soit question de la qualité des diverses manières d’aborder le monde sonore, pour ce qui est de la composition, de l’exécution, des instruments, de la diffusion, y compris toutes les conséquences pratiques que tout cela entraîne.

 

Conclusion

 

Mozart a recueilli l’héritage de la société et de la civilisation baroque/rococo à son zénith, ivre de ses contradictions, et de ses désirs inassouvis. Il l’a vécu et transformé, modelé, selon les formes rencontrées partout au cours de ses voyages. Ses opéras témoignent de la nostalgie poignante de ceux qui appellent de leurs vœux une organisation plus libre, fraternelle, de la société. Le 20 juin 1781, après son renvoi indigne, tout à fait conforme aux mœurs du temps, il écrit à son père : «Le cœur ennoblit l’homme ; et si je ne suis certes pas comte, j’ai peut-être plus d’honneur en moi que bien des comtes ; et valet ou comte, celui qui m’insulte est une canaille.»

Le souhait d’émancipation exposé dans cette lettre, au moment même où Joseph II monte sur le trône, est largement répandu dans cet empire aux populations si disparates. L’auteur est-il pour autant un révolutionnaire ?

 

II. Exorde

 

A. Mozart et la France de 1778 à 1850

 

Ces jalons posés, il est loisible de suivre l’itinéraire lent, long et varié suivant lequel l’œuvre de Mozart s’est propagée. Paris est l’un des haut-lieux où la musique de Mozart fut peu à peu connue et appréciée, avant de séduire l’univers musical en son entier. Tout d’abord, l’enfant prodige séjourna dans notre capitale lors de sa tournée européenne de 1764-66. Il fit montre de ses talents devant des auditeurs de la haute société, intéressés certes, auxquels néanmoins le discernement faisait défaut. Lors de ce séjour dans la capitale, le musicien fut mêlé bien malgré lui, à l’arrogante résurgence de la Querelle des Bouffons que fut la dispute entre les partisans de Gluck et ceux de Piccini. Plus tard, sa propre œuvre fournira le prétexte rêvé pour de nouveaux démêlés exacerbés, à la fois politiques, culturels et musicaux. Pourtant Paris a contribué à l’épanouissement du Mythe Mozart. La ville fut un épicentre pour l’édition musicale, les pratiques musicales privées, la production (théâtre, concerts). Cependant, ajoutons que Paris, plaque tournante de la musique, n’en est pas moins une foire aux illusions. Lors de son bref séjour à Paris en 1778, Mozart en subira les effets, d’autant qu’il a l’art de se susciter des ennemis.

 

B. La vie de Mozart revisitée

 

Hermann Hesse a explicité sans ambages les ambiguïtés de toute littérature mozartienne.

 

Mozart est l’un de ces quelques grands artistes qui n’ont plus réellement de biographie ni de psychologie, qui deviennent d’une incompréhensibilité totale, d’un mystère magique, du fait que leur personnalité se perd par le haut, se dérobe à nous, tant ils sont absorbés par leur art, par ce qui dépasse l’individuel et le temps. Aussi, lire une biographie mozartienne de plus n’a-t-il de sens que si son auteur ou bien enrichit les éléments connus par des conclusions neuves à partir de sources anciennes, ou bien se fait annonciateur de vérités nouvelles par la puissance de son amour et de son émotion.[3]

 

Sourds et insensibles à cette assertion, tous les admirateurs du maître scrutent avec ferveur les voies d’une connaissance approfondie de leur idole, et souhaitent communiquer leur enthousiasme à autrui. Cela entraîne quelques dérapages. Ainsi, en 1857, le chanoine Goschler écrit la «Vie d’un artiste chrétien au XVIIIe siècle, extraite de sa correspondance authentique.»[4]  Cette suave anthologie omet tout ce qui pourrait contredire ou assombrir le propos/portrait du catholique irréprochable. Un peu courte, cette vision bien fade. Mozart un saint de vitrail ?  Ses foucades et ses frasques, réelles ou supposées, suggèrent un être de chair et de sang, autrement plus aimable qu’un fantoche inconsistant.

 

Rudolf Angermüller, éminent chercheur à l’Internationale Stiftung Mozarteum a établi une importante Mozart-Bibliographie, avec le concours d’Otto Schneider, jusqu’à 1970. Dans le Mozart-Jahrbuch, Kassel, 1976. Ensuite, paraissent les compléments, Kassel, 1978. Des éditions mises à jour sont publiées par Bärenreiter en 1981-1985, 1986-1991, 1992-1995, Kassel/Bâle/Tours, 1992 et 1998. En outre, on lui doit de nombreuses études sur les voyages du compositeur, en Italie, en France, en Allemagne, sur ses contemporains ou sur les personnages de ses opéras.

 

1. Travail des premiers défricheurs

 

C’est en 1798, sept années seulement après la mort de Mozart, que paraît sa toute première biographie, rédigée par Franz Xaver Niemetschek[5], professeur et critique de musique. L’œuvre porte le cachet de son époque. Georg Nikolaus von Nissen[6], le second mari de Konstanze, entreprend la rédaction d’une nouvelle biographie. Grâce à ce travail, nous connaissons d’importants documents originaux  dont la veuve détenait la garde. C’est la première référence dénuée de scories sentimentales. Un couple anglais mélomane et musicien s’était rendu à Salzbourg et à Vienne, en 1829. Ils voulaient glaner le plus d’informations possibles auprès des parents et des amis encore vivants de Mozart. Le captivant journal de voyage du couple Vincent et Mary Novello parut en 1955[7]. Sous le pseudonyme d’Alexandre Bombet, Stendhal publie «Les vies de Haydn, de Mozart et de Métastase» , en juin 1814. C’est sans doute la première biographie en langue française. A l’instar de Mme de Staël, il tente de relier le style musical à l’identité culturelle des divers peuples d’Europe.

Une aura romantique, marquée par le culte du génie, se dégage du personnage de l’artiste. Ces ouvrages n’échappent pas aux travers de la légende dorée, aux anecdotes dramatiques. Néanmoins, ce sont de précieuses  sources d’informations sur la diffusion de la musique et du Mythe Mozart pour les années suivant de peu la mort du compositeur.

 

Ces biographies apparaissent d’une importance indéniable, témoignages privilégiés, directs, oculaires de la vie de Mozart. Ils ont vu le musicien, lui ont parlé, ont écouté ses œuvres. Certains ont même partagé sa vie, peu ou prou. Contemporains du musicien, leurs dires sont crédibles, y compris ceux du couple anglais qui relate les souvenirs de parents et amis de Mozart. Ce sont en quelque sorte des « diaires », des recueils de souvenirs. Ils ont posé l’assise pour les travaux et découvertes à venir. Au fil du temps, ce travail accompli hors de la France fut traduit, édité, connu et répandu chez nous.

 

Toutefois, s’en contenter serait courir grand risque de ne tenir qu’une image d’Epinal, une vie romancée à coups d’assertions douteuses. Libérée de toute aura romantique elle n’en est que plus véridique.

 

2. Deux biographies cruciales rédigées et publiées par des auteurs français

 

Grand temps donc, de parer au danger de défigurer le musicien et de lui porter tort à travers une vision partiale et fragmentaire et de sa vie et de son œuvre. L’heure est propice à ce que les savants, les scientifiques s’emparent du sujet Mozart  pour le disséquer, l’analyser au scalpel, pour mettre à jour toutes les facettes de son génie. Deux auteurs s’attellent à la tâche et font surgir à nos yeux un homme passionné par la vie et la musique, prêt à braver les obstacles et les dangers qu’il lui faudra affronter.

 

a. A tout seigneur tout honneur ! La biographie Wolfgang, Amadeus, Mozart de Wyzewa et Saint-Foix, œuvre impressionnante, sorte de parangon de l’érudition, contient également une classification des œuvres du maître. C’est là une œuvre essentielle concernant Mozart. Elle fournit, en effet, un fondement solide aux recherches ultérieures, et cherche à mettre en valeur les partitions de la maturité du compositeur, à en révéler le contenu remarquable et son unicité[8].

 

Les deux auteurs ont mis en lumière le lien entre l’œuvre de Mozart et son époque. Cette démarche a permis de nombreuses découvertes musicologiques. Ainsi d’importantes lacunes dans la chronologie des œuvres ont pu être comblées. Nul ne saurait dénier l’exactitude de leurs recherches ou la rigueur de leur raisonnement.

 

b. Grâce au Wolfgang, Amadeus, MOZART de Jean et Brigitte Massin, nous pénétrons encore plus profond dans l’univers de l’artiste, pour délaisser tout de bon celui du conte de fées un tantinet niais. Un être humain vivant, vibrant, réel, émerge au fil des pages, non un pantin. Aux yeux de certains de ses contemporains, le compositeur a pu sembler n’être qu’un petit homme insignifiant. Il signait parfois ses lettres par cette expression surprenante : Mozart magnus, corpore parvus. C’est le condensé adéquat pour toute l’époque baroque, de la confusion entre l’être et le paraître.

Au long des pages, nous suivons l’itinéraire de Mozart, découvrons le lien et la progression entre les étapes successives. Déjà, une animosité réelle bien qu’encore masquée est perceptible, même si elle ne cible pas d’abord l’étranger, mais celui qui est  différent, autre.

 

3. Ecrivains étrangers non moins importants

 

Bien que les premières biographies de l’artiste aient été rédigées et publiées en allemand, comme de juste, les étrangers ont encore repris le flambeau pour mieux sonder les connaissances sur Mozart, les approfondir et/ou les rectifier. A partir du XXe siècle, leurs œuvres  furent traduites et répandues avec plus de facilité en France qu’au siècle précédent. Citons, au passage, le raz de marée récent du 250e anniversaire de Mozart, non dénué d’un relent commercial certain. De quoi ressentir de l’écœurement, noyés parmi les diverses publications, promotions musicales. Sans négliger les Mozartkugeln ! Citons Otto Jahn, Alfred Einstein, Arthur Hutchings[9],

 

Parmi tous, le musicologue américain Howard Chandler Robbins Landon[10], un des auteurs les plus infatigables lorsqu’il s’agit de Mozart. Il a quasi détaillé, disséqué, décortiqué le compositeur sous tous les aspects possibles. Dans son livre : «1791, la dernière année de Mozart», il tord le cou aux mythes et aux théories, prenant appui sur des documents dont certains découverts et connus depuis peu. C’est là une enquête captivante.

 

4. Ouvrages analysant un point précis

 

Le fondement biographique solidement acquis, il devient possible d’étudier un aspect particulier de l’œuvre de Mozart. Les ouvrages de Jean-Victor Hocquard inclinent vers une inflexion religieuse. Des racines et des ailes ? L’auteur parle de la musique de «Mozart l’Européen.» L’artiste parvient à établir l’équilibre entre le Nord et le Midi, une «synthèse tellement parfaite [...] qu’elle transcende toute appartenance nationale et qu’elle s’élève loin au-dessus de toute frontière culturelle, sans verser pour autant dans un langage cosmopolite.[11] Jacques Chailley, se consacra à la recherche musicologique. Dans son œuvre «La Flûte Enchantée, opéra maçonnique», l’auteur s’applique à en mettre en valeur tous les aspects, à en évincer toutes les obscurités[12].  Le dernier livre paru : «Mozart, ein Leben», écrit par Maynard Solomon[13]est comme le symétrique de la première biographie, celle de Niemetschek. Ce dernier nous montrait le musicien en direct, sans intermédiaire, avec passion. Solomon décrit la vie d’un artiste au XVIIIe siècle finissant. Une vie pétrie de toutes les contradictions et paradoxes, les «abîmes» que l’on imagine être inhérents au génie. Pas de nouveauté fracassante, mais une approche différente, une plus grande distanciation d’avec Mozart. Néanmoins, il concède que de nombreuses controverses, ne sont toujours pas résolues de manière satisfaisante.

 

5. Epilogue, bilan

 

Reste donc à comparer les hypothèses et allégations, résultat de deux siècles de recherches menées par des érudits consciencieux, sérieux, venus apporter leur contribution au thème Mozart/musicien/génie/combattant. Cela aboutit à un certain malaise. Que nous reste-t-il en héritage de ce Mozart dûment dépiauté, dépecé, autopsié, quasi vandalisé ? Pouvons-nous le ressusciter tel qu’en lui-même il vécut ? Alexis Carrel[14] affirmait n’avoir jamais découvert d’âme sous son scalpel. Réflexion aberrante de la part d’un homme sensé. Ni la fascination ni la séduction, ni même la répulsion émanant d’une personne ne se peuvent expliquer par ses seules «composantes». Quelle que soit la biographie, elle représente un défi ou à tout le moins relève d’un art ! Saisir l’ «essence» d’un individu, ce qui caractérise sa vie entre déterminisme et liberté, connaître l’ «intention» du musicien, voilà un pari fou, à jamais inextricable.

 

 

C. Une lacune à combler ?

 

Dans quelle mesure est-ce justifié de considérer la réception de Mozart en France sous l’angle d’un accueil hostile, du moins très partagé, et de joindre cette note discordante, voire grinçante, à l’océan de la littérature mozartienne surabondante, œuvre de tant d’esprits cultivés, savants, autorisés pour ainsi dire ? En quoi l’idée est-elle pertinente ? Tout du long de cette controverse farouche autour de Mozart, l’expression d’un rejet féroce, sans la moindre nuance, de la part de quelques uns du moins, m’a  frappée. Cette aversion irraisonnée, persistante, se trouve comme mise entre parenthèses dans la plupart des biographies. Les premières d’entre elles tendent à auréoler Mozart. Les plus objectives laissent cet aspect de la vie de l’artiste à l’écart. Trop sentimental sans doute à leur gré, ou encore sans grand intérêt ? Certes le rejet et l’exclusion de l’autre sont de tous les temps et situations. Les affrontements constituent l’étape obligée, toujours latente, avant l’acceptation et l’intégration d’une nouvelle idée ou situation ou personne. Le rejet, réaction épidermique, exige une longue maturation avant de déboucher, parfois, sur la conciliation et l’apaisement. L’accueil fait au musicien reflète, fidèle miroir, les contradictions, les incompatibilités et les désaccords du temps.

 

Au moins à dater de 1778, l’hostilité méprisante, et le rejet injurieux, sont le partage  du compositeur. Il en fut la victime de son vivant, et ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que le maître et sa musique connurent un agrément paisible, quasi généralisé.

 

Il n’est que de consulter les feuilletons des journaux de ce temps, pour suivre à la trace le chemin cahotant, semé d’obstacles, jalonné de chausse-trapes, que dut parcourir l’œuvre de Mozart avant de faire corps avec la musique appréciée de tous. Les journaux les plus connus, comme le Journal des Débats et le Journal de l’Empire suivent cette épopée pas à pas, de concert avec de nombreuses autres publications de notoriété moindre. Les divers périodiques se jettent également dans la mêlée. Plus tard, lorsque les faits seront bien connus et établis, les dictionnaires et les encyclopédies prendront la relève.

 

1. Différends culturels en France du milieu du XVIIIe  jusqu'au milieu du XIXe siècle

 

Pourtant les réticences, la hargne dans la réception des œuvres du musicien ne sont qu’une nouvelle flambée d’un nationalisme frileux, rétif devant les changements, quelle qu’en soit la nature.

 

Les esprits se sont enflammés une première fois lors de la Querelle des Bouffons. C’est une guerre, suscitée par des écrits de Grimm et la «Lettre sur la musique française» (novembre 1753) de Rousseau. Le philosophe attaque avec violence la langue, la musique, la culture et le goût français. Ainsi notre Genevois ne craint pas d’écrire :

 

Je crois avoir fait voir qu’il n’y a ni mesure ni mélodie dans la langue française, parce que la langue n’en est pas susceptible ; que le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue ; que l’harmonie en est brute, sans expression, et sentant uniquement son remplissage d’écolier ; que les airs français ne sont point des airs ; que le récitatif français n’est point du récitatif. D’où je conclus que les Français n’ont pas de musique, et n’en peuvent avoir, où que si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux.[15]

 

C’est là une véritable explosion de haine, un défi entraînant une âpre guerre musicale. Celui qui a mis lui-même le feu aux poudres, nous explique la situation, telle que nous la retrouverons, sans changement notable, en ce début du XIXe siècle. «Tout Paris se divisa en deux partis [...] l’un plus puissant, plus nombreux, composé des Grands, des riches et des femmes, soutenait la musique française ; l’autre plus vif, plus fier, plus enthousiaste, était composé des vrais connaisseurs, des gens à talents, des hommes de génie. Son petit peloton se rassemblait à l’Opéra sous la loge de la reine.»[16]

Le ton de la querelle vira à l’aigre et sa nature en fut changée. Les auteurs des publications parues après la Lettre réclamaient le respect et la fidélité envers la culture de la nation et sa langue. Désormais, la cause s’était élargie en devoir patriotique. L’attitude de Rousseau fut jugée inconvenante et injurieuse à l’égard de l’Etat, de la Société, de la Couronne et de la Religion. C’est en citoyen qu’il fallait réagir, non en philosophe. Le mal était fait. Il allait s’étendre et prospérer dans le temps.

Sa Lettre attisera  les clabauderies diverses des deux cabales. Initiative malheureuse, d’autant qu’il s’arroge un jugement aussi définitif que désobligeant et partial de la musique française. Les partisans de Rameau s’opposaient à ceux de Lully. La fièvre s’empara des philosophes, et par là de tout ce que la capitale comptait de personnages importants. La Querelle atteste le conflit entre la musique française et l’Ultramontaine, venue d’Italie. La victoire apparente de la musique française clôt le désaccord. Notons cependant la vive coloration xénophobe et l’allégresse qui se manifestent dans le texte suivant. Le but assigné est atteint. «Enfin, mes chers camarades, nous triomphons, les Bouffons sont renvoyés : nous allons briller de nouveau dans les symphonies de M. Lully.»[17]

 

2. Racines plurielles de la levée de boucliers

 

Les philosophes débattaient de la musique qui leur était familière, celle de Rameau et de Lully, celle de Louis XIV, la musique classique donc. Bien que Rameau fût à son apogée, le déclin de sa musique s’annonçait. La Querelle avait abouti à une victoire autant provisoire qu’imaginaire. Pour l’heure sans doute, le style de la musique de Mozart ne s’intégrait pas dans le cadre  des réflexions des encyclopédistes et des philosophes. Leur intérêt pour les innovations n’incluait pas, ou peu, le domaine de la musique, exception faite pour Rousseau. Néanmoins, le feu couvait sous la cendre, attendant l’instant propice pour surgir à nouveau, avec une violence renouvelée. Les opéras de Mozart en fourniront l’occasion bienvenue, quasi inespérée.

La controverse apaisée reprit une vigueur nouvelle lors du séjour de Mozart à Paris, en 1778. L’antagonisme virulent s’exprime au travers du patriotisme musical. Deux esthétiques se concurrencent. L’une, inspirée par Boileau, Descartes, Rameau, parle de la nature des choses. Rousseau met en jeu la nature des hommes. Que l’homme vive de ses sentiments et les reconnaisse à travers la musique. La sensibilité remplacera le savoir. L’opéra sera populaire ou il ne sera pas. Une révolution culturelle s’annonce. Elle suppose un changement de société. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la bataille se ravivera autour des œuvres de Mozart, surtout de ses opéras. Davantage que la musique instrumentale, ils témoignent de la faille qui sépare deux cultures, et de leur difficile conciliation.

 

a. Sources patriotiques manifestes du conflit

 

L’enjeu dépasse, et de loin, la simple querelle musicale. Les articles de la presse soulignent les

profondes divergences  qui partagent et la société du spectacle et la société elle-même. Le tournant du siècle présage l’émergence d’un monde nouveau. Les nostalgiques d’un ordre ancien prêt à s’écrouler, s’agrippent au classicisme en déclin ou à tout le moins en évolution. Confrontés à un monde nouveau dont ils ont peur, et qu’ils refusent avec véhémence ; ils manifestent leur hostilité. Classiques, donc conservateurs, ils ne veulent pas des artistes étrangers. C’est pourquoi ils dénoncent à cor et à cri «la secte germanique», «les sifflements germaniques, les sectaires germaniques» si décriés. Ils leur opposent, avec quelle insistance, l’excellence de la musique française. Mozart leur est suspect, en partie parce que les professeurs du Conservatoire l’apprécient. En effet, la Convention a créé cette institution. Les tenants de l’Ancien Régime se méfient de ce produit révolutionnaire, vecteur des idées nouvelles. Geoffroy, bien que malveillant, ne peut qu’admettre le «triomphe de l’école allemande.» Soupçonneux, encore et toujours, il subodore une «conjuration» puisqu’il utilise le mot «ligué.» La patrie en danger ? Dans le Journal de l’Empire en date du 27 janvier 1801, il écrit : «L’école allemande triomphe partout, tous les orchestres sont ligués pour Mozart qui est le dieu du Conservatoire de la Musique. Hors de Mozart, il n’y a pas de messie en musique.» En vérité, la contestation autour de la musique de Mozart en ce début du XIXe siècle n’est qu’une résurgence d’une situation plus ancienne. Elle reflète une nouvelle fois un antagonisme qui se fait sentir avec vivacité autant dans le domaine de la musique que dans celui du boule versement social et du refus de ce qui est «étranger». D’autant que l’arrière-plan est toujours guerrier.

 

b. Effets de la situation politique

 

Les guerres de la Révolution et de l’Empire, voilà en partie du moins, l’arrière-plan inconscient, inavoué, des dissensions, de toute cette animosité, de ces manifestations de rejet. C’est le retour programmé au nationalisme, au sang, au passé. C’est la pierre d’achoppement indubitable, principale en tout cas, qui divise les partisans et les adversaires de l’artiste. L’on peut aussi souligner la démesure des prétentions françaises : apporter la liberté aux peuples, à leur corps défendant. Sans oublier l’obstination que mettent les auteurs à accentuer l’excellence de la culture française, et sa prééminence sur toutes les autres.

 

3. Paris 1778 : Mozart pris dans la tourmente

 

La flambée patriotique a connu plusieurs pics haletants, fiévreux : la Querelle des Bouffons, l’antagonisme entre les partisans de Gluck et ceux de Piccini, et maintenant l’opposition à la musique de Mozart. Tous les ingrédients prêts pour une nouvelle explosion sont en place. Bref rappel :  en 1751, la veille somme toute, du voyage de Mozart, Diderot et d’Alembert ont publié le premier des vingt-huit tomes de l’Encyclopédie, dont les articles font part des connaissances acquises et critiquent l’ordre politique et social du moment. En 1768, le traité de Paris met fin à la guerre de Sept Ans (1756-1763), où la France et l’Autriche étaient parties prenantes. La situation de la société et de la culture était en pleine évolution. L’orage révolutionnaire grondait déjà. Sous peu, il allait tout emporter.

 

a. Effervescence musicale

 

Pour comprendre au mieux les causes et le sens de ces controverses à la fois violentes et malveillantes, un coup d’œil à la situation de la musique en France est utile. En effet le pays de Rameau, de Lulli, n’est nullement un désert musical. La musique, dans notre pays, vit, se répand, provoque des brouilles, des chicanes. Pourtant, les ardeurs belliqueuses jugulées, de nouveaux horizons se dévoilent.

Les éditeurs publient des extraits de ces trois opéras : l’Ouverture, à la fois pour orchestre et en réduction pour piano, des extraits vocaux, des arrangements instrumentaux.[18]

La Flûte Enchantée occupe, parmi les autres opéras, un statut singulier, par le nombre et la  diversité des éditions publiées avant la représentation des Mystères d’Isis.[19] Voilà encore une nouvelle raison de porter à son comble la zizanie entre le clan des affidés de Mozart et celui de ses adversaires. C’est certain, la contestation musicale présente un aspect politique, nationaliste pour ainsi dire. Que les nations ne soient encore guère qu’une idée utopique ne change en rien le comportement des Français. Le compositeur  est tout à fait conscient du préjugé défavorable à son égard. Il n’est rien «qu’un Allemand.» On considère les étrangers d’un œil critique, dénué de bienveillance. Un écrivain propose l’explication suivante.[20] Mozart se retrouve sur le banc des accusés, «suspecté» de composer une musique hors normes. Les initiés ne peuvent la classer. La coloration xénophobe se fait jour avec beaucoup d’insistance, et évoque la défunte Querelle des Bouffons dans le texte suivant :

 

Mozart est suspecté de faire une musique géniale qui ne soit ni italienne, ni française, ni même allemande. Il introduirait alors à Paris le grain de sable qui gripperait la machine huilée des querelles entre modernisme et conservatisme, en ne reniant ni l’apport italien ni l’influence gluckiste.

 

Depuis des lustres, l’animosité couvait sous la cendre et les esprits s’enflammaient par intervalles. La Querelle des Bouffons atteste le conflit entre la musique française et l’Ultramontaine, venue d’Italie. Mozart arrive dans la capitale alors qu’un nouvel épisode de cette dissension bat son plein. Cette fois, gluckistes et piccinistes se déchirent avec entrain.

 

Mozart passe six mois à Paris, sous les auspices les plus défavorables qui soient. Il était venu dans la capitale dans l’espoir de s’y fixer. Or, son soi-disant protecteur, le baron Grimm, restait partisan de la musique italienne, contre les opéras de Gluck. Les deux artistes rivalisaient dans le répertoire. De son côté , Mozart refusa tout net de prendre parti. Il demeurait étranger au débat. Le 11 septembre 1778, il écrit à son père : «Je puis être l’égal de son Piccini-bien que je ne sois qu’un Allemand-. [...] Il aurait voulu que je sois toujours à courir vers Piccini [...] Et moi je lui ai toujours dit : non je ne ferai pas un seul pas dans ce sens ! En un mot, il est du Parti Italien, il est faux et cherche à m’étouffer.»[21]

 

b. Mozart face à la société

 

De Paris, Mozart a connu et fréquenté le seul milieu qui ne pouvait guère lui être bénéfique. La

noblesse se raidit devant les prétentions toutes neuves de la bourgeoisie. L’artiste n’est qu’un agrément de leurs loisirs. Leur caste bien hiérarchisée et close sur elle-même ne saurait caser ce va nu pieds. C’en était bien fini des extases du passé devant l’enfant prodige.

La bonne société ne lui offre que le mépris. Mozart est un quémandeur sans renommée, anonyme presque, dans cette ville inhospitalière. «Les gens de la musique ne jouissent d’aucun prestige» écrit-il dans sa lettre du 7 août 1778, à l’abbé Bullinger[22]. Deux incidents légitiment son affirmation. La duchesse de Chabot et son entourage traitent l’artiste avec une indifférence dédaigneuse. Patienter pendant des heures, jouer dans le brouhaha de gens très pris par leurs propres activités, voilà tout ce qu’on offre au musicien. Il avait donné des leçons à la fille du duc de Guisnes. Cette dernière, «cordialement sotte et cordialement paresseuse», aux dires de Wolfgang, s’est fiancée. Le duc, bien affairé, en a «oublié» les gages du musicien. Colère de ce dernier. Le 31 juillet 1778, il écrit à son père : «Je vais attendre que le mariage soit passé, alors je retournerai voir la gouvernante et réclamerai mon argent.» Le prétendu savoir-vivre de la noblesse ne pouvait lui inspirer que répugnance, exaspération et mépris. Cette expérience exalte sans doute les désirs de liberté, d’égalité et de fraternité si apparentes dans l’Enlèvement au Sérail, les Noces de Figaro et la Flûte Enchantée.

 

c. Déconvenue finale

 

A cela s’ajoute la rancœur à l’égard de Grimm. Ce dernier s’attendait sans doute à un hôte doux et obéissant, non à un adulte en mesure de défendre son propre point de vue. Le malentendu ne se pouvait terminer que dans l’amertume. Le baron réplique aux réticences de Mozart par une indifférence feinte. En réalité, il se venge. Il n’aidera l’artiste en aucune manière et le prend en aversion. Il fait silence autour de lui, au point de ne même pas mentionner les «Petits Riens» donnés pendant une représentation du mois de juin. Dans sa lettre du 27 juillet 1778, adressée à Léopold, il fait clairement comprendre à ce dernier que Paris n’a rien à offrir à Mozart.

 

Il est trop candide, peu actif, trop aisé à attraper, trop peu occupé des moyens qui peuvent conduire à la fortune. Ici, pour percer, il faut être retors, entreprenant, audacieux. Je lui voudrais pour sa fortune, la moitié moins de talent et le double plus d’entregent [...] Le public est dans ce moment-ci ridiculement partagé entre Piccini et Gluck, il est donc très difficile pour votre fils de réussir entre ces deux partis. Il est maintenant depuis quatre mois à Paris et il est presque aussi peu avancé que le premier jour, ayant pourtant mangé près de mille livres. [...] Un malheur à ajouter à tous les autres, c’est que je suis accablé d’affaires, que je n’en puis faire que la moitié, par conséquent il ne me reste aucun moyen de m’occuper de M. votre fils ou de lui chercher des ressources.[23]

 

Ce soi-disant protecteur se conduit en rustre grossier et brutal. Non seulement il brosse un tableau peu engageant des circonstances, mais encore refuse de façon abrupte de se préoccuper de son protégé.

 

Tout est perdu. Mozart n’a ni l’étoffe d’un arriviste ni celle d’un courtisan. Il est vrai aussi, qu’il a eu le tort de fréquenter surtout des compatriotes. Pour contourner l’obstacle de la langue étrangère ?  Pour oublier les tracas de la vie avec Grimm et le contact humiliant avec la noblesse ? Quelques succès dans le domaine de la musique instrumentale n’ont pu compenser les menées du baron hargneux. Le Concert Spirituel a donné avec bonheur, à deux reprises, sa Symphonie. Néanmoins, l’équipée d’un «Allemand à Paris» se termine par une  dure défaite. Peu auparavant , il avait écrit : «Les Français sont et restent des ânes, ils ne sont capables de rien et sont obligés d’avoir recours à des étrangers.»[24] Mozart, un artiste dans un monde de brutes ? Pour l’heure, le charme de sa musique est inopérant. Reste un homme désolé, désorienté, et sans aucun doute rageur devant ses rêves et ses projets envolés.

 

4. Les opéras de Mozart exposés aux mêmes oppositions/dissensions ravivées

 

L’opinion du compositeur à l’encontre de la musique française et des Français était peu flatteuse. Il espérait l’emporter par son seul talent. La renommée se faisant attendre, il se percevait comme entouré «de bestiaux». Sans doute se surestimait-il un tantinet[25]. D’autre part il ne comprenait guère les relations entre la musique et la parole qui imprégnaient la musique dite française, le «goût français». Ce dernier se définit comme un sens de l’équilibre, du classicisme, un sens également de la mélodie. L’antithèse musique française mélodique, musique allemande harmonique s’impose sans équivoque. Deux écrivains-musicologues représentent de manière caractéristique, en condensé, les courants favorables ou antagonistes et leurs diverses variantes.

 

5. Chaque camp compte un champion attitré

 

a. Geoffroy, opposant farouche de Mozart, illustre le combat des adversaires avec vivacité. Pendant la Terreur, il s’éclipse dans un village. En 1800, chargé de la chronique des spectacles  du Journal des Débats, il se manifeste à nouveau en public. Il clame à tous vents sa détestation des Philosophes et des idées révolutionnaires et plaide en faveur du traditionalisme religieux et politique, d’un classicisme étriqué. Parmi les articles réunis dans son Cours de littérature, on trouve trois textes sur Mozart et sur les représentations des Mystères d’Isis de Don Juan  et de Cosi fan tutte.[26] Lorsque la vogue de Mozart est au plus haut, il se résout à faire quelques concessions, persuadé cependant qu’il ne s’agit que d’une mode passagère : «L’opéra de Mozart fait plaisir ; il est conforme au goût des amateurs du jour ; la plupart des morceaux d’ensemble sont fort applaudis, et méritent de l’être. Mais le charme de la nouveauté s’évanouira bientôt.[27] De mauvaise grâce, il concède un compliment mitigé : « Faire l’éloge de Mozart est un devoir qu’on remplirait plus volontiers, si ce compositeur n’était pas l’objet d’un enthousiasme extraordinaire.[28] L’accueil  «extraordinaire» semble surfait au journaliste La raison manifeste de la querelle se fait jour sans ambages, défendre la mélodie contre l’harmonie : «Mozart parut dans la carrière vers le temps où la révolte de l’harmonie contre la mélodie jetait un désordre dans l’empire musical, en plaçant la suivante sur le trône de la maîtresse. Il a su profiter de cette révolution musicale et fonda sa gloire sur la corruption du siècle.»[29]  On note également  l’apparition de métaphores évoquant le bouleversement social issu de la Révolution : «le désordre plaçant la suivante sur le trône de la maîtresse», «la corruption du siècle.» Geoffroy  introduit une similitude entre la révolte musicale et le «désordre» social engendré par la Révolution. Pis encore, non seulement ce musicien a composé une musique étrangère et révolutionnaire, mais métisse : «Mozart est un métis formé de la race allemande et de la race italienne.»[30] Voilà l’origine de tous les maux, selon Geoffroy. Le mot métis prend une consonance péjorative très nette. Les enjeux sont clairs. Les antinomies se dessinent fermement. Il va falloir trancher entre musique française/musique italienne, musique mélodique/musique harmonique. Ce nationalisme musical a partie liée avec l’opposition aux Lumières, induit une réaction excessive à la Révolution. Dans son ouvrage capital, La musique en France des Lumières au romantisme, Jean Mongrédien cite d’autres exemples de ce nationalisme exacerbé. Les évènements politiques de l’Europe révolutionnaire et impériale impriment leur sceau même dans le domaine de l’art. La face sombre du patriotisme, le nationalisme, entraîne le rejet de l’autre, de sa culture, de sa langue, de sa musique. Bref, on exclut sans nuances, on diabolise avec zèle.

 

b. Ginguené[31] (1748-1816), fut mozaromane dès les débuts. Sa fidélité à la Révolution faillit lui coûter la vie. Il joua un rôle important dans la période  qui va de Thermidor à la prise de pouvoir de Bonaparte, en tant que membre puis directeur  de la Commission exécutive de l’Instruction Publique. Cependant le premier consul ne l’appréciait guère. Dans la Décade Philosophique dont il était le fondateur, Ginguené avait écrit des articles hostiles  à Delille et à Chateaubriand. En attaquant le Génie du Christianisme, il contrecarrait la politique du Concordat. La Décade Philosophique fut en général favorable à Mozart, et à sa présence en France. Ginguené participait aussi à la rédaction de la grande Encyclopédie méthodique (Musique). Le tome I paraît en 1791 et le second en 1818. Mozart, quasi absent dans  le tome I pour des raisons patentes, s’impose ensuite. Néanmoins, l’ouverture à l’étranger, l’universalité des Lumières qui y règnent préparent le terrain pour la venue de la musique de Mozart. C’est que de longues années ont conduit au changement des esprits. Ainsi, dans l’article «Allemagne», l’auteur proteste avec véhémence contre l’étroitesse du goût français :

 

Est-ce à un Français qu’il convient de parler avec mépris d’un pays qui a produit des Händel, [...] les Bach, les Haydn. On doit voir avec surprise ces déclarations frivoles et inconsidérées contre la musique allemande, le goût allemand, auxquelles a pu seul donner lieu le désir d’attaquer un homme de génie qui est venu déranger de petites théories musicales trop peu réfléchies et trop prématurées.»

 

Ailleurs, dans le tome II, l’auteur, lyrique, déborde d’enthousiasme. Dans l’article «opéra» il déclare que des cinq écoles, «la plus belle sous le rapport de la force musicale, est celle de Mozart.»

 

Ces antagonismes perdureront pendant des décennies. Un conflit furieux, irritant, mettra aux prises les deux groupes, et chacun défendra ses idées bec et ongles. La réaction nationaliste à fleur de peau se heurtera avec agressivité  aux pacifiques,  partisans de réflexion et de réserve pour le domaine de la musique. L’époque de l’isolement magnifique est révolue. L’excellence française ne doit pas consister dans le mépris de la musique, de la langue et de la culture ultramontaine ou allemande. Le goût français n’est pas un obstacle à l’universalité prônée par les Lumières. Le moment est propice, à la fois pour sortir de l’enlisement dû à la pénible Querelle des Bouffons, de l’épisode Gluck-Piccini, et pour bien gérer une mutation du goût musical. Pas de codification insupportable ! Elle n’est qu’une duperie, et mène à la destruction sans remède. Il est l’heure de dépasser le contexte militaire, il est vrai, très présent. C’est aussi l’occasion d’une ouverture à l’étranger, du refus de rester prisonnier de  canons trop étroits, qui empêcheraient de comprendre Mozart. La culture sera «européenne» ou elle ne sera pas.

 

Cette avidité de changement, ainsi que de tous les obstacles à franchir, sont relayés par les journaux et les périodiques. Non seulement ils publient les escarmouches, l’opinion des uns et des autres, mais participent de la sorte à la formation du goût «cosmopolite», et au changement de la société. En somme, les empoignades autour de l’œuvre de Mozart illustrent un nouvel épisode des mutations musicales, sociales et politiques du pays. Toutes ces transformations, étalées dans la durée, sont indissociables.

 

I. L’œuvre de Mozart mise au goût du jour

 

1. Le bien-fondé des traductions

 

L’adaptation est, dans une certaine mesure, l’art de la transgression. Les différents livrets, ne fût-ce qu’à cause de leur langue d’origine, ne pouvaient être présentés tels quels aux « citoyens » français. L’Académie Nationale de Musique, à Paris, n’était pas autorisée à afficher des œuvres dont les livrets  portaient la signature d’auteurs étrangers. Il en allait de même pour les traductions de livrets étrangers. Afin de représenter la Flûte Enchantée, on chargea Morel d’écrire un nouveau livret. Voilà donc les origines du texte des Mystères d’Isis. En outre, à nouveau livret convenait une nouvelle partition. La tâche fut confiée à Lachnith. Celui-ci n’hésita pas à compléter « l’arrangement de la partition » par des thèmes tirés de la musique d’Haydn, entre autre.

 

Le contexte esthétique et politique prend le pas sur l’œuvre originale. On ne saurait oublier  la vision officielle de l’art, les normes très strictes de l’harmonie classique, encore appelée le goût français. Tout cela exige une acclimatation. Le respect des convenances et le goût du public contraignaient les librettistes à transformer, donc à manipuler les textes. Aussi, des librettistes connus de l’époque se piquèrent au jeu et de nombreuses parodies virent le jour. On assassine ou on assaisonne Mozart ?

 

2 Tradition en affinité avec les us du temps

 

La paraphrase, car c’est de cela qu’il est question, existe depuis toujours. Par exemple, le livret de la tragédie lyrique de Rameau, Hippolyte et Aricie est une adaptation de la Phèdre de Racine. Le Cid n’est pas de Corneille, mais de Lope de Vega.Tirso de Molina a inventé Don Juan, non  Molière. Le mythe de Don Juan, immémorial pour ainsi dire, puisque le premier séducteur surgit dès le Jardin d’Eden. Tirso de Molina, prêtre et écrivain espagnol met en scène plusieurs pièces, dont El Burlador de Sevilla, le Trompeur de Séville, en 1630. Molière, à son tour composa Dom Juan ou le festin de pierre, en 1665. Un peu partout, de nombreux auteurs s’en inspirèrent. L’œuvre de Goldoni (1707-1777), Giovanni Tenorio ossia il dissoluto, fut représentée à Venise en 1734. Une véritable épidémie de Don Giovanni s’en suivit et envahit jusqu’au domaine de l’opéra buffa. Avec la collaboration de Da Ponte, Mozart créa son chef-d’œuvre en 1787.

3. Les archétypes universels à la rescousse des librettistes 

Est-il raisonnable, correct, de supposer que les chefs-d’œuvre de nos opéras sont issus d’une source archétypale ? Les mythes émergent du fond des âges, plus anciens que l’histoire, et sont le partage de tous. Dans ce cas, il n’est guère utile de rechercher avec fièvre qui a copié qui. Un thème, un sujet, un héros vivent de nombreuses vies avant de devenir chef-d’œuvre, et de s’inscrire dans les mémoires. Le processus de transposition est de tous les temps et se met en marche dès qu’un modèle existe. C’est le cas, entre autres, de la Flûte Enchantée, dont l’histoire est un modèle du genre. Travestie tant et plus, elle subit nombre d’avanies durant de longues années avant de triompher dans sa version originale. Si bien qu’il est légitime de qualifier cette longue série d’obstacles de « Passion ».

 

II Les adaptations témoignent des chicanes variées

 

1. Les librettistes peinent et malmènent notre belle langue

 

L’histoire fourmille d’exemples de ces diverses transformations d’un thème originel, et la presse en cite quelques-uns. Les Petites Affiches en font foi, en expliquant que la Flûte Enchantée, « farce fort comique »  a fourni la principale idée des Mystères d’Isis. [La première]

 

A éprouvé diverses traductions  qui l’ont dénaturée, et ici on en a fait un grave opéra où un seul rôle, celui du bouffon Bocchoris, rappelle son origine ; aussi ce rôle est-il trivial, commun et déplacé. [...] le style prouve aussi la peine que l’imitateur a eue de parodier certains morceaux de son opéra ; mais tel qu’il est, il faut encore savoir gré au citoyen Morel de l’adresse avec laquelle il l’a coupé pour amener du spectacle, des effets de décoration[32]

 

Le critique admet que l’œuvre originale a été «dénaturée», métamorphosée. Seul Bocchoris, le bouffon lui semble un écho de l’opéra initial. Le «style» laisse à désirer, «l’imitateur» n’a pas fait honneur à la langue française. Cela sous-entend que la langue d’origine ne se situe pas sur un pied d’égalité avec le français. Néanmoins, les « effets de décorations » réhabilitent le travail du «citoyen Morel.»

Un commentateur du Journal de l’Empire ne fait guère montre d’indulgence, lui non plus, puisqu’il laisse libre cours à son humeur atrabilaire, dans l’édition du 15 janvier 1806. Il dénonce «le placage et l’amalgame» pour la musique, avant d’ajouter, concernant Les Mystères d’Isis :

 

 Le poème est un bien plus grand mystère ; personne, dans un pays où l’on a tant d’esprit, n’a pu encore se flatter d’y comprendre quelque chose : une seule scène, celle de la flûte enchantée, a soutenu l’ouvrage [...] Le poème de Don Juan, tout médiocre qu’il est, a du moins de la suite : ceux qui connaissent « Le Festin de Pierre » savent à peu près de quoi il s’agit.[33] 

 

Un autre rédacteur exprime son désaveu de manière à la fois baroque et sarcastique. Il feint d’être le benêt de service. Qui donc saurait l’introduire dans les arcanes de cette pièce ? Ceci  est un appel au secours, indigné et désolé.

 

A ce poëme hétéroclite,

Crioit fort haut naguère un de nos étourdis,

J’ai vainement cherché quelque mérite,

En vérité je vous le dis,

Quelques efforts que ma tête ait pu faire,

Non, jamais je n’en découvris.

Chut, répondit quelqu’un ; de la déesse Isis

Apprenez que c’est là le plus secret mystère.[34]

 

L’esprit cocardier ne manque pas de se manifester. Ce poème, personne «n’a pu se flatter» de le comprendre, alors que les Français «ont tant d’esprit». On peut se demander si le poème est à la mesure de l’intelligence de nos compatriotes ou s’il eût mieux valu l’ignorer ou encore si l’adaptateur a mal saisi le propos de l’auteur. Voilà un autre mystère ! La prétention du commentateur prête main-forte à cette idée. Toutes les œuvres, pas seulement la Flûte Enchantée, passent peu ou prou sous les fourches caudines des arrangeurs. En témoignent les extraits suivants. Pour le livret de  Don Giovanni, un grincheux, nationaliste de surcroît, écrit :

 

Quant au poème, les auteurs, au lieu de prendre pour guide Molière et Thomas Corneille, qui ont fait un Don Juan, ont suivi le plan du Festin de Pierre de la Foire, c'est-à-dire le plus extravagant et le plus ridicule. Ils paraissent n’avoir pas la moindre idée  des règles du théâtre.[35]  

 

Comment peut-on avoir le toupet de composer un livret «extravagant» autant que «ridicule» ? Notre belle langue française propose pourtant d’excellents modèles. Pour comble, ces rustres ignorent «les règles du théâtre». La supériorité de la langue et du savoir-faire français éclate.

 

Le Journal de Paris, dans son édition du 9 fructidor an IX, se montre tout aussi réticent, ronchon, quasi acerbe. En effet, le librettiste subit une véritable volée de bois vert. Il s’est désintéressé de sa tâche, a failli à son «talent», a fait preuve de «négligences», et a déçu par son manque «de poésie et de correction.» Le critique se souvient de l’exigence de maintenir haut la bannière de la langue française, à la suite des remarques venimeuses de Rousseau. C’est un grand déplaisir de voir notre belle langue exposée à un tel manque d’égards. C’est d’autant moins tolérable que l’auteur disposa de deux ans pour peaufiner son ouvrage.[36] Décevant également puisque ce même librettiste avait fourni des «preuves nombreuses de son goût.»

 

Le Théâtre de la République et des Arts est, dit-on, le premier spectacle de la Nation ; n’est-il pas naturel de souhaiter qu’on y parle quelquefois  français. Le citoyen Morel, dont on vante assez généralement la modestie et même le talent, aura d’autant plus de peine à justifier les négligences que nous avons relevées dans le poème des MYSTERES d’ISIS, qu’il avait eu tout le temps de soigner cet ouvrage, et qu’après les preuves nombreuses qu’il avait données de son goût, on avait droit d’en attendre plus de poésie et de correction.[37]

 

Un commentateur avisé du Moniteur observe avec précision les changements nombreux subis par le livret. Les auteurs ont voulu «traduire» sans pour autant «trahir» en restant fidèles au texte du compositeur. Ce leur fut «pénible» d’expliquer leur manière de travailler, «leur imitation servile.» Ils se sont oubliés pour laisser la gloire aux auteurs. Ils se sont «sacrifiés» puisque leurs efforts laborieux «distraient de la musique.» Non seulement leurs expressions «peu harmonieuses, les constructions lourdes» prêtent flanc à la critique, mais encore les fautes en «prosodie» et en «ponctuation musicale.» Bref, ils ont oublié, en quelque sorte profané, la langue française. L’importance de la musique se fait jour. Il ne fallait pas «distraire», détourner l’oreille de la musique. Voilà que, soudain, l’importance de la musique apparaît!  Un tournant se dessine dans le débat sur la place respective de la musique et du texte dans une pièce de théâtre.

 

Les auteurs parodistes de Don Juan se sont rendu compte  de la difficulté de leur tâche, ils ont adopté une disposition des scènes telle qu’en évitant le plus possible les vices du poème italien, ils ont aussi conservé le plus fidèlement qu’ils ont pu le texte du compositeur [...] «  Ils se sont, disent-ils, traînés en esclaves sur les notes du compositeur ; ils n’ont vu que son chef-d’œuvre ; ils se sont condamnés à l’imitation la plus servile ; ils ont été forcés de rétrograder jusqu’à l’enfance de l’art poétique en France, d’entasser rimes féminines sur rimes féminines ; de se servir de vers de neuf ou onze syllabes ; de déplacer l’hémistiche ou de ne pas le conserver... » Voilà des aveux bien pénibles à faire et non moins pénibles à entendre : expliquer ainsi le mécanisme qu’on a adopté pour sa versification, c’est s’accuser ou de peu de goût pour la poésie, ou de peu d’habitude à en surmonter les difficultés ; ce qui étonne, c’est  qu’avec de telles licences, et s’étant ainsi sacrifiés à l’auteur de la musique, ceux des paroles aient commis des fautes si sensibles  en prosodie et en ponctuation musicale, aient employé des expressions si peu harmonieuses, des constructions si lourdes, et n’aient pas vu que, [...] le plus souvent, dans leur traduction, les mots prosaïques, les syllabes pesantes et les terminaisons dures et sourdes viennent distraire l’oreille attentive de la musique.[38]

 

2. Les livrets disloqués à plaisir

 

Hector Berlioz (1803-1869) détaille de manière ironique les changements subis par le livret original de l’Enlèvement. Il les énumère avec minutie: le nombre d’actes est changé, quelques morceaux ont  été intervertis, les airs de deux cantatrices modifiés, et la marche turque se retrouve entre les deux actes restants. Il conclut, railleur : Voilà une «scrupuleuse fidélité.»

 

L’Enlèvement, au dire de presque tous nos confrères de la Critique musicale a été  exécuté au Théâtre-Lyrique avec la plus scrupuleuse fidélité. On a seulement mis en deux actes la pièce qui était en trois, interverti l’ordre de succession de quelques morceaux, retiré un grand air du rôle de Mme Meillet pour le faire passer dans celui de Mme Ugalde et placé entre les deux actes la fameuse marche turque si connue des pianistes qui jouent Mozart. Allons ! A la bonne heure ! Voilà ce qu’on doit appeler uns scrupuleuse fidélité ![39] 

 

 

3. Neukomm blâme le texte autant que l’aménagement du livret

 

En 1816, un certain Sigismond, chevalier de Neukomm, avait assisté à une représentation. Il a rédigé une critique indignée des Mystères d’Isis, cette prétendue reproduction de la Flûte enchantée. Les Mystères d’Isis, «Mozarts seynsollende Zauberflöte», remarque-t-il, rageur.

Aucune chance que le livret trouve grâce à ses yeux. Le texte, assure-t-il, bien que moins absurde que l’original, a subi une transformation complète. Il affirme que l’action peine à se maintenir jusqu’au bout. Bref, un avilissement incroyable, c’est le désastre sans nul remède. Laissons sa plume dénombrer les outrages endurés par l’original. Le texte ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. Il affirme que l’action peine à se maintenir jusqu’au bout. Bref, c’est le désastre sans nul remède.

 

Das Gedicht selbst ist französisch ganz geändert, dennoch es hat eine ganz andere Tendenz und Form, ist zwar weniger unsinnig, als jenes Schikanedersche sauer-süsse Gemeuschel von Ernst und Possenreisserei. Die Handlung hat Mühe sich auf ihren lahmen Beinen bis ans Ende fortzubewegen. Heiliger Mozart! Vergib dem Pinsler, der deiner ewig-unnachahmlichen Raphaëls-Figur breit-derbe Schnurrbärte und Warzen angepinselt hat.[40]

 

Le chevalier Neukomm, familier de la scène française depuis 1809 aurait dû faire preuve de plus d’égards à l’endroit de Lachnith. Ce dernier, domicilié dans la capitale depuis 1781, employé à l’Opéra depuis 1801, avait tenté  de familiariser les Français avec cette œuvre. Avec le soutien de son librettiste, Chédeville, il accommoda la Flûte Enchantée à la scène française. En effet, d’une part, l’univers du théâtre populaire viennois était étranger aux Français. D’autre part, le comique tout ensemble trivial/grotesque/grossier  ne faisait pas partie du répertoire de l’Opéra. C’était plutôt le domaine confié à l’Opéra-Comique. Selon l’usage français, Pamina fut dotée d’une Suivante, une Confidente. Et, bien entendu, des ballets furent insérés, toujours pour se conformer aux us et coutumes de l’époque.

Il existe d’autres circonstances atténuantes. Il fallait prendre en compte les revendications des chanteurs. Les mœurs du temps acceptaient les opéras en collaboration et l’introduction d’airs  de ballets dans les partitions. Par exemple, on présenta sur la scène de l’Opéra des pastiches tels  l’oratorio Saül et La prise de Jéricho produits par Lachnith et Kalkbrenner en 1803 et 1805. C’était là une mosaïque d’éléments tirés de la musique de Mozart, de Haydn, de Cimarosa, de Paësiello. Morel, dit de Chédeville, librettiste de la Flûte Enchantée, écrivit aussi les paroles pour Saül et La prise de Jéricho.

 

4. La musique des Mystères d’Isis encourt elle aussi les foudres du chevalier

 

Il est difficile de faire preuve d’une impertinence plus grande, écrit-il, que celle dont a fait preuve M. Lachnith dans ses «arrangements» du dernier chef-d’œuvre de Mozart. Ce vandale a mutilé la musique à tout va.

 

Man kann sich wohl kaum vorstellen, dass man die Unverschämtheit weiter treiben könnte  als es H. Lachnith bei dem sogenannten arrangement dieses letzten Mozartschen Meisterwerkes gethan hat. Da ist aber auch in der ganzen Oper, (die Ouvertüre und die Bass-Arie des Sarastro ausgenommen) nicht ein einziges Stück, (sogar das an sich unbedeutende Vogelfänger-Liedchen) was dieser Vandale unverstümmelt gelassen hätte. - da sind allenthalben Täkte weggescgnitten und zugesetzt, geändert; Stellen die für Stimmen berechnet sind, wurden nun ganz mager abgequickt, andere Solostellen vom ganzen Chor hochgeplärrt.[41]

 

5. Les différences tant linguistiques que musicales élucidées

 

Dans sa lettre, une dame allemande exprime ses réticences de manière plus modérée. Néanmoins son propos est fort clair. Elle trouve l’ouvrage «dénaturé», transformé, méconnaissable pour tout dire. Mozart n’avait pas composé un «grand opéra». Les termes choisis sont étrangers au livret allemand, donc à cette civilisation. Voici son opinion :

 

Comment n’a-t-on pas vu que c’était dénaturer cet ouvrage que de le transformer en grand opéra ? Il a fallu d’abord, pour le rendre digne de votre académie de la musique, couvrir tout le poëme d’un récitatif étranger ; [...] Le Boccoris de la pièce allemande est un jeune oiseleur, gai, naïf, un peu bouffon, qui porte, sans le savoir, une flûte enchantée ; il paraît vêtu  d’un habit fait de plumes d’oiseaux ; [...] Une ritournelle pleine de gaîté l’annonce. [...] Le poète met des couplets de sentiment dans la bouche de son Boccoris. Il y est question de la « Mère de la Nature, des Grâces fidèles, de l’Amour qui vole autour d’elles... » Tout cela peut être fort joli en France, mais l’air de Mozart ne va plus aussi bien. [...] Le français débite de la morale bien éloignée de l’âme du jeune oiseleur : «La vie est un voyage, tâchons de l’embellir, etc. »[42]

 

En mettant en lumière la différence des langues, elle cible la disparité des cultures. La pensée originelle de Mozart a été frelatée par des expressions malvenues. La leçon de morale alambiquée dénature, elle aussi, le conte. La dame insiste, réitère, «Ce n’est pas là ce que Mozart a voulu dire. On voit que constamment une situation intéressante, et dont les développements sont pleins de naturel, est remplacée par une de ces combinaisons rebattues et si froides qui font vivre le théâtre français.»[43] Pour en terminer, elle lance la flèche du Parthe : «J’ai vu les Mystères d’Isis : décorations, ballets, costumes, tout est fort beau ; mais ai-je vu la pièce de Mozart ? Ai-je reçu l’impression de sa musique ? Nullement. [...] L’unité musicale est troublée, l’intention générale est effacée, l’enchantement disparaît.»[44] Voilà, tout est dit. Elle a vu une pièce digne de compliments. Mais étrangère à la Flûte enchantée, une pièce différente.

 

6. D’autres personnes se montrent hostiles

 

D’autres acteurs du monde musical émettent un avis défavorable aux manipulations imposées à cet opéra. Dans la préface de sa traduction des Nozze di Figaro, Castil-Blaze dénigre les Mystères d’Isis, «amas indigeste des lambeaux de Mozart.»[45] Dans son «Académie impériale de la musique» il raconte : «Le dérangeur Lachnith, le démolisseur ignare des opéras de Mozart, prit un soir place au balcon pour assister à la représentation des Mystères d’Isis. Attendri jusqu’aux larmes  et dans un transport d’enthousiasme pour son œuvre, il s’écria : « C’en est fait... Je ne veux plus composer d’opéra. Je ne ferais rien de mieux !»[46] Et Castil-Blaze de conclure : «Où l’amour-propre va-t-il se nicher ?»

 

Berlioz n’est pas en reste, ni ne s’embarrasse de détails. Dans ses Mémoires, il fulmine avec la dernière énergie contre Lachnith, «assassin de Mozart». Pour faire bonne mesure, il inclut Castil-Blaze dans ses imprécations en tant qu’ «assassin de Mozart, Gluck, Grétry» [...] dont il avait remanié les opéras.[47] Pas de quartier pour un tel forfait. Pauvre Castil-Blaze tant vilipendé ! Un hommage un peu ambigu le traite d’opportuniste, toujours à l’affût des occasions avantageuses pour exercer ses aptitudes d’ «arrangeur». N’est-ce pas un peu d’envie qui perce ? En effet, le critique écrit : «Il faut rendre à Castil-Blaze cette justice qu’il a toujours choisi  avec tact les ouvrages sur lesquels il voulait exercer son talent «d’arrangeur» [...] qu’il a merveilleusement tiré parti des circonstances capables d’influer sur leur succès.»[48] Castil-Blaze s’est pourtant engagé en faveur de la musique de Mozart d’une manière peu commune pour son temps. Grâce à lui, un public plus nombreux accède à la musique de ce compositeur encore peu connu, peut-être méconnu pour cette raison.[49]

 

7. Dédain et rejet de la langue allemande

 

L’année 1801 verra une troupe italienne s’installer à demeure à Paris. Bonaparte accorde la réouverture du Théâtre-Italien qui renaît ainsi. Ce nouvel établissement participera à la révélation des chefs-d’œuvre de Mozart. Cette même année une troupe allemande tente, sans succès, d’introduire le Singspiel dans notre pays. Voilà qui ouvre une voie nouvelle aux récriminations. Les rédacteurs des divers périodiques renâclent. Ils rechignent et signalent que : «Les Allemands seuls pouvaient juger les paroles et ce n’est pas par là en général que brillent les compositeurs allemands.»[50] Soit ! Il est vrai qu’on ne saurait se risquer à juger une langue à laquelle on n’entend rien. Dans ce cas, comment se hasarder à évaluer la musique du compositeur ? Un tantinet contradictoire et outrecuidant, et qui sent son préjugé à plein nez. Ou encore on tente de cantonner la langue, et par voie de conséquence la musique, dans le domaine du funèbre/macabre ou on s’efforce de la renvoyer dans les séquences larmoyantes, vouées aux complaintes désolées, car : «La langue allemande, malgré le talent et les heureux efforts de ses poètes et de ses musiciens, paraîtrait condamnée par sa nature, à exprimer les cris, les affres du désespoir.»[51] Notre rédacteur accorde, comme à regret, des capacités méritoires aux poètes et aux musiciens. Cependant,  il ne manque pas de leur asséner en fin de compte un coup fatal. In cauda venenum : que voilà une langue rocailleuse. Elle manque d’attraits et ne saurait exprimer que l’amertume et les lamentations. Elle est constituée ainsi, c’est son caractère, sa «nature», son essence. C’est son destin !

 

Et le Magasin encyclopédique de conclure : « On préfèrera toujours un théâtre où l’on comprendra les paroles.»[52] Tout à fait exact, bien vu. Même si la musique occupe une place de choix, l’ignorance du texte constitue une lacune fâcheuse. Certaines mésaventures financières s’y ajoutant, le théâtre Mozart doit fermer ses portes tout de bon. En somme, les théâtres ont un devoir de rentabilité. Un théâtre déficitaire était un théâtre condamné !

 

III. De rares conciliateurs appellent à la modération et à la réflexion

 

1. Lesueur, l’un des inspecteurs du Conservatoire de la Musique, partisan de Mozart pourtant, s’essaie néanmoins à jouer au sage médiateur. Sa stratégie bien réfléchie consiste à persuader Woldemor que «La musique de Mozart surpasse les préventions nationalistes. Elle n’est point de convention, mais universelle. Sa musique parlera toujours au cœur humain.»[53] Quelques jours auparavant déjà, il avait voulu convaincre le musicien de son erreur, sans mettre en cause sa bonne foi. Bien en vain, puisqu’il s’agit de l’opposition entre un tenant des Modernes, Lesueur, et un partisan des Anciens qui était en outre un patriote fervent. Lesueur prêche dans le désert. Ni l’appel aux sentiments ni l’appel à la raison n’ont prise sur notre violoniste obstiné. Lesueur insiste, notant au passage que les amateurs de bonne musique se doivent d’être bienveillants, et non jauger la musique à l’aune de sentiments mesquins que sont la «jalousie, l’envie.» Les «petites préférences de coteries» font sans doute allusion à la Querelle des Bouffons. Foin donc, des jugements étriqués et des idées préconçues puisqu’« il y a à Paris beaucoup d’amateurs de la bonne musique, sans goût exclusif, sans préférence injurieusement marquée. [...] Bannissons donc la jalousie, l’envie, les petites préférences de coteries, quand il s’agit de goûter et juger les arts.»[54]

 

Les Petites Affiches nous font part de l’opinion  d’un certain Grimod De La Reynière, élogieuse à l’égard du librettiste. L’auteur assure qu’il fallait mieux prendre en compte les «difficultés» que devait surmonter le librettiste.

 

Il me semble d’abord que ce Poème a été jugé  beaucoup trop sévèrement par la plus grande partie des journalistes qui en ont parlé. On n’a pas assez tenu compte à l’Auteur des difficultés qu’il avait à vaincre ; on n’a pas apprécié, dans toute son étendue, le mérite d’un travail aussi fastidieux qu’ingrat [...] La gloire de relever un spectacle si intéressant pour la capitale, doit être, pour l’Auteur de cet ouvrage, un grand motif de se consoler des injures et des critiques qu’il a essuyées.[55]  

 

2. Manipulations raisonnées ou plaisir de jongler avec le texte et/ou la musique ?

 

Fétis développe les multiples raisons de ces pratiques, sans toutefois les approuver, bien au contraire. Pour le texte, les difficultés en tous genres abondent, liées au goût musical

 

C’est question  délicate et difficile à résoudre [...] lorsque le goût d’un peuple est vicié, est-il avantageux de tirer de l’oubli certains chefs- d’œuvre qu’une ancienne réputation défend des folles préventions de l’époque, et n’est-ce pas les exposer inutilement aux outrages d’une multitude incapable de les comprendre ? De bonnes raisons [...] pour ou contre ; car si le meilleur moyen de bannir le mauvais goût est de présenter souvent aux regards de bons modèles, il est certain que, pour apercevoir les qualités de ceux-ci, il faut que nous soyons placés dans des circonstances favorables, il faut que, dépouillés de préjugés et renonçant à des habitudes que nous sommes toujours portés à croire  les meilleures possibles, nous consentions à voir ou à entendre ces chefs-d’œuvre dans l’esprit où ils ont été faits : or c’est ce qui n’arrive jamais [...]. Façonnés que nous sommes au style de l’époque, nous croyons que tout ce qui s’en éloigne est ou médiocre ou mauvais.[56]

 

Le compositeur met en cause le «goût vicié», responsable du manque de jugement des spectateurs. Il n’a pas une haute opinion de la culture musicale de ses contemporains, «multitude incapable de comprendre.» Cependant, il admet que l’absence de circonstances propices, «favorables», la présence de «préjugés», c'est-à-dire d’idées toutes faites, difficiles à bousculer, corsent la tâche. Les «styles» varient selon les époques. La connaissance, et la réception de certaines œuvres en pâtissent. Notre musicien admet une note de suffisance : «Des habitudes que nous sommes portés à croire les meilleures possibles.» Il est vrai aussi que chaque spectateur, chaque représentation imposent des variations subtiles à l’œuvre Voilà quelques causes des différentes métamorphoses imposées à la Flûte Enchantée.

 

 

 

3. D’autres journalistes partagent l’avis de Fétis

 

D’autres journalistes partagent cette opinion : «La majorité demande le plaisir tout fait [...], qu’on l’intéresse et qu’on l’égaie, et non pas qu’on l’instruise.»[57] Citons pour la bonne bouche la réponse étonnante, voire remarquable de Pamphile à Woldemor. L’auteur anonyme met en avant le «primat» de l’école française. Cependant, elle doit sa gloire à une synthèse réussie des avantages étrangers unis aux siens propres. Elle a une sorte de dette à leur égard. L’auteur, diplomate, joint au compliment du début  une supplique finale. Le patriotisme allié à l’équité afin que l’honneur soit sauf. Voilà qui est habile : «Ce que j’admire dans votre lettre, c’est l’aveu bien précieux que l’école française de musique est supérieure à toutes, parce qu’elle réunit la mélodie italienne, la symphonie allemande et les chœurs françois, ce que nous avaient démontré il y a trente ans Philidor et Grétry. Au nom du dieu de l’harmonie qui conduit votre archet, ne profanez plus ce qu’il inspire à nos plus grands poëtes.»[58]

 

4. Les moutons de Panurge

 

Comme de juste, les esprits éclairés, avides de nouveauté en tout cas, entraînent une foule de snobs à leur suite, souvent malgré eux. Le phénomène des girouettes virant au gré du vent est bien connu, et répandu dans tous les domaines. Au moment de la création de Don Juan, selon l’Allgemeine musikalische Zeitung, les vrais connaisseurs de Mozart sont encore rares à Paris. Et le périodique de conclure : «La plupart de ceux qui n’ont que son nom à la bouche ne connaissent pas une note de son œuvre.» jugement dévastateur. Le journaliste dépiste ce fait lorsqu’il signale que : « Cette belle fureur musicale est aussi un effet de la mode : les hommes du monde les plus mal organisés veulent avoir l’air de se connaître en musique ; à la vérité, ils battent la mesure à contretemps tandis qu’on chante, mais ils ne manquent jamais de trépigner d’admiration quand ils entendent crier bravo.»[59] Quoi de surprenant à ce que les opposants, confrontés en même temps aux mozaromanes et aux ignares, soient excédés et le fassent savoir.

 

Le Moniteur[60] rappellera plus tard la fureur qui animait les antagonistes. Il semble désolé de voir la même hargne se réinstaller. Le journaliste, c’est certain, ne compte pas parmi les amis de Mozart. Il trouve à tout le moins les excès partisans choquants. Le feu couvait sous la braise, le voilà qui se ranime avec outrance. C’est inconvenant. Il écrit : «Il fallut des combats, et presque du sang pour naturaliser parmi nous la musique ultramontaine. [...] Aujourd’hui la minorité combat pour faire triompher une Ecole nouvelle. Ils font de Mozart une véritable idole, hors de son culte, point de salut. Il faut fléchir le genou.»

 

 

IV. Du rififi dans le monde musical

 

1. Controverses entre journalistes

 

Les manipulations, ne s’arrêtent pas là. Elles s’attaquent allègrement au domaine de la musique. Mozart aurait sans doute frissonné devant les manigances de son compatriote Lachnith, qui, toujours aux dires des Petites Affiches: «A été obligé de prendre des morceaux dans les différents opéras du même maître, de mettre en trio d’autres morceaux qui n’étaient pas destinés à cette coupe, de joindre ces morceaux par des cavatines, et surtout par un récitatif qui n’y était pas, et qui, l’on s’en aperçoit assez, n’est pas de Mozart !»[61]  

 

Pour quelles raisons au juste fallait-il opérer ces petites combines, tant pour le texte que pour la musique ? De plus, cela semble assez maladroit, puisque les différentes manœuvres sont perceptibles, ou du moins décelables, par les critiques et/ou les connaisseurs. L’œuvre s’en trouvait-elle vraiment améliorée, du moins pour les spectateurs/auditeurs parisiens ? Les journalistes se livrent à des empoignades véhémentes. A leur gré, et suivant leurs convictions, ils acclament ou détestent les écarts forcés que subit la musique. Les Tablettes de Polymnie mentionnent l’appréciation dépitée d’un auditeur chagrin.«L’air de Mozart n’a produit aucun effet. D’abord il n’est pas heureux ; ensuite c’est une espèce de Jérémiade musicale qui ne pourrait réussir qu’avec des capucins, si la graine n’en était pas perdue.»[62] Entendu au Conservatoire impérial de Musique, au cours des 6e et 7e exercices, car c’est ainsi que les concerts s’appelaient.

 

Le Courrier des spectacles du 11 fructidor an IX manifeste un avis à l’exact opposé du précédent. Lachnith a fait preuve d’un flair remarquable. C’est en somme l’adaptateur rêvé, puisqu’il a su «unir les morceaux propres aux situations.» Son talent indéniable lui fait découvrir chez Haydn un morceau «composé exprès» pour Boccoris effrayé. Le journaliste écrit :

 

 On ne saurait rendre trop de justice au citoyen Lachnith pour les soins qu’il a donnés à l’arrangement de la partition ; s’il n’en a pas toujours consulté le caractère dans le style de son récitatif il a du moins réuni tous morceaux propres aux situations, même quand il s’est vu forcé de prendre ailleurs que dans Mozart. La belle introduction du quatrième acte, par exemple, au moment où Bocchoris une lampe à la main et tremblant de frayeur descend dans le souterrain, est le commencement  d’une symphonie d’Haydn, mais si bien adaptée à la scène qu’elle semblerait avoir été composée exprès. 

 

Le même rédacteur souligne, dans le Courrier du 12 fructidor, le succès croissant de la pièce et en profite pour faire le panégyrique de la scène française. «La troisième représentation des Mystères d’Isis avait attiré une affluence considérable. [On y trouvait] une magnificence et un luxe qu’on chercherait en vain sur aucun autre théâtre du monde.»[63]

 

Le journaliste du Magasin encyclopédique contredit le confrère précédent avec la dernière vigueur, sans ménagement aucun. Il précise les motifs de sa méchante humeur. Le changement de la musique trafiquée au-delà de l’acceptable est abominable. L’idée de la valeur, de la place importante de la musique affleure. Le chroniqueur craint un «préjudice réel» porté à la musique. Haro sur M. Kalkbrenner !

 

 La musique de Mozart a été totalement changée ; ce n’est plus le même mouvement, le même caractère ; le rôle du bouffon Leporello est chanté comme celui d’un grand-prêtre ; enfin ce n’est pas plus le Don Juan de Mozart que celui de Molière ; et on peut dire que si Mozart revenait au monde, il pourrait presque entendre son opéra, et ne pas s’en douter. [...] Des amateurs, qui savent par cœur la partition de Don Juan, peuvent se croire autorisés à adresser de graves reproches à M. Kalkbrenner, pour des transpositions maladroites, des changements de ton du plus mauvais effet, etc. [...] A force d’avoir voulu embellir le sujet, on l’a chargé d’accessoires qui détournent l’attention et portent un préjudice réel à la musique. [...][64]

 

C’est clair, nous retrouvons la scission entre les admirateurs débordant d’éloges et les opposants irréductibles. Les uns se meurent d’enthousiasme pour Mozart, les autres sont persuadés que les changements constituent la meilleure part de l’opéra, voire un opéra plus intéressant que l’original. En somme, nous pouvons rappeler l’appréciation de la dame allemande au sujet des Mystères d’Isis. Le critique  s’enhardit à écrire : «Mozart [...] pourrait presque entendre son opéra et ne pas s’en douter.» Le comble de l’horreur ! Un réel défi ! Un bouffon mis au rang du grand-prêtre, des «transpositions» suspectes, des changements «de ton», l’attention captivée par le décor. Le nombre de griefs impressionne.

 

Accordons le mot de la fin à un certain m. S... Il écrit de manière drolatique : « Il paraît que le plan choisi par l’auteur ne permettait pas de se contenter de la musique de la Flute enchantée, de ne faire usage que d’elle, ou de l’employer toute entière. On a suppléé à Mozart par Mozart lui-même. [...] On entend des morceaux détachés de presque tous les autres ouvrages de ce compositeur.»[65]

 

2. Réquisitoire virulent contre la musique étrangère

 

C’est certain, la contestation musicale présente un aspect politique, «patriotique», nationaliste pour ainsi dire. Que les nations ne soient encore guère qu’une idée « utopique » ne change en rien le comportement des Français. Le compositeur, lors de son séjour à Paris, est bien conscient du préjugé défavorable auquel il se trouve confronté. Il n’est rien qu’un Allemand, On considère les étrangers d’un œil critique, dénué de bienveillance. Un écrivain propose l’explication suivante. Mozart se retrouve sur le banc des accusés, suspecté de composer une musique hors norme. Les initiés ne peuvent la classer selon les critères en vigueur. De fait, il dérange les schémas soigneusement codifiés. La Querelle des Bouffons (1752-1754) s’était dénouée sur l’ouverture de la musique française à des valeurs esthétiques nouvelles. Normal donc que les initiés, les sommités du domaine de la musique, intentent un procès à ce nouveau venu. De longues années s’écouleront avant que l’apaisement soit acquis. «Mozart est suspecté de faire une musique géniale qui ne soit ni italienne, ni française, ni même allemande. Il introduirait alors à Paris le grain de sable qui gripperait la machine huilée des querelles entre modernisme et conservatisme, en ne reniant ni l’apport italien ni l’influence gluckiste.»[66] La coloration xénophobe se fait jour avec beaucoup d’insistance, et évoque la défunte Querelle des Bouffons dans le texte suivant: « Enfin, mes chers camarades, nous triomphons, les bouffons sont renvoyés: nous allons briller de nouveau dans les symphonies de M. Lulli.»[67]

 

Conclusion

 

Il ne pouvait en aller autrement, car le débat  était politique, lié à la situation interne de notre pays. La langue et le caractère national se devaient d’être sujet de la discussion. La question n’en était pas moins culturelle. L’enjeu comprenait l’organisation théâtrale, la musique dans l’esthétique des Lumières, dans la perspective d’un éventuel et difficile changement. La critique musicale faisait son entrée grâce aux périodiques, pamphlets, et dans les pages spécialisées des journaux.

 

V. «La Flûte enchantée/Mystères d’Isis», exemple modèle de la réception de Mozart en France

 

La réception de Mozart dans la France de la première moitié du XIXe siècle soulève deux questions : celle de la statistique des représentations, et, plus épineuse, la critique des représentations sur les  scènes parisiennes. La flûte enchantée en est un exemple accompli. Point d’orgue des opéras mozartiens, elle fut l’objet de discussions et d’interprétations sans fin, contradictoires autant que véhémentes. A notre époque encore elle fait toujours couler beaucoup d’encre. Le nombre élevé des diverses adaptations et remaniements, autant du texte que de la musique, nous laisse pantois. Néanmoins, ses opéras restent très en retrait, sorte de parents pauvres. Les Parisiens avaient eut l’heur d’une version, parodiée bien sûr du Mariage de Figaro,[68] texte lui aussi -ou déjà- arrangé, des Nozze, première représentation intégrale d’un opéra de Mozart en France. (20 mars 1793) On avait ajouté à la traduction le texte de Beaumarchais, presque en son entier. Ce dernier devait remplacer les récitatifs. Ce fut un désastre ! Comble de malchance, deux mois plus tard, la Terreur se déchaîna. Ce n’était pas le moment favorable pour se préoccuper de Beaux-Arts. L’instinct de survie modela cette période noire, aux dépens de tout le reste. Le théâtre Feydeau, dans un pasticcio, avait présenté des extraits de Don Giovanni, le 24 octobre 1791. Rappelons que certains opéras de Mozart ont été représentés sur les scènes parisiennes : Le Mariage de Figaro, traduction et adaptation française des Nozze di Figaro, représentée pour la première fois à l’Opéra de Paris, le 20 mars 1793 ;[69]  Die Entführung aus dem Serail, présentée pour la première fois en traduction française le 26 septembre 1798, au théâtre de l’Opéra-Bouffon, puis en allemand le 16 novembre 1801, au théâtre Mozart ; Les Mystères d’Isis, adaptation française de Die Zauberflöte, créée à l’Opéra de Paris le 20 août 1801. Quelques représentations de L’Enlèvement au Sérail sont données au Théâtre de l’Opéra-Bouffon,[70] à compter du 26 septembre 1798 (5 vendémiaire an VII). C’est en novembre 1801 que le théâtre Mozart présentera l’œuvre dans la langue originale.[71] Selon Jean Mongrédien, il existait en 1795 une édition décrivant du matériel d’orchestre de l’ouverture de Don Giovanni.

 

1. Les Mystères d’Isis

 

C’est l’époque de la campagne d’Egypte (1798-1799), ce n’est donc ni innocent ni un hasard que le héros se trouve être un jeune prince égyptien. L’exotisme de cette contrée et la découverte toute  nouvelle de sa civilisation concourent à la popularité de l’opéra. Tous les Français étaient au fait de la victoire de Bonaparte sur les mamelouks près des pyramides et de la prise de la ville du Caire. Aguichée, la bonne compagnie de Paris bruissait de la nouveauté de ce style de vie, de l’architecture, de la mode, et de cette langue si bizarre. Aussi bien, certains tentaient de jeter le discrédit, écrivant : « L’Egypte que les anciens philosophes nous présentent comme l’école de la sagesse, a été la source des folies les plus déplorables et des plus absurdes superstitions.»[72]

 

2. Les Mystères  sur la scène parisienne

 

L’Académie Nationale de la Musique (Opéra) présente Les Mystères d’Isis, le 20 août 1801. C’est une version de la Zauberflöte, abrégée et adaptée par Etienne Morel de Chédeville pour le texte. Ludwig Wenzel Lachnith arrange la musique à sa façon. Voilà qui provoque l’ire  de quelques Allemands résidant à Paris. C’est qu’ils ont vu et entendu l’opéra dans sa version première. Néanmoins, malgré les mutilations dont elle ignore tout, et pour cause, la majorité des spectateurs est éblouie, conquise. L’écho de l’œuvre de Mozart les enchante. Ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres. Ce siècle affectionnait les séries parodiques.

 

3. Maints obstacles surgissent au cours des préparatifs

 

Dès le mois de janvier 1800, un contrat fut signé avec le scénariste Degotti. Les travaux techniques seraient terminés dès le 10 mai 1800 ; La Première était prévue pour le 20 Août 1801. Les textes cités dans «Annexes» fournissent tous les détails des préparatifs, les délais, les prix, sans oublier d’éventuelles pénalités précisées pour les uns et les autres, au cas où ils manqueraient à leurs obligations.[73]

Finalement, les atermoiements et les manœuvres dilatoires s’essoufflent, et les évènements prennent meilleure tournure, comme l’atteste la lettre suivante, adressée au Citoyen Ministre, datée du 10 messidor an IX [23 juin 1801].  Tout de même il aura fallu une année entière pour en arriver là. L’auteur prend bien soin d’énumérer les empêchements et de mettre en lumière sa propre célérité dans cette affaire.[74]

Donc la Première fut encore reportée pour des raisons diverses, déjà citées, tels les préparatifs pour les festivités du 14 juillet, difficultés à résoudre en ce qui concernait la mise en scène et les décors. Enfin, il fallait prendre en compte l’opposition de personnes influentes que ces  Mystères d’Isis irritaient. Ce n’est donc que justice de dire que la mise en chantier, la mise en scène, le choix des artistes, les délais successifs, sans oublier les oppositions larvées, ont été une source et une suite de complications et de contrariétés sans nombre, de toutes sortes, du moins si l’on se réfère aux annonces régulières des représentations dans la presse.[75]  

 

Le Courrier des Spectacles, rythme la longue attente dans ses parutions successives. Depuis le N° 1031, en date du 9 nivôse an VIII, jusqu’au N° 1074, en date du 24 pluviôse an VIII, (décembre 1799- 21 février 1800) sur sa page 1, réservée aux annonces des spectacles prévus, le refrain est invariable : « En attendant la première représentation des Mystères d’Isis. » Puis, lassé sans doute, le périodique fait silence. Dans son édition N° 1081 du 29 pluviôse an VIII, on signale les « débuts du citoyen Auguste Armand âgé de 13 ans, fils du citoyen Vestris, artiste du Théâtre des Arts et élève du citoyen Vestris père. » La litanie incantatoire reprend dans le N° 1489, le 7 germinal an IX : en attendant les Mystères d’Isis. Sans se décourager, le périodique s’obstine, des N° 1512 au N° 1584 : messidor an IX, le mois de juin/ juillet du calendrier grégorien. Les Mystères d’Isis se profilent à l’horizon. Enfin ! Serait-on tenté de s’écrier. Les futurs spectateurs ont été tenus en haleine bien longtemps. La revue avise ses lecteurs, les 27, 28 et 29 thermidor an IX, de la première représentation, qui se déroulera le 2 fructidor. (mois d’août)

 

Les Affiches, annonces signalent que l’opéra était attendu depuis deux ans.[76] Affirmation tout à fait plausible  si l’on se réfère à toutes les annonces du Courrier des Spectacles. Le compte-rendu du Journal des Débats pousse en quelque sorte un soupir de soulagement, et conclut, cum grano salis : « Ces Mystères, annoncés depuis si longtemps, sont enfin dévoilés et accomplis ! »

 

4. Les représentations

 

La foule des curieux s’empressa dès la première séance, le 2 fructidor an IX, au Théâtre de la République et des Arts. Une foule extraordinaire patientait, si l’on songe qu’il a fallu attendre bien longtemps pour voir enfin ce spectacle, toujours annoncé, sans cesse  repoussé. Le Journal des Débats écrit : «Les Mystères d’Isis attirent un prodigieux concours, c’est une espèce de fureur.»[77]  Le Courrier des Spectacles y va de son compliment, tente une explication de l’attente, et critique le sujet dans le même souffle :

 

 L’opéra  les Mystères d’Isis a obtenu le plus brillant succès. [...] La salle retentissait de bravos et de bis.[...] Enfin, quand on remarque la richesse de cet ouvrage, on n’est plus étonné qu’il ait fallu un temps considérable pour l’établir ; Combien il est à regretter que le sujet lui-même soit presque entièrement dénué d’intérêt ! C’est un nain guindé sur des échasses.[78]

 

«Le plus brillant succès» et les «bravos» dédiés à un sujet dénué d’intérêt ? Qu’est-ce à dire ? En vérité, ce « nain [...]sur des échasses» laisse planer un doute sur la qualité réelle de la pièce. Le critique subodore un intérêt provoqué et amplifié par des artifices. Un avis pratique, peut-être incongru, complète l’annonce : «Les personnes qui ont retenu des loges sont invitées à retirer les coupons d’ici au 1er fructidor à midi ; autrement on en disposerait.»

 

Ensuite, les représentations se succédèrent à un rythme soutenu :

Les 5, 8, 12, 15, 18, 22, 28 fructidor ; Les 23, 26, 30 août ; Les 2, 5, 9, 15 septembre ;

L’avis pour le deuxième, et le cinquième jour complémentaires, c’est-à-dire les 19 et 22 septembre, est suivi d’un renseignement pratique.[79] Détail surprenant ! L’opéra  est annoncé en trois ou en quatre actes, suivant les journaux. Le Courrier des Spectacles signale que : «Les cit. Frédéric D[uvemoy] et Dalmivare exécuteront dans le ballet du 4ème acte un solo de cor et de harpe de leur composition.»[80]

 

5. La trame du spectacle, vue par les journalistes

 

Une plume anonyme nous propose un résumé du contenu de la pièce et de l’action, telle qu’à ses yeux elle se déroule sur la scène de l’Opéra.[81]

 

Isménor, jeune prince égyptien, est appelé par les dieux à succéder au grand pontife Zarastro ; la main de Pamina, fille de Zoroastre et de Myrrène, lui est aussi destinée ; mais il doit mériter cette double faveur ; il faut qu’il subisse les plus terribles épreuves ; Zarastro, confident et ministre des volontés célestes, commence par faire enlever Myrrène avec sa fille Pamina ; c’est un dépôt qu’il garde pour le remettre aux mains du vainqueur. Isménor , excité par l’amour et la gloire, se soumet aux épreuves ; tantôt plongé dans un lac, tantôt jeté dans les flammes, tantôt suspendu en l’air, son intrépidité ne se dément point, et il en reçoit le prix en épousant Pamina. Pour égayer cette scène assez triste ! et en même temps pour former un contraste avec Isménor, on s’est servi d’un pâtre nommé Boccoris, aussi poltron que le prince est brave ; il est amoureux de Mona, jeune suivante de Pamina ;  mais son amour ne lui donne pas plus de courage ;  pour le rassurer, Myrrène lui fait présent d’un instrument magique ; dans le poème allemand, c’est une flûte ; de là vient son nom de la  Flûte enchantée. Les fanfaronnades, les frayeurs, les naïvetés de Boccoris font beaucoup rire ; on pourrait blâmer avec quelque fondement ce mélange de sérieux et de comique. Cependant les Mystères d’Isis ne sont pas une tragédie, et il me semble que dans un sujet qui ne comporte pas un grand intérêt, c’est un avantage de pouvoir s’égayer quelques instants ; dans le anciens opéras il y avait un bouffon d’office : Quinault même, dans ses premières productions conserva cet usage vicieux ; mais en tout genre, ce qu’il y a de pire c’est d’ennuyer.[82]

 

Les Petites Affiches en livrent un contenu plus concis. Les «principaux traits de ce poème bien faible» semblent une indication suffisante au rédacteur, Ducray-Dumesnil.[83]

 

Zarastro, grand pontife des Egyptiens, a par l’ordre de Zoroastre, père de Pamina, enlevé cette jeune personne à sa mère Myrrenne et l’a cachée dans les sombres réduits du temple d’Isis. Le prince Isménor, amant de Pamina, recherche l’initiation et doit succéder à Zarastro, s’il sort vainqueur des épreuves ; mais Myrrenne, qui ignore le but de Zarastro et qui le regarde comme son plus mortel ennemi puisqu’il lui a ravi sa fille, allume la jalousie d’Isménor et lui fait promettre qu’il lui rendra sa chère Pamina. Isménor s’enfonce donc da&ns les longs souterrains  du temple avec Boccoris, espèce de bouffon peureux, mais à qui l’on a donné une lyre enchantée pour affronter l’épreuve. Isménor retrouve bientôt Pamina, et Boccoris se réunit aussi à la suivante Mona qu’il aime ; mais on leur ravit de nouveau ces deux personnes, et Zarastro  livre Isménor aux diverses épreuves de l’eau, de l’air et du feu. Il les subit avec courage et mérite l’honneur de voir le temple de la lumière où il retrouve et épouse Pamina qui est enfin rendue à sa mère.

 

6. Présentation plus simple et claire

 

Nos contemporains ignorent tout de ce spectacle, et pour cause. A leur avantage, tentons une analyse plus circonstanciée, un déroulement plus limpide de l’action. Ajoutons que le langage anacréontique[84] nous paraît pour le moins étrange, désuet, sinon un brin cocasse.

 

I,1 Le théâtre représente les portiques qui entourent l’enceinte habitée par les prêtres  d’Isis. On voit, d’un côté l’entrée du palais de Myrrène ; de l’autre, celle des souterrains qui conduisent à la demeure des prêtres  et au temple d’Isis. Plus loin, un pont sur la canal du Nil : on découvre dans le fond diverses Pyramides, et dans le lointain, la vue de Memphis. Au lever de la toile, les prêtres et les prêtresses sont rangés sur le théâtre, où ils attendent l’heure fixée pour offrir un sacrifice à Isis.

(Il est nuit.)

Zarastro assisté par les prêtres et les prêtresses offre le sacrifice à la déesse. Il annonce l’arrivée d’un «héros vertueux.» Ce dernier, choisi pour succéder à Zarastro doit être «purifié» et subir des «épreuves terribles.» Trois prêtresses, doublures  des trois enfants de Schikaneder, déclarent que le héros sera rejeté s’il «montre de la faiblesse.» Zarastro signale que Pamina est destinée à Isménor. La jeune fille «languit» dans le temple, car lui, Zarastro a dû l’enlever à Myrrène pour accomplir le vœu de Zoroastre. Le sacrifice accompli, on assiste à la marche des prêtres.

 

I,2 : L’entrée d’Isménor ne manque pas de panache, et fait grande impression. Des flammes jaillissent du souterrain et le repoussent. Le héros s’évanouit, persuadé  que l’enfer va l’engloutir.

 

I,3 : Trois femmes de Myrrène le sauvent des flammes. «Cessez de lancer des feux !»

 

I,4 : Isménor, convaincu que Pamina l’a préservé par attachement, lui chante son amour. (Bildnisarie)

 

I,5 : Bocchoris paraît au milieu de jeunes filles. Elles portent des guirlandes de fleurs, des couronnes et dansent autour du pâtre. Celui-ci supplante l’oiseleur de Schikaneder. Suit  un échantillon de langage anacréontique, qu’on pourrait à bon droit qualifier de doucereux ou encore mielleux : « Sous les yeux de la déesse/Chantez, formez des pas brillants,/ De fleurs une simple tresse/ Tient lieu des plus riches présents./La mère de la nature/ N’exige qu’une âme pure:/Elle est la source de tout bien,/Sous ses lois ne craignez rien./Voyez les grâces fidèles/En folâtrant suivre vos pas ;/L’amour qui vole autour d’elles,/Vous sourit et vous tend les bras./A vos cœurs dans le bel âge,/L’amour parle un doux langage ;/Il fait naître un tendre désir ;/Hâtez-vous ; il faut jouir/Du plaisir.

 

I,6 : Bocchoris grandement excité, agité, attend l’arrivée de l’intrépide Isménor. En sa compagnie, il veut pénétrer dans le royaume de Zarastro. Ce dernier tient Pamina et Mona sous son pouvoir. La rencontre des deux mondes, celui de Paâgeno et celui de Tamino est escamotée. Nous ignorons de quelle manière et pourquoi les deux personnages ont lié connaissance.

 

I,7 : Isménor et Bocchoris se réjouissent de leur rencontre. Unissant le courage de l’un à l’adresse de l’autre, ils délivreront ensemble leurs bien-aimées. «Vaincre ou mourir», telle est leur devise.

 

I,8 : Isménor vengera Myrrène du perfide Zarastro, et épousera Pamina enfin libérée. Myrrène célèbre en Isménor le nouvel Orphée qui remportera une victoire éclatante. Bocchoris, pour sa part, souhaite retrouver Mona, mais ne veut pas entendre parler d’initiation. Il est «très peu curieux des grands secrets des dieux.» On lui offre un instrument magique qui «rend tout possible.»

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II,1 : Le théâtre change, et représente uns vaste avenue de sphinx qui conduit à l’habitation des profanes au temple et aux lieux réservés à la demeure des prêtres. On découvre des terrasses sur lesquelles sont des plantations qui entourent ces monuments. Pamina se plaint de son sort, et veut retourner auprès de sa mère.

 

II,2 : Bocchoris trouve Pamina et sa confidente Mona. Contentement général. Bocchoris annonce qu’un compagnon plus jeune, «fort amoureux» l’assiste et le protège. Pamina se réjouit de la présence d’Isménor, et de leurs retrouvailles.

 

II, 3 : Trois prêtresses conduisent Isménor dans le temple et lui recommandent «Prudence, Vaillance, Silence.»

 

II,4 : Isménor prie, afin de voir Pamina. Cependant lorsqu’il s’apprête à entrer dans le temple le chœur crie : «Arrête !»

 

II, 5 :Zarastro paraît et pose les conditions de l’admission au temple.

 

II, 6 :Isménor apprend que Pamina vit. Il veut imiter Orphée pour parvenir jusqu’à sa «tendrement aimée.» Orphée remplace la flûte enchantée.

 

II,7 : Le gardien des esclaves, qui prend le rôle de Monostatos, amène Pamina et Bocchoris. Bocchoris chante en usant de son instrument magique. Tous entrent dans la danse ! Ballet.

 

II, 8-9 : Entrée cérémonieuse de Zarastro et de sa suite. Deux prêtres conduisent Isménor. Cette scène correspond au final du premier acte de Schikaneder.

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III,1 : Le théâtre change, et représente une salle souterraine destinée aux assemblées des prêtres. On y entre par différentes issues ; Elles sont toutes fermées et gardées à l’arrivée des prêtres qui, du fond d’une galerie obscure, viennent prendre place suivant leur ordre. Mona devrait prendre part à la vengeance de Myrrène.

 

III,2 : Myrrène se voit «trahie», et songe à se venger de Zarastro et d’Isménor. Elle s’écrie : «qu’il partage avec lui ma fureur et ma haine.»

 

III,3 : Mona explique à Myrrène que Pamina l’attend. L’enlèvement projeté échoue, car Zarastro va paraître.

 

III,4 : Marche religieuse ; Les prêtres entrent, se rangent à gauche et à droite de Zarastro. Ici, l’aria ne répond pas à l’attentat de la Reine de la Nuit. C’est une sorte de version française de : «In diesen heil’gen Hallen,» Cette caricature vaut d’être citée.

Dans ce séjour tranquille/Rien n’agite le cœur,/Et c’est un pur asile/De paix et de candeur/Jamais l’éclat ni la grandeur/N’ont décidé notre faveur./Et l’opulence,/Et l’indigence,/Nous les voyons des mêmes yeux./Tendre la main aux malheureux,/N’est-ce pas imiter les dieux ?/A la simple innocence/Nous offrons un soutien ; /L’implacable vengeance/sur nos cœurs ne peut rien. [...]

 

III,5 : Zarastro implore la divinité d’admettre Isménor dans leurs rangs. «Qu’un cœur novice [...] dans notre sein soit bientôt admis.»

 

III,6 : Isménor et Bocchoris viennent, escortés par deux prêtres. Pour obtenir la vie éternelle, Isménor doit écouter la seule Isis. L’obéissance lui vaudra un destin heureux après la mort. Les «Ombres Heureuses» apparaissent. Bocchoris apprend qu’il doit mourir pour Mona. Si l’on fait fi des conseils d’Isis, l’Enfer sera le partage. «Le Champ des Larmes» surgit. Isménor et Bocchoris sont précipités dans un lieu encore plus profond.

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IV,1 : Le théâtre change, et représente un sombre et profond souterrain destiné aux épreuves du feu, de l’eau, et de l’air. Trois prêtresses amènent Pamina et lui confirment la persévérance d’Isménor.

 

IV,2 : Bocchoris sort seul du dédale, une lampe à la main, affectant une peur surnaturelle. Pour la vaincre, il se sert une nouvelle fois de son instrument magique. Il ne manifeste aucun souhait, mais énonce une sorte de philosophie, anacréontique précisément. En voici un exemple : «La vie est un voyage,/Tâchons de l’embellir ;/Jetons sur ce Passage/Les roses du plaisir./ [...] Le vrai bien n’est qu’imaginaire,/Chacun jouit de sa chimère ;/Chantons,  célébrons tour à tour,/Bacchus, le plaisir et l’amour./Que sous la treille/Le plaisir veille:/ [...] Suivons l’amour et la gaieté/Aux autels de la volupté./ Ah ! quel délire pour qui respire ! [...]

 

IV,3 : Mona travestie en vieille approche de Bocchoris. Elle veut lui plaire.

 

IV,4 : Bocchoris se sent trompé. Cette scène est très éprouvante pour lui, et il envisage d’en finir. «Je vais quitter la vie.»

 

IV,5 : Mona avoue son stratagème. Elle aime Bocchoris pour de vrai.

 

IV, 6 : Isménor paraît, accompagné par deux ministres des épreuves. Suivent les épreuves du feu, de l’eau et de l’air.

 

IV,7-8 :Finale comme chez Schikaneder. Grand tableau réunissant tout le monde. Myrrène et Zarastro se réconcilient.

 

 

7. Une analyse comparée, calme et objective des deux pièces[85]

 

Georges Servières laisse là les critiques générales, et se livre à une comparaison détaillée des deux pièces. Il décortique avec soin et minutie les différences, les ajouts et déplacements divers, textes et indications musicales à l’appui de ses dires.

 

 

Les partitions des Mystères d’Isis

Origine des morceaux

 

ACTE I

Ouverture

Invocation de Zarastro, en mi b :

O déesses immortelles

Celle de la Zauberflöte empruntée à l’ensemble du Tableau du Temple du Soleil dernier acte, avec addition d’une partie de basse pour Zarastro

 

Trio des prêtresses : Isis dissipe les nuages

Trio en 6/8 en la (n° 16) du 2e acte : Seid

uns zum zweiten Mal willkommen !

 

Chœur en fa à 3/8 : Divinités puissantes

Chœur n° 15 de la Clémence de Titus

 

Arioso d’Isménor : Du feu quel horrible ravage !

Scène d’introduction de l’opéra de Mozart Air de Tamino

 

Scène d’Isménor avec les trois femmes de Myrrène : Quel sort affreux !

Scène correspondante de la partition de la flûte avec coupure de l’allegrettoen sol majeur du dialogue qui suit ; legretto en ut. Reprise à l’ensemble ; Du Jüngling schön und liebevoll ! Avec ces paroles : Amour sois favorable !

 

Air d’Isménor à ¾ (en mi b dans la partition vocale, il est abaissé en ré dans la partition d’orchestre.)

Air de Tamino, dit du Portrait, agrémenté de vocalises finales.

 

Couplet de Bocchoris : Sous les yeux de la déesse, dansez, formez des pas brillants.

Air de l’oiseleur enjolivé de vocalises

 

Airs de ballet : en sol majeur à 2/4 ; puis allegretto à 2/4 en rythme de tambourinnoté en fa. Une mention au crayon rouge semble indiquer qu’on la jouait en sol également.

Etrangers à la partition

 

Duo d’Isménor et Bocchoris, en si b à deux mouvements.

C’est l’allegro et le piu allegro de l’aria n° 9 de Sextus, dans la Clémence de Titus arrangée en duo et avec des modifications dans l’accompagnement.

 

Air de Myrrène : Punis un coupable !

Air de Dona Anna outragée (Don Giovanni) transposé en ut majeur.

 

Finale : Isménor, Bocchoris, Myrrène, les trois Femmes, donc sextuor.

Quintette dit du cadenas en si b. Les hm, hm de Papageno sont remplacés par des vers dits par Bocchoris : Tu peux compter sur sa vaillance, etc. Myrrène prend la partiede soprano de l’une de ses femmes, elle chante : Nouvel Orphée, avec courage obtiens un succès éclatant. Après le don de l’instrument magique, le petit allegretto : Silberglöckchen/ Zauberflöten porte ces paroles : Qu’un tel guide/te décide. L’andante des trois dames est défiguré pour l’adaptation de ces paroles : Dieu des Amours que ta clarté charmante/Toujours plus éclatante/Le suive.

 

Les partitions des Mystères d’Isis

Origine des morceaux

 

ACTE II

Scène première entre Pamina et et Mona.

C’est la scène du début du 2e acte de Mozart, entre Monostatos et Pamina.

Air de Pamina à deux mouvements/ Larghetto « Dans les bras d’une tendre mère », à ¾ en sol mineur ; « Nature, amour et toi douce espérance ! »

C’est l’air de la Reine de la Nuit. Attribué à Pamina au lieu d’être à Myrrène ; il exprime la joie au lieu de respirer la vengeance. Respecté sauf abaissement du contre-fa. Si b, do, ré, remplacent si, ré.

Arrivée de Bocchoris ; sa vue inspire la crainte aux deux femmes. Celui-ci s’efforce de les rassurer. Donc suppression de l’effet comique : Le Maure pris pour le diable !

Emploi de la scène de poltronnerie de Papageno devant Monostatos. Leur duetto bouffe chanté par Pamina et Bocchoris devient un Terzetto par suite de la présence de Monostatos.

Ensemble avec Mona : « Plus de tristesse, vive allégresse ! » etc.

Rondo de Don Giovanni en si b 2/4 transformé en trio par l’arrangement.

Scène entre Bocchoris et Pamina, andantino. Trio à 6/8 en mi b : « Je vais revoir l’amant que j’aime. »

C’est celle de Pamina avec Papageno. Duetto n° 7 de la partition dans le ton original, mais transformé en trio par l’arrangement.

Arrivée d’Isménor, conduit au temple par les trois jeunes prêtresses d’Isis. Récit d’Isménor. Chœur de prêtres : « Arrête ! » Scène entre Zarastro et Isménor.

C’est la scène correspondante de l’opéra avec modifications dans les récits, dans la tessiture de la partie de Tamino ; le rôle du prêtre est rempli par Zarastro et sa partie abaissée en conséquence. Scène tronquée et saccagée.

Grand air de bravoure d’Isménor en la : (allegro agité)

Emprunté à la Clémence de Titus. C’est le più allegro de l’air en la n°19 de Sextus, avec des modifications dans le chant. Cet air a du être intercalé aux répétirions car il ne concorde pas avec les paroles du livret : « Présent divin, charme des dieux ! » et lapartition présente des remaniements.

Le gardien amène Pamina et Bocchoris entourés d’esclaves. Bocchoris s’avise, au moyen de son instrument magique, d’enchanter le gardien : petit ensemble en sol : « Quel charme doux et divin ! »

Scène de « la clochette »dans l’opéra de Mozart ; danse comique des esclaves et ensemble : « Könnte jeder brave Mann... »

Chœur en Ut avec trompettes à la gloire de Zarastro.

Scène correspondante de l’œuvre originale.

Récits : Pamina essaie de se justifier, demande qu’on la rende à sa mère. On amène Isménor. Les amants se jettent les bras l’un de l’autre : on les sépare.

 

Différents de ceux de la partition. Le dialogue cantabile entre Pamina et Zarastro est supprimé.

Allegro en fa en C barré.

C’est celui de la finale de Mozart, sauf que Monostatos est remplacé par le chef des gardiens.

Zarastro ordonne qu’Isménor et Bocchoris soient soumis aux épreuves

Le chœur : Vive Zarastro devient : « Cédez à sa puissance ! » (celle d’Isis)

Chœurs : « Tremblez, ô profanes humains ! »

Presto final dont le sens est dénaturé, puisque Mozart en fait un chœur de Sérénité et qu’ici il doit inspirer la terreur

Les partitions des Mystères d’Isis

Origine des morceaux

ACTE III

Scène entre Mona et Myrrène, récits.

Presto final dont le sens est dénaturé, puisque Mozart en fait un chœur de Sérénité et qu’ici il doit inspirer la terreur Récits encadrés dans le dessin d’orchestre de la fin de la scène de Tamino, du 1er acte de la Flûte, arrangés par Lachnith.

 

Air de Myrrène : Larghetto en fa à 3/8 avec clarinette solo et allegro à vocalises

Air tiré de la Clémence de Titus : Rondo de Vitellia

 

Scène IV, marche religieuse.

Marche des prêtres, introduction du 2e acte de Mozart.

 

Air de Zarastro en fa à ¾, adagio.

 

Larghetto à 2/4 en mi de Zarastro

Air de Zarastro n° 10, modifié dans la partie vocale

Air n° 15 de la partition : In diesen heiligen Hallen.

 

Chœur des prêtres : « O nuit sombre !»

Chœur des prêtres, en ré. «O Isis et Osiris !»

 

Ici se produisait l’apparition du tableau des Champs-Elysées (ou des Ombres heureuses), très courte, puis celle du tableau des Enfers, (ou du Champ des Larmes) ; Agitato, effets de mélodrames. Tableau réglé par Gardel.

Duetto final des prêtres : « Venez, venez, le ciel l’ordonne. »

C’est le duetto des prêtres, en Ut n°11 « Bewahret euch vor Weibertücken », avec des modifications.

 

Les partitions des Mystères d’Isis

Origine des morceaux

 

ACTE IV

Il manque à la partition une scène de Pamina avec les prêtresses. Celles-ci, d’après le livret, devaient chanter : « Déjà la diligente aurore ouvre les portes du jour ». Pamina espère le succès d’Isménor. Ensemble : «Renais douce espérance !»

Tableau supprimé. Dans son catalogue de la bibliothèque de l’Opéra, Th. de Lajarte signale comme morceau détaché des Mystères d’Isis, une scène des prêtresses. C’était l’andante en mi b du finale : Pamina et les Knaben.

 

Couplets de Bocchoris avec accompagnement d’harmonie, transposés de fa en sol.

Ce sont ceux de Papageno. (n° 20)

 

Couplets de Mona en Ut : «  Dieu d’amour, sous ton empire tous les mortels sont heureux ! »

L’arrangeur lui a attribué ici les couplets de Mona. (n° 13)

 

Larghetto de Bocchoris en mi majeur à ¾ : « Je vais quitter la vie », suivi d’un duo en mi avec Mona.

Ce larghetto provient du finale du 4e acte des Noces de Figaro : Tutto è tranquillo è placido, suivi du duo allegro molto en mi b de la même scène, transposé comme le larghetto, en mi b majeur avec des coupures et des changements.

 

La scène des épreuves se jouait sur une musique de mélodrame n’ayant aucun rapport avec la musique de Mozart. En décollant les feuillets des rôles de Pamina et des chevaliers du feu, j’ai constaté cependant que l’on avait d’abord utilisé le choral, la fughette et la scène des hommes armés, l’air de la flûte de la marche de Tamino et le duo de celui-ci avec Pamina ; cela ffut coupé et remplacé par des tableaux à sensation.

Petit ensemble en Ut mineur : Myrrène, ses femmes, etc. Ensemble final en ré : «Qu’hymen s’empresse !»

Ensemble : « Nur stille, stille, stille ! ». Ensemble final en mi transposé. On a vu que la scène qui le précède avait été transportée au 1er acte.)

 

Au début du 4e acte se déroulait une scène entre Pamina et les prêtresses. D’après le livret, celles-ci devaient chanter : Déjà la diligente aurore ouvre les portes du jour. Cette scène a été coupée dans la partition.

 

 

I. L’univers du Théâtre

 

Au commencement furent les « dionysiades », liturgie enchevêtrée de magie, sans oublier une dose bien tassée, bien débordante, d’hystérie déclenchée par les cris des Bacchantes. Les bouffons de la Commedia dell’Arte, tant Polichinelle qu’Arlequin ne se lassaient jamais des mêmes pantomimes. Ils surgissent de spectacle en spectacle, car ils ne sont pas encagés dans des limites précises, ni géographiques ni historiques. L’Europe entière a subi leur charme : poltrons, naïfs, ignorants, mais débordant de vivacité, d’inventivité. Les voici déboulant en France, sous les dehors de Papageno-Bocchoris. Depuis toujours donc compagnons de route, l’opéra seria et l’opéra buffa ?

 

 

1. Souvenirs d’un passé proche

 

Le chemin pour parvenir à l’opéra tel que nous le connaissons, s’avéra long et semé d’obstacles, d’embûches de toutes sortes. Les livrets autant que les reproductions des mises en scènes du XVIIIe siècle en font foi. Les représentations se déroulent, le plus souvent, dans un palais princier, environnées de tout un apparat somptueux, devant un parterre d’invités de marque. C’est le cas pour les opéras de Mozart. Don Juan/Don Giovanni se pavane, tout empanaché d’excellence, de richesse et de privilèges. Les mises en scène fastueuses rivalisent avec la magnificence des costumes et celle de la musique. D’où, peut-être l’exclamation fameuse de Joseph II, l’empereur économe: «Trop de notes mon cher Mozart !» Pourtant, ce même souverain trouvait cet opéra «divin». Dans la capitale austro-hongroise, comme sur les autres scènes, l’opéra est le bastion des classes dirigeantes. Le prix des places, l’élégance qui s’affichait dans ces endroits, ainsi que la méconnaissance des ouvrages proposés en éloignait les moins fortunés, autant que ceux qui ignoraient peu ou prou le monde de la littérature «savante». Quelques représentations de l’Enlèvement au Sérail sont données au théâtre de l’Opéra-Bouffon,[86] à compter du 26 septembre 1798. (5 vendémiaire an VII) C’est en novembre 1801 que le Théâtre Mozart présentera l’œuvre en langue originale.

 

2. L’opéra et son public

 

Plus tard, pendant la période révolutionnaire, les spectateurs parisiens demeurèrent attachés à l’Opéra, contre vents et marées. La tradition demeura intacte sous l’Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet. Toute la pompe en usage dans les cours européennes se maintint sur les scènes françaises. Mozart n’aurait pas été dépaysé. Sans doute, les adaptations elles-mêmes ne l’auraient guère surpris. Le musicien s’était adonné lui aussi à cet exercice. Un petit cercle d’amateurs de musique «ancienne» demanda à Mozart de mettre le Messie de Haendel au goût du jour, vingt ans à peine après le décès de ce dernier.[87] L’Opéra demeurera longtemps, sinon toujours, privilégié par un public aisé, haut en couleur. En effet, la place tenue par la noblesse s’était amenuisée depuis l’émergence de la bourgeoisie. Cependant, l’intérêt se portait  souvent moins sur le spectacle que sur l’ambiance de la salle ou encore les tenues ostentatoires qu’on y pouvait porter. La discrétion n’est pas de mise dans ces lieux.

 

3. L’opéra, une évasion ?

 

La même touche d’extravagance, telle celle de la cour de Vienne, brille également à Paris. «Dans ce monde un peu particulier, une seule règle, la règle d’or : se faire remarquer. Les femmes vont à l’opéra pour être vues, les hommes pour voir, lorgner les femmes dans la salle et les femmes sur la scène.»[88] Occupation fascinante, ô combien ! Il est vrai que «Le théâtre est un monde : il répond à un besoin, il a ses habitudes, ses mœurs particulières, ses vertus et ses vices ; il se gouverne selon ses traditions. C’est un état dans l’Etat.»[89] Un souvenir de  l’époque où Polichinelle promenait sa tenue bariolée dan tous les recoins de l’Europe ?   La bonne société de ce début de siècle voulait oublier les années d’angoisse passées et ne songer qu’à s’étourdir.Trait propre déjà à la cour viennoise où les combats contre les Turcs, la famine et les épidémies demeuraient vivaces dans les mémoires. Il fallait se distraire, au sens pascalien du terme. Les circonstances sont semblables dans les deux pays . Les salles de spectacle sont, ici et là, un excellent antidote. Le spectacle se déroule autant, sinon plus, dans la salle que sur la scène.On s’y précipite en foule, pour assister à toutes sortes d’œuvres. Le Mousticaire se souvient et en parle avec verve, dans son édition du 26 février1854.

 

Jamais la furia francese ne s’était montrée avec ces transports à la porte  de l’Opéra Italien. Déjà à la troisième représentation de la Gazza Ladra il a fallu refuser du monde. L’Alboni faisait fureur. Que dirons-nous de la Frezzolini dans le chef-d’œuvre de Mozart ? Il faudra que l’administration s’arrange de manière à représenter dix fois de suite Don Giovanni, si elle veut contenter tout le monde. Un vieil ami de Spontini, M. Del... offrait hier 300f d’une loge découverte des premières. On ne pourra pas toujours être inhospitalier pour la spirituelle duchesse de Valence, ni pour sa gracieuse nièce, madame de Riario-Sforza. Allons ! Les Italiens sont tenus de lutter de Galanterie avec les Français...Nous ne parlons pas du théâtre, mais du peuple le plus aimable de la civilisation.

 

Comme les concerts, les théâtres fournissent l’occasion rêvée de s’exhiber. N’oublions pas que Mozart appréciait lui aussi les tenues raffinées, participait aux soirées, aux bals costumés. Bref, il se comportait en réel bon-vivant du XVIIIe siècle. En France, la tradition esr respectée.  Le Journal des débats nous fournit quasi l’image d’une chimère dans une description étourdissante « La mode qui jadis ne variait plus qu’une fois dans les vingt-quatre heures, est maintenant à peine saisissable dans la même journée. Jusqu’à nouvel ordre nous pouvons dire qu’une femme, pour être à la mode, doit avoir le pied romain, la tête grecque, le col égyptien, les bras turcs et le corps espagnol.» [90]

 

Les messieurs ne sont pas en reste, le concours est ouvert.Qui donc remportera la palme de la victoire  dans cette affaire peu ordinaire ? Nommés de ce temps les Incroyables, ils rivalisent eux aussi d’excentricité et de coquetterie. Le journaliste stupéfait, ébahi, raconte : « On ne distingue guère par-devant un Incroyable d’un homme ordinaire ; c’est par derrière qu’il faut le regarder. Pour être à la mode, en boutonnant son habit, on doit le faire remonter ; de ce manège résultent beaucoup de plis sur la taille ; ainsi, plus un jeune homme a de plis sur la taille, plus vous pouvez dire qu’il est élégant.» [91] 

 

4. L’opéra selon Rousseau

 

Dans son «Dictionnaire de la Musique», le philosophe énumère les composantes et les qualités que le spectateur est en droit d’attendre d’un opéra :

 

Spectacle dramatique et lyrique où l’on s’efforce de réunir tous les charmes des beaux-arts dans la représentation d’une action passionnée, pour exciter, à l’aide de sensations agréables, l’intérêt et l’illusion.Les parties constitutives d’un opéra sont le poème, la musique et la décoration. Par la poésie, on parle à l’esprit ; par la musique, à l’oreille ; par la peinture aux yeux ; et le tout doit se réunir pour émouvoir le cœur.[92]

 

Après la création de la Norma à la Scala de Milan, en 1834, Bellini approuve cette définition. Il écrit, en effet, qu’un opéra doit faire couler les larmes, causer l’horreur et amener à la mort grâce au chant.“[93] Paul Hazard met en évidence le caractère propre à l’opéra au cours de cette crise/prise de la conscience européenne : « Emotion d’une qualité spécifique toute nouvelle, puisqu’on ne peut l’analyser, puisque sa douceur est sensuelle, puisque le corps lui-même semble se fondre et s’amollir en l’éprouvant, plaisir qui tient des magies et des charmes ; inexplicable, profonde, intime volupté : tel était l’opéra.»[94] C’est ce dont le Mercure est  persuadé lorsqu’il écrit : « Les Mystères d’Isis ne pouvaient manquer de faire une vive impression sur des spectateurs qui demandent surtout qu’on s’adresse à leurs sens et particulièrement  à celui de la vue. [...] Aucun murmure de l’esprit ; aucun scrupule de la raison n’a troublé le charme complet de leurs sensations.»[95] Voilà qui rejoint, sous une forme un peu différente, ce que préconisent Rousseau et Bellini. Convergence entre le théoricien et les compositeurs. Mme de Sévigné (1626-1696) observe que les âmes ne voulaient plus être convaincues, mais alarmées. Bossuet (1627-1704), s’inquiète à son tour. Du haut de sa chaire, il dénonce le danger de ces «fausses tendresses» et toutes ces trompeuses «invitations à jouir du beau temps de la jeunesse.» La musique affermit, voire décuple ces insinuations fallacieuses. C’est du moins ce que craint le moraliste inquiet.

 

II. L’art d’apprivoiser le public français et Mozart

 

Les premiers essais de mise en scène des opéras de Mozart se proposaient de familiariser le public français avec l’oeuvre du musicien. En dehors des frontières françaises, le compositeur jouissait d’un renom certain. Néanmoins, dans notre pays, seul un cercle restreint d’amateurs connaissait et estimait sa musique. A l’orée de ce XIXe siècle, il n’était guère demandé ni estimé. Haydn et d’autres compositeurs lui damaient en quelque sorte le pion. On ne le considérait pas comme leur égal, il ne faisait pas le poids. Les amateurs de l’artiste se devaient  de faire un sort à un préjugé courant, lequel soutenait que la musique de Mozart était „ancienne“, peu adaptée aux nouvelles exigences. Aux aficionados de prouver qu’il n’en était rien. Voici ce qu’en pense le journaliste du Moniteur :

 

Il n’y a pas très longtemps que Mozart jouit en France de toute sa réputation. Ses oeuvres pour le Théâtre étaient peu connues il y a dix ans. Il est à remarquer que notre célèbre Grétry, avec lequel Mozart a plus de rapport qu’on ne le croirait au premier coup d’oeil ne l’a pas nommé dans ses Essais sur la musique, manuel excellent de tous ceux qui aiment ou qui professent cet art. Son Mariage de Figaro n’avait pas produit toute la sensation  qu’il produirait aujourd’hui. L’Enlèvement du Sérail n’avait été exécuté que sur un théâtre subalterne. La Flûte Enchantée, sous le nom des Mystères d’Isis, fut mieux exécutée, mieux appréciée.[96]

 

Dans la chronique musicale du Journal des Débats, Fétis se montre ardent défenseur de Mozart, puisqu’il écrit: „Certes, personne plus que nous ne professe une admiration sans bornes pour les productions de cet homme étonnant, qui a eu plus d’idées et un sentiment musical plus profond que tous les compositeurs réunis depuis un siècle.“[97]

 

1. Les salles de spectacle où Mozart est mis en scène

 

L’Opéra, construit par Nicolas Lenoir en 1793, se trouvait au Théâtre de la Porte Saint Martin. Il pouvait accueillir jusqu’à 1800 spectateurs. En 1794, il s’installa rue de Richelieu, à la hauteur de l’actuel square Louvois, non loin des salles Favart et Feydeau. A compter de 1797, l’péra s’appela „Théâtre de la République et des Arts“ puis, en 1804, devient l’“Académie impériale de la Musique“. On note une amélioration de taille: désormais, le parterre est supprimé et tous les spectateurs sont assis. La salle Favart date de l’Ancien Régime. Cependant, elle est plus vaste et plus moderne que Feydeau. La gestion s’avère déficitaire, malgré les succès remportés.Les deux salles décident de s’unir, et un nouvel „Opéra-Comique rue Feydeau“ ouvre ses portes le 16 septembre 1801. Cette fusion déplaît à Geoffroy. Toujours acrimonieux, il écrit: „Favart et Feydeau doivent être fondus ensemble: je conviens cependant qu’il est très difficile de faire de deux morts un vivant.“[98] En juillet 1804, le Théâtre Louvois prit le nom de „Théâtre de l’Impératrice“. On y représenta le premier opéra italien de Mozart, Le Nozze di Figaro,sous une forme non parodiée à partir de décembre 1807. L’architecte François Chalgrin construisit le théâtre de l’Odéon. On y représenta Cosi fan Tutte, en février et mars 1809, et, en 1811, la version originale de Don Giovanni. Le Théâtre Italien rouvrit ses portes le 31 mai 1801. A ses tout débuts, il ne fut qu’un petit théâtre d’opéra buffa, moins coté que l’Opéra et l’Opéra-Comique. Cependant, on y représenta aussi bien l’opéra seria que l’opéra buffa. Ses débuts furent mouvementés pour de nombreuses raisons, à la fois politiques, administratives et financières. Rappelons que les représentations de La Serva Padrona déchaînèrent la Querelle des Bouffons, en 1752. La réception des oeuvres de Mozart en subira encore les ricochets. En 1808, les chanteurs italiens s’installèrent au Théâtre de l’Odéon. En ce temps-là, il s’appelait „Théâtre de l’Impératrice“. Grâce à ses chanteurs réputés, appréciés par le public, „les Français se sont ouverts à un art dont le principal mérite est d’accorder la primauté à la voix et au beau chant. C’est la voix humaine qui devient l’instrument privilégié, c’est elle qui, à la limite même, sans le secours du texte, signifie, sur le plan du coeur et non plus de la raison.“[99] Un signe avant-coureur de l’importance de la musique qui l’emportera sur le texte, donc sur le „goût français“. Les belles voix éveillaient une émotion disparue de l’opéra classique.

 

2. Importance de l’acoustique

 

Le critique du Journal de l’Empire[100] ne se prive pas d’exprimer son avis, non seulement sur le spectacle lui-même, mais encore sur les conditions matérielles dans lesquelles il se déroule. Il qualifie la salle de l’Opéra :

 

d’éteignoir de la voix: il n’y a que des moyens extraordinaires qui soient suffisants dans une enceinte construite contre toutes les règles de l’acoustique. Ce n’est pas l’étendue de la salle qui nuit aux chanteurs, c’est la forme; les théâtres italiens sont plus vastes de moitié, et cependant une voix ordinaire s’y fait entendre avec facilité, parce que l’architecte, dans la coupe de l’édifice, s’est particulièrement occupé de la propagation du son: nos Vitruve[101] français, quand ils bâtissent des salles de spectacle, ont bien d’autres choses à penser.

 

Que ne suivent-ils de si bons exemples ? Ils nuisent gravement aux chanteurs, comme à l’artiste chargée du rôle de Pamina. Elle a mis, dans son chant, beaucoup d’art et un goût très épuré; malheureusement ses moyens ne la servent pas, et la vaste salle de l’Opéra n’est pas propre à couvrir ce défaut. Nous retrouvons également le constat de ce défaut de l’acoustique, déjà signalé par le Journal de l’Empire, sous la plume de Reynaldo Hahn Il admet cette lacune dont un critique se plaint. Cependant, il en rejette la responsabilité sur „nos Vitruve“ indifférents à la propagation du son. [Mozart] écrit :

 

L’ouverture est très courte et passe sans cesse du „forte“ au „piano“, la musique turque revenant à chaque „forte“. En effet, chaque fois qu’il indique la nuance, la batterie „donne“ tout entière. Mais à certains endroits, même dans les passages joués „piano“, le triangle persiste seul; le privilège de représenter la musique turque lui échoit sans partage; il faut donc qu’on l’entende bien nettement et qu’il domine.“ C’est sans doute pour cela que lors d’une représentation dirigée par moi à l’Opéra-Comique , un critique s’est  plaint que „ce triangle joué à tour de bras fît du tintamarre“. Si l’instrumentiste chargé de cette partie la jouait „non à tour de bras“, mais „fort“, c’est que, pensant connaître l’intention de Mozart, je le lui avais demandé. Car moi, je n’étais pas placé comme mon aimable confrère, dans une loge d’où l’on „entendait à peine les premiers violons“, ce qui, évidemment, est un mauvais endroit pour juger le „dosage, l’équilibre de l’orchestre“ (c’est à l’architecte du théâtre et non à moi  qu’il faudrait s’en prendre), mais au pupitre, d’où j’entendais fort bien tous les violons, et d’où le condiment fourni par le triangle n’excédait pas la saveur qu’il devait avoir. [102]

 

Le musicien explique au critique les raisons de sa déception. L’architecte ne s’est pas soucié de l’expansion du son. D’autre part, pour aggraver la situation, et à cause du défaut de construction, la place du spectateur/auditeur joue aussi un rôle. La meilleure place, c’est celle du pupitre d’où tous les instruments s’entendent au mieux. Lui, musicien, est à même de comprendre les intentions de Mozart. Nous touchons là au domaine de la tradition musicale, des représentations officielles, et des changements qui interviennent au fil du temps. L’opéra n’est pas une oeuvre figée à jamais par ses origines. La rencontre entre le spectateur et l’oeuvre permet la perception, l’émotion de chacun au cours de la représentation. Les journalistes/spectateurs en livrent les traces dans leurs critiques.

 

3. Le théâtre et l’argent

 

Comme de juste, il fallait s’attendre à ce que les diverses publications accentuent le rôle du „vil argent“ dans la vie des théâtres. Berlioz déplore que „ Les entreprises théâtrales [soient]de tout temps, presque partout, livrées aux mains de gens avides d’argent avant tout.“[103] Il s’en explique sans fioriture, en réponse à une remarque qui souligne qu’on ne pourra plus faire de recette de 11000 francs. Il se montre pétulent: “ Vous avez lâché le grand mot, la recette! Vous êtes des spéculateurs, nous sommes des artistes. […]L’ antagonisme est de tous les lieux et de toutes les époques. Nous ne parlons pas de l’art de battre la monnaie, qui est le seul auquel vous vous intéressiez.“[104] Il est vrai, Mammon s’infiltre avec impudence dans le domaine esthétique aussi et s’y taille une place de choix. C’est bel et bien lui qui décide du succès et de la survie d’une pièce. Persifler à son propos n’enlève rien à son influence.

 

Les Tablettes de Polymnie publient la remarque d’une personne qui écrit, avec un soupçon d’ironie, faisant allusion au poids de ce que nous appelons le profit:“Les Ruines de Babylone“ recèlent des mines d’argent que le directeur de ce théâtre exploite sans relâche depuis trois mois. Ces mines semblent être intarissables, et le précieux métal ne cesse d’abonder chez le caissier qui, comme chacun sait, est le juge le plus irrécusable du mérite d’une pièce.“[105] Le chroniqueur du Journal de l’Empire partage l’opinion de son confrère. Il est d’avis que l’exotisme, les évènements naturels extraordinaires, et la fantasmagorie attirent le public et contribuent ainsi à arrondir les recettes. Joindre l’utile à l’agréable un procédé qui a fait ses preuves. Il écrit :

 

Les décorations ne sont jamais une chose indifférente et je ne sais si l’éruption du Vésuve qu’on voit à la fin du second acte ne pique pas autant la curiosité du public que la musique de Mozart: cette lave […] est un pactole[106]pour le théâtre où elle est représentée avec un art admirable. [107]

 

D’autres journalistes, plus pragmatiques, ne se contentent pas d’allusions poétiques ou mythologiques. Ils endossent le rôle du comptable : „Les trois premières recettes de Don Juan ont produit près de mille Louis, et tout annonce que celles qui suivront seront aussi brillantes.“[108]Don Juan continue à faire de belles recettes au théâtre Lyrique“ dit un journal, laconique.[109]  Pourtant, le Journal de l’Empire déplore la „très fâcheuse aventure pour les finances de l’Opéra, cette antipathie contre Don Juan, manifestée par un personnage illustre.“[110] Une autre oeuvre de Mozart apporte une embellie dans ce triste tableau. En effet,    Le Nozze di Figaro a ramené du beau monde au Théâtre Louvois. Chaque recette monte à 4000 fr.“[111] Le même journal rappelle que Mozart est le „dieu de la musique pour le Conservatoire de Paris.“ Geoffroy, car c’est lui qui écrit, fait semblant de compatir avec ceux qui sont „frappés de cette superstition“, quitte à lui trouver une qualité inattendue.„ Elle est du moins une source de prospérités pour le théâtre de l’Impératrice.[112] Remarque un brin goguenarde!

 

Bonet expose le détail des dépenses engagées pour Don Juan. De nombreuses recettes „brillantes“ seraient seules à même d’en compenser le montant, qui laisse rêveur.

Costumes du Chant

17395,60 francs

Dépense du Magasin

3000,00 francs

Frais de copie, environ

6000,00 francs

Décorations

9120,00 francs

Danse (Costumes), environ

5000,00 francs

Total :

40515,60 francs[113]

En réalité les frais définitifs vont en augmentant. Il faut, en effet y ajouter les frais fixes pour chaque représentation. Accordons le mot de la fin à la gouaille d’un chansonnier facétieux.

 

C’est beau de gagner de l’argent,

C’est beau de d’acquérir de la gloire;

on ne peut vivre sans argent

Et l’on ne peut exister sans la gloire

Gagnons d’abord beaucoupd’argent,

Sans nous occuper de la gloire

Puisqu’on dit qu’avec de l’argent

on peut acheter de la gloire.[114]

 

III. La mise en scène, les décors

 

Pour lancer un grand opéra, un mariage /pacte s’impose entre les décorateurs et les metteurs en scène. Pour parvenir au succès espéré, le spectacle se doit  de combler les sens, la vue et l’ouïe, afin d’éveiller les sentiments. Contenter le philosophe et les spectateurs. Mission accomplie!  La scénographie baroque est un art d’apparat et de faste. De l’esquisse à l’atelier, une longue route mène à une organisation de l’espace satisfaisante pour le créateur, le metteur en scène, les artisans attelés à la tâche et tout autant le spectateur. La mise en scène, le décor , résultent de techniques bien rodées, et débouchent sur l’image scénique.La scène se doit de présenter des décors nombreux, divers, afin d’appâter le spectateur présent et futur. L’histoire du théâtre en Europe permet de suivre son évolution. La représentation du merveilleux exige la présence d’une machinerie complexe, dont l’usage devient quasi obsessionnel. Tant et si bien que les artistes en prennent ombrage. Le ténor Nourrit se rebiffe et soutient que la poésie, la musique, le chant et la danse ne sont plus que des prétextes. Le décorateur, le fourbisseur, le ferblantier, le bijoutier, le brodeur, le tapissier sont devenus aujourd’hui les hommes de l’art que M. Véron engage au service de l’Opéra.[115] Notre homme, pourtant célèbre et reconnu de son temps, serait-il un tantinet blasé et/ou amer ?

 

1. Les journalistes, et la mise en scène

 

Bien sûr, l’exaltation des mérites de la scène française est au rendez-vous. L’esprit cocardier se manifeste sans trop de discrétion. D’éventuels imitateurs s’échineraient  en vain. Leur échec est programmé à l’avance. C’est en tout cas ce que sous-entend le passage suivant. Aucune chance de surpasser le théâtre „le plus brillant de l’Europe“. Et chimérique, l’idée de découvrir une „masse d’artistes“ comparable, ailleurs que chez nous.

 

Ce théâtre qui est sans contredit le plus brillant de tous ceux de l’Europe en ce genre, a toujours fait la gloire de la nation, les délices  et l’admiration des étrangers ; rien n’y est épargné pour en rendre le spectacle le plus pompeux et le plus magnifique possible. […] On y trouve une masse imposante d’artistes que l’on chercherait vainement ailleurs.[116]

 

Le Courrier des Spectacles confirme cette vision des choses et détaille son propos. „L’opéra des Mystères d’Isis doit attirer long-temps la foule, et le talent des Vestris, des Clotilde, des Gardel, contribuèrent à donner aux représentations de cet ouvrage, une magnificence et un luxe qu’on chercheroit en vain sur aucun autre théâtre au monde.“Le lecteur/spectateur souligne une seconde fois la „magnificence et le luxe“. Aucun autre théâtre „au monde“ ne saurait soutenir la comparaison. Fichtre, le bel enthousiasme que voilà.

 

Pour autant, une fois encore, Don Juan est un modèle incomparable du spectacle baroque.Les sens y trouvent tout leur content . Les yeux sont à la fête grâce au „colosse“, au „brillant cortège“, aux „richesses de la peinture.“ Les spectateurs conquis manifestent  leur approbation par des cris, des applaudissements, des rires ou encore par un silence insolite. Les termes „formidable, prodige, séductions“ montrent que le  spectacle les envoûte, les tient en haleine. Les scènes terribles du dénouement ont „produit la plus vive impression.“ Le rédacteur écrit:

 

L’Opéra de Paris vient d’ouvrir son théâtre à Don Juan et le colosse[117] y est entré tout entier, sa voix formidable a sonné dans cette vaste enceinte, son brillant cortège a défilé pour la première fois devant la foule des amateurs.Donner à ce prodige musical la puissance d’exécution qu’on lui avait refusé jusqu’à ce jour, montrer ce Don Juan tel que Mozart l’avait conçu, […] le doter si libéralement des richesses de la peinture, des séductions de la danse et des prestiges du spectacle, était une oeuvre d’art […] On se levait sur les banquettes, on poussait des cris d’admiration, les scènes terribles du dénouement ont produit la plus vive impression, les applaudissements ont éclaté dans toute la salle à chaque morceau brillant, et les marques d’hilarité, le silence profond, […] indiquaient tour à tour qu’elle se plaisait aux scènes joyeuses du drame, ou que la statue la tenait sous sa magique influence.[118]

 

Voilà qui surpasse même le succès des Mystères d’Isis qui avaient pourtant attiré au Théâtre des Arts „une affluence prodigieuse“, […] et dont le journaliste écrit que“ le machiniste et le décorateur se sont surpassés.“ Finalement il modère le compliment en notant:“ le sujet par lui-même et le lieu de la scène prétoit beaucoup au merveilleux.“ La mise en scène incite, elle aussi à des avis divergents. Certains apprécient les décorations, mais redoutent qu’on leur accorde trop d’importance ou à tout le moins qu’elle soit inappropriée. Un spectateur agacé réprouve la place, trop exclusive à son goùt de la mise en scène. Finalement, il modère son compliment, notant:“ le sujet par lui-même et le lieu de la scène prétoit beaucoup au merveilleux.“[119] La mise en scène incite, elle aussi, à des avis divergents. Certains apprécient les décorations, mais redoutent qu’on leur accorde  trop d’importance ou à tout le moins qu’elle soit inappropriée. Un spectateur fait montre d’agacement, réprouve la place, trop exclusive à son goût, de la mise en scène et la condamne en des termes qui sèment le doute sur les us et coutumes de la scène dans notre pays. Note discordante ?

 

Nous éprouvions en sortant du spectacle un certain déplaisir, c’était d’entendre parler du ballet et des décorations, c’est-à-dire de voir que les accessoires avaient seuls obtenu tous les suffrages: dût-elle compromettre le goût national, cette opinion n’est pas tout à fait injuste, mais elle n’est pas encore un arrêt définitif, et d’elle-même elle se rectifiera.[120]

 

Le chroniqueur du Journal de l’Empire se hâte de contredire l’insolent, et vole au secours de la mise en scène familière, goûtée sinon par tous, du moins par la majorité des spectateurs.[121] Le Courrier des Spectacles attribue le succès de Don Juan aux accessoires précisément. Voilà leurs avis respectifs:

 

Les décorations ne sont jamais uns chose indifférente, et je ne sais si l’éruption du Vésuve qu’on voit à la fin du second acte ne pique pas autant la curiosité du public que la musique de Mozart. Les décorations et les effets de scène sont d’une magie si séduisante que, malgré tous les défauts de l’ouvrage, la représentation a eu un très grand succès. [122]

 

Un rédacteur désabusé, lassé par les excès de „tout l’attirail“ expose son désarroi, citant, sans autre précision un spectacle du Théâtre de la Gaieté: „Un pompeux mélodrame orné de tout son attirail, spectacles, décorations, machines, ballets, combats viennent  couronner l’oeuvre, tout est mis en réquisition pour exciter la curiosité publique.“[123]

 

Comme c’est le cas pour les Mystères d’Isis, les documents ont laissé la description des „riches peintures“ exécutées en vue de la représentation de Dom Juan. En voici un bref aperçu :

 

 

1° acte

Le théâtre représente une rue de Naples […] dans le lointain le môle et le château de l’Oeuf. Le jour commence à baisser, à la scène 6°, la nuit est tout à fait venue alors quelques luminaires circulent dans les appartements du palais, et la rue paraît illuminée ainsi que le Port rempli de vaisseaux ornés de leurs pavois et de leurs lanternes, de diverses couleurs.

2° acte

Le théâtre représente un joli paysage des environs de Naples. A droite s’offre la façade d’une auberge opulente […] Plus loin règne une colonnade qui croulent au moment de l’éruption. […]Dans le fond on aperçoit le Vésuve jettant de la fumé et des flammes.

3°acte

Le théâtre représente un salon magnifique de l’interrieure de l’auberge […]

scène 11°

Le théâtre change et représente l’interrieur d’une chappelle gothique. La lune qui pénètre à travers les vitreaux […]répand sa pâle couleur, dans le fond s’élève un vaste tombeau. […] On aperçoit la statue du commandeur appuyé sur le marbre et tenant un sablier à la main.

scène 16°

Le tombeau s’abîme le sol s’ouvre les démons s’empare de Dom Juan. Le théâtre représente en ce moment les gouffres infernaux et les tortures qu’on y éprouve. Ensuite on entend un bruit terrible. La foudre vient frapper Dom Juan qui disparaît avec les démons qui le tourmente[124].

 

2. Les costumes

 

De manière générale, les costumes sont un ingrédient attrayant du spectacle. Les archives nous en livrent la description minutieuse, autant pour les Mystères que pour Don Giovanni. En outre, notion d’importance, l’empereur veut relancer l’industrie textile du pays, soutenu dans son entreprise et par la coquetterie de Joséphine de Beauharnais et par les habits de sa cour. Car, il la veut magnifique, digne de lui.

 

Dans cette perspective, les coiffes et les habits eux-mêmes participent au sauvetage de Mozart. Il est vrai que la renommée du Maître ne  grandira qu’au fil du temps. Pourtant,le rédacteur des Affiches, annonces et avis divers écrit: „Les costumes les plus magnifiques […] ont ajouté à l’enthousiasme des spectateurs.[125]Ducray-Dumesnil relate qu’à „la scène, il faut toujours embellir les costumes, qu’il est sur-tout très difficile de varier: aussi observerons-nous quà quelques négligences près, sur-tout dans les coiffures des femmes, les costumes de l’opéra  des Mystères d’Isis sont assez rigoureusement observés. Les prêtres, demi-nus, sont de la plus grande justesse, et en général les cit. Barthellemi et Dublin, à qui l’on doit ces costumes, se sont approchés de la vérité tout en ménageant la variété et l’élégance.[126] En son temps, après la représentation des Mystères d’Isis, le Journal des Débats avait aussi célébré „l’exactitude et la richesse des costumes“ et soutenu que „l’élégance est au rendez-vous.“

 

Le journaliste exprime l’opinion de son temps. Ajoutons que le contexte musical de l’époque napoléonnienne et les attentes du public nous sont étrangers. Enfin, pour de nombreuses raisons, ce Don Juan ne ressemble guère au don Giovanni que nous goûtons aujourd’hui. Entre le Giovanni d’antan, celui du XIXe siècle et le nôtre s’intercalent les circonstances de la réception. Les opéras subissent une lente métamorphose, quasi une érosion,  tout en conservant les thèmes et les personnages principaux. Même en cette matière, le changement sévit suivant l’interprétation des acteurs. La presse rend compte de ces diversités.

 

3. Le Merveilleux

 

La Raison des philosophes aurait souhaité éradiquer tout ce qui lui était contraire. C’est ignorer le besoin viscéral des humains de croire aux fictions, aux histoires abracadabrantes, et leur prédisposition à accorder foi aux chimères. Et ce depuis toujours à toujours. Nous tenons au ré-enchantement de notre monde, coûte que coûte. Pourtant, les univers fictifs sont eux aussi régis par des normes, des intérêts, des désirs, des coutumes, qui concernent les spectateurs.

 

Chers philosophes, ils ont participé à l’émergence de la « déesse Raison », entre autres. Est-ce si « raisonnable », vraiment ? Mozart comble les besoins si irrationnels des humains dans sa Flûte Enchantée, en dépit des criailleries et des rappels à la Raison et à la Logique. L’Enlèvement au Sérail nous offre l’évasion grâce à l’exotisme, à l’exemple de La Flûte Enchantée. Un exotisme très flou, impossible à repérer sur une carte de géographie. La turquerie de l’une vaut bien la féerie de l’autre, quoi qu’en pensent ou disent les esprits chagrins. Le « surnaturel », tout aussi peu rationnel, surgit dans Idoménée. Tous participent du phantasme, non de notre banale réalité quotidienne. Ce sont bien là des jeux d’une imagination tendre en délire, selon les « Lettres »  de Gounod. La mort n’est pas forcément identique à la mort corporelle, celle qui met un point final à notre existence. Toute vie se trouve soumise à des « morts » successives et répétées, des métamorphoses. Le meilleur exemple reste la Reine de la Nuit. Tout comme son astre fétiche, elle apparaît et disparaît tour à tour, à jamais insaisissable, pourtant très présente. Les dieux eux-mêmes se ravisent, tel Neptune, qui renonce à réclamer la victime promise. L’idole impitoyable des débuts admet sa défaite : «Oui, l’amour a vaincu/ Sa faute est pardonnée/par le ciel, à Idoménée. L’action transforme les personnages, tout comme la vie impose des changements.

 

4. Tapage, emportements et criailleries autour des machines

 

Quelle aubaine, un nouveau sujet de joutes, amusant! Il autorise des disputes savantes entre les participants.Comme de bien entendu, deux camps se forment, et les antagonistes se déchirent à belles dents. Rousseau joue les beaux esprits, les moqueurs, et en abandonne au commun l’aspect «grossier».C’est avec condescendance qu’il évoque ce «merveilleux qui avilissait. »[127] Nul besoin de ces béquilles pour l’esprit éclairé. Quel bonheur que le théâtre soit enfin «purgé du jargon de la Mythologie, et l’intérêt substitué au merveilleux, les machines de poëtes et des charpentiers détruites, [...] les dieux chassés de la scène quand on y représenta des hommes.»[128] La Bruyère leur accorde du charme ainsi qu’une raison d’être lorsqu’il écrit : «La machine augmente la fiction,[...] et soutient cette douce illusion.»[129] L’opium du peuple avant la lettre ! Charles Perrault abonde  dans ce sens, pour des raisons semblables : « Dans un opéra tout doit être extraordinaire. [...] Ces chimères, bien maniées, amusent et endorment la raison. »[130]  Terrasson, quant à lui, assure qu’une tragédie mêlée de personnages surnaturels, que l’illusion causée par les machines et par la musique même rend présents à l’imagination enchantée. »[131] En somme, béatitude garantie, sans nul besoin de paradis artificiel. Ignorant ces querelles, et pour satisfaire aux goûts des spectateurs, les artistes prévoient l’emploi quasi immodéré des machines dans la mise en scène de leurs pièces.

 

5. Sur la scène, le Merveilleux en action

 

Salles, décors et machines, costumes, voilà les ingrédients tout trouvés, indispensables pour évoquer les phantasmes du merveilleux. Une esthétique de l’enchantement, un monde parallèle à notre monde historico-naturel. Pas de disparition instantanée, l’aménagement astucieux des trappes y pourvoit. Cependant on assiste à l’ enlèvement par un tourbillon , un raz de marée, un tremblement de terre volcanique, un nuage enchanté... La violence et l’horreur y peuvent trouver une place, par exemple dans les Mystères, dans Don Juan.

 

Le rédacteur du Journal des Débats (du 4 fructidor an IX), relate une scène conforme au désir du philosophe : «L’ouverture offre un coup d’œil magnifique ; on voit sous les portiques du temple d’Isis les prêtres et les prêtresses rangés autour du théâtre, et le pontife au milieu : on n’a rien négligé pour l’élégance, l’exactitude et la richesse des costumes ; la décoration du second acte représentant une vaste avenue de sphinx qui conduit au temple.» Tout est «magnifique», les costumes brillent par leur «richesse», «l’élégance» est au rendez-vous. L’exotisme tant attendu ne manque pas à l’appel. Les sphinx, encore dans leur nouveauté, en témoignent. Voilà pour la  représentation du réel, chère au cœur de Rousseau. Du reste, elle non plus ne saurait se passer des machines. Les peintures à elles seules ne suffisent pas à l’évocation du «beau palais des jardins délicieux, de savantes ruines.» Quant à la « fantasque image du Tartare et de l’Olympe, du char du Soleil »[132] les spectateurs en sont friands, les comptes-rendus des journalistes en témoignent. Cependant le merveilleux ne tarde pas, et surgit sans crier gare, y compris le Tartare et l’Elysée, lorsque notre critique poursuit :

 

Mais surtout [la scène] du dénouement qui transporte le spectateur d’un affreux souterrain dans un palais éclatant de lumières, ont enlevé tous les suffrages. On admire aussi beaucoup le tableau magique de l’Elysée ; c’est une image voluptueuse du paradis de Mahomet ; une foule de jeunes houris y sont mollement couchées sur des gasons, dans un jardin délicieux ; mais on ne voit cela qu’un instant, de même que le tableau du Tartare ; pour ce dernier, on ne désire pas le voir le voir plus longtemps.

 

En outre, l’idée de représenter, de „faire vivre en direct“ l’univers fabuleux des divinités, du souverain des mers, des puissances chtoniennes, que voilà un défi affriolant. C’est bien l’avis du chroniqueur. Il affirme:“Qui diable y résisterait? Il faut le dire à la vérité en parlant du prestige enchanteur, et de l’illusion magique de l’Opéra français.[133]Les termes employés, „illusion, magique“ montrent qu’il n’est nullement dupe de ce qui se déroule sur la scène. Néanmoins, il succombe volontiers au charme de l’éphémère représentation. Le spectateur est, au sens fort du terme, „enchanté, ensorcelé“. Il est vrai que la réalisation s’avère parfois aléatoire, et donne lieu à des scènes désopilantes. Mais qu’importe. Notre fabuliste raconte :

 

Souvent au plus beau char le contrepoids résiste,

Un dieu pend à la corde, et crie au machiniste;

Un reste de forêt demeure dans la mer,

ou la moitié du ciel au milieu de l’enfer.[134]

 

Simple incident technique, maladresse du machiniste ou chaos surréaliste avant l’heure? Ces incidents techniques ne sont pas exceptionnels, puisqu’un autre journaliste constate, contrarié et grognon que: “c’est à peine si j’ai pu sourire lorsque j’ai vu cette trappe ouverte dans le salon de Don Juan pour figurer un gouffre, et Tacchinardi frapper deux ou trois fois du pied pour avertir les démons qui n’étaient pas à leur poste, et qui ne l’engloutissaient pas assez lestement.“[135] Des démons négligents, voilà une nouveauté inattendue. Non seulement ils font la fine bouche devant leur proie, mais encore privent les spectateurs d’un frisson plaisant. Inexcusable! Le mécréant de service note les traits capables d’éveiller la crainte, chez ces dames en premier. Il relève les détails insolites, censés provoquer la terreur, et établit un parallèle avec la musique „aux accords infernaux.“ Il ne manque pas de marquer sa désapprobation personnelle pour „ces cinq minutes mortelles“ à vrai dire ennuyeuses, agaçantes à son idée. En effet, il écrit :

 

Je voyais toutes les femmes s’enfuir […] à la vue de ce revenant qui chante pendant cinq mortelles minutes un  De Profundis en faux-bourdon; le bruit des clefs, les gémissements des portes qui s’ouvraient […] Tout cela formait un accompagnement très analogue aux accords infernaux que Mozart a prêtés à l’ombre de ce pauvre commandeur.

 

Don Juan emporte sans conteste la palme pour ce qui est de jouer sur la fibre d’une délicieuse frayeur. Les comptes-rendus, avec un bel ensemble, vantent les mérites de la pièce dans ce domaine. Pour mieux esprimer leur opinion, ils usent de termes contradictoires qui s’excluent l’un l’autre comme „terrible“ et „comédie“ ou encore plus évocateur, „un beau affreux“. Ils sont „du plus grand effet“. En voici deux exemples:

 

Cet opéra est calqué, pour les paroles, sur le Don Juan de Molière. Mais si le Festin de Pierre est une pièce déjà si  terrible pour une comédie, qu’on juge ce qu’elle doit être à l’Opéra. Aussi le spectacle est-il d’un beau affreux. Ici, c’est une éruption du Vésuve avec tous ses accompagnements; là c’est une vue des Enfers, des démons, etc.[136]

 

Mais ce qui a unanimement ravi tous les suffrages, ce sont les accessoires.. D’abord la magie des décorations, notamment l’éruption du Vésuve […] a fourni un spectacle à la fois terrible et magnifique, et un à propos du plus grand effet; de même que l’Enfer et les démons au dénouement […].[137]

 

Délicieuse émotion que d’imaginer le coup de chaud qui attend l’incorrigible mécréant. Phantasme plaisant de le voir englouti par le gouffre des maudits. Au procès de la dernière chance, il a couru le risque du refus. Le voilà devenu la proie de l’antre de la perdition.C’en est fini, bien fini des forfanteries et autres rodomontades. Les délices du roué touchent à leur terme. Le couple terreur/attrait atteint un zénith.

 

En vérité, ces persiflages  sur mode musical, par journaux ou périodiques interposés, masquent l’avènement d’une pensée nouvelle, tant dans le monde musical que dans celui de la société. Ces escarmouches n’en sont qu’une manifestation. Enfin, citons la pensée d’un chroniqueur convaincu de l’utilité des machines, mais désolé par les fausses notes fortuites.Cependant, il soupçonne les machinistes d’un manque de diligence, pire, d’incompétence. Suit sa plainte offusquée :

 

Il n’est même pas présumable que, sans magie, les vastes murs d’un temple s’écartent ou se rapprochent: on sent le chassis qui s’éloigne à bras d’homme, et l’illusion est détruite. […] On n’a réussi à offrir aux yeux que deux des épreuves, celles de l’eau et du feu; la troisième, celle de l’air a été offerte d’abord sous la forme d’un homme volant; on y a renoncé et on a bien fait; mais ne seroit-il pas possible de la présenter autrement; et nos décorateurs sont-ils moins bons machinistes que ne l’étaient  les prêtres de Memphis ? Le temple de la lumière est magique sans doute; cependant la lumière n’y éblouit pas assez les yeux […] Il faudroit trouver le moyen d’éclairer, d’une manière plus vive, ce palais.[…].[138]

 

Comment ! On ose frustrer notre spectateur des merveilles sans pareilles qu’il espérait goûter? Certes, il n’était pas venu en gogo. Néanmoins, on lui refuse  un moment de quiétude, le moyen d’oublier le quotidien, le temps d’un opéra. Il n’est pas venu pour voir la consternante réalité des coulisses, se sent grugé, et le proclame. Au passage, sa remarque acide égratigne les machinistes. Voyons, ils devraient être en mesure d’égaler, voire de dépasser leurs ancêtres de Memphis.

 

Le mot de la fin revient sans conteste à Gounod écrivant au plus fort de son enthousiasme quasi délirant. Il dépeint un spectacle grandiose, peut-être un brin grandiloquent au goût des adversaires de la musique venue d’un pays étranger aux idées  farfelues . Gardons aussi en tête que Gounod est un chef de file des défenseurs de la musique de Mozart. «Don Juan expire enfin au milieu d’un véritable incendie musical, double apothéose de la justice céleste et du génie humain.»

 

IV. Les artistes français du  XIXe siècle au service de l’œuvre de Mozart

 

La scène française connaît une longue tradition de la danse. Louis XIV lui-même avait, en son temps, participé à un ballet et dansé sur scène. Le public français en est friand. On peut dire qu’il accorde une estime disproportionnée aux danses. Si nous en croyons le Journal des Spectacles, « La bonne société n’arrive plus à l’Opéra qu’au moment du ballet. On entend voler une mouche quand Vestris, Mme Clotilde, Mme Gardel dansent. On tousse, on crache, on jase, on minaude quand Alceste ou Iphigénie chantent.» Comportement aberrant ? Sans nul doute pour les spectateurs du XXIe siècle. Cependant, ne perdons pas de vue les us et coutumes de ce temps. Le spectacle se déroule tout autant dans la salle que sur la scène. C’est un évènement mondain, une occasion pour la bonne société d’exhiber son statut, par le truchement de sa présence, de ses vêtements et bijoux, en un mot, de tous ses atours.

 

Les citations suivantes, publiées dans le Journal de l’Empire à propos des représentations de Don Juan, témoignent de la même admiration et du même manque de discernement. Le ballet, voilà l’appât qui empêche que la soirée tourne à la corvée rébarbative. «Mozart devait éclipser Gardel, mais il en est tout autrement arrivé. La danse a obtenu une très-grande part dans le triomphe ; Gardel a bravement soutenu l’assaut contre Mozart ; ses ballets [...] ont lutté avec avantage [...] contre toute l’harmonie allemande.» [139]

 

1. La place insigne des ballets

 

Le chroniqueur se hasarde jusqu’à attribuer  la réussite de la pièce aux seuls mérites des ballets salvateurs. Au passage, il accorde son approbation à certains danseurs, et en tance d’autres, marque ses réserves  à l’égard de ceux qui ont manqué d’ensemble au cours de leur prestation. Les ballets ont préservé d’un «affront le génie de Mozart.»

 

Le succès de l’ouvrage eût été encore plus douteux, sans les ballets de M. Gardel ; c’est lui, si j’ose le dire, qui a le plus contribué à préserver d’un affront le génie de Mozart. [...] Les danses des pêcheurs et des villageois, au second acte, forment des tableaux pleins de grâce et de fraîcheur. On a surtout remarqué un pas de deux très bien dansé  par Vestris et  madame Gardel,  et un pas de trois d’une gaîté folle, que monsieur Beaupré a dansé d’une manière fort originale avec mesdames  Taglioni et Mareiller. Beaupré n’est peut-être pas un danseur très correct, mais il est animé, il est plaisant, et, pour cette raison, fort goûté du public. On a moins goûté un joli pas de quatre dansé par Beaulieu, Branchu, et mesdames Millière et Nalley ; la faute en est aux deux danseurs qui ont manqué d’ensemble ; l’un se trouvait toujours en l’air, quand son camarade retombait à terre. Le troisième acte offre un superbe pas de deux dansé par Henry et madame Clotilde. Les mouvements les plus nobles, les plus beaux développements, un à plomb admirable, leur ont assuré à l’un et à l’autre de très vifs applaudissements. Henry s’est particulièrement surpassé ; ce jeune danseur, par l’élégance de sa taille, et le beau caractère de sa danse, doit être dès à présent placé au premier rang. Son succès eût été encore plus complet, s’il fût rentré dans la coulisse avec plus de noblesse, et non pas par des sauts de pâtre, et comme s’il n’était déjà plus sous les yeux du public. Mais de tous ces pas, celui qui, sans contredit, l’a emporté sur tous les autres, c’est un pas de quatre en forme d’allemande, très bien dansé par Aumer, et mesdames Vestris, Félicité, Hutin et Mareiller. Il est délicieusement dessiné ; toutes ces molles attitudes, tous ces enlacements si divers, semblaient avoir été composés par le plus habile des peintres ; et, pour compléter le succès de ce pas, les quatre femmes étaient habillées et coiffées  d’une manière très piquante : tout, dans ce pas, contribuait également à enchanter les regards.

 

Ces «molles attitudes», ces «enlacements si divers» feraient-ils écho aux paroles de la marquise de Sévigné, et aux alarmes du moraliste ? D’autant que les femmes étaient «habillées et coiffées d’une manière piquante.» Sans nul doute, Rousseau aurait approuvé que les regards du spectateur soient ainsi sollicités, «enchantés.» Néanmoins, le journaliste s’autorise à regretter le «manque d’ensemble» de deux danseurs, et les «sauts de pâtre» d’un artiste prometteur. Fausses notes. On sait fort bien que la danse est une rivale redoutable pour la musique. Lors des représentations des Mystères d’Isis, le chroniqueur affirmait que la danse est un remède contre l’ennui du poème. Gardel aurait bien fait de doubler la dose du remède, puisque l’auteur a doublé la dose de l’ennui. Pour persuader les auditeurs/spectateurs du bien-fondé de son assertion, il insiste sur l’aspect médicinal des ballets. Eux seuls attirent et maintiennent l’attention. Nulle musique ou chant ne peuvent se mesurer à leur agrément.

 

L’on regarde les danses avec plus d’attention qu’on n’en met à écouter les chants : les pas de madame Gardel excitent plus d’admiration que les sons des cantatrices ; et il n’y a point de morceau d’ensemble dont l’harmonie soit plus agréable et plus flatteuse que celle du pas de cinq ou quintetto de danse du troisième acte, espèce d’allemande d’un genre nouveau.

 Il est vrai que Gardel a une jolie armée bien leste, bien brillante, qui ne fait pas autant de bruit que celle de Mozart, mais qui n’en produit que plus d’effet.[140]

 

Le Conservatoire forme les artistes en deux Ecoles spéciales ; l’une de Musique, l’autre de Déclamation. Les études sont destinées à «entretenir et propager le goût de l’art musical dans la société, former des musiciens pour le service des armées et pour celui des orchestres, fournir les théâtres de sujets pour les différents genres de l’art dramatique. La danse y tient le premier rang. C’est très apparent dans les articles de la presse. Avec un brin de morgue et de suffisance, l’Almanach général nous apprend «qu’il y a longtemps que les écoles des Gardel, des Milon et des Coulon sont considérées comme les pépinières choréographiques [sic] des principaux théâtres de l’Europe.» Sans doute pour mieux convaincre ceux qui oseraient en douter, l’engeance des sceptiques, on pratique la surenchère : «On a observé avec douleur que lorsqu’un membre de cette célèbre académie dansante est assez ingrat pour courir le monde, et chercher fortune ailleurs, à son retour, [...] ce n’est plus qu’un danseur ordinaire des provinces.»

 

L’Almanach général brosse le portrait de Gaetano Vestris, l’un des artistes les plus courus, les plus célèbres, des scènes parisiennes, très imbu de sa personne. Sans vergogne, il s’attribue le qualificatif «de grand.» Le voilà devenu le pair de Voltaire et du roi de Prusse. En outre, c’est indubitable, le «diou» de la danse, encore lui ! C’est en 1748 qu’il débuta à l’Opéra. Il quitta le théâtre en 1781, pour reparaître  par intervalles en 1795, 1799 et 1800. Son fils Auguste débuta en 1774.

Nul n’eut plus de grâce que Vestris. Jamais on ne dansera le genre sérieux comme lui, qui est le seul caractère digne de figurer sur un théâtre tel que l’Opéra, qui devrait bien se lasser de ces tours de force et des gambades qui ont fait la fortune des danseurs de nos jours ; il se faisait appeler « il diou » de la danse. » Il disait d’ailleurs que seuls trois hommes du siècle méritaient d’être appelés « grands », lui-même, Voltaire et le roi de Prusse. Vestris mourut en 1808, âgé de 81 ans. [141]

 

Dans ce monde ébranlé sur ses bases, tant politiques que sociales et musicales, voici une version renouvelée, retouchée, de la Querelle des Bouffons, des Anciens et des Modernes. C’est du moins l’opinion du rédacteur. Il en profite pour analyser les danses par le menu, tout en livrant ses appréciations sur chaque artiste. Il se surpasse sur le mode élogieux. Les danseurs font preuve «de grâce, de gaîté folle, et exécutent des pas délicieux.» La seule fausse note est due à «deux danseurs qui manquaient d’ensemble.» Il manque de bons-points à octroyer.

 

Enfin, on met en pleine lumière le génie de la danse française, Vestris. Lui-même ne pèche pas par excès de modestie. Le Journal des Débats du 4 fructidor an IX se répand en dithyrambes à ce propos. On dirait presque qu’il cherche les termes les mieux appropriés à son ardeur enfiévrée. Les dieux et les déesses de la danse rivalisent de grâce, de souplesse. Bref, ils mettent tout leur savoir-faire en œuvre, pour envoûter leur public

 

Les ballets sont d’un goût exquis et d’un dessin très ingénieux ; celui qui termine le quatrième acte, étonne surtout par la multitude de talents qu’il rassemble avec profusion ; toutes les déesses de l’opéra, les Gardel, les Clotilde, les Chameroi, les Chevigni, les Saulnier, les Coulon ; d’autres nymphes non moins gracieuses quoiqu’elles ne fassent pas tant de prodiges [...] Toutes à l’envi déploient leurs grâces et leur souplesse ; [...] tous les dieux de la danse disputent de vigueur et de légèreté ; qui pourrait calculer le nombre des pirouettes ?...

 

A dire vrai, l’auteur n’est pas chiche de superlatifs. Les dieux, les déesses, les nymphes sont au rendez-vous, au grand dam de Rousseau, qui se plaignait de ce que les «inventeurs de l’opéra s’avisèrent de transporter la scène aux Cieux et dans les Enfers.[142]

 

Le Journal de l’Empire que Mozart hérisse, s’intéresse à  «la noblesse et à la grâce du jeu»  ainsi qu’à «la très belle voix » de mademoiselle Pelet. Ni le poème, ni la musique ne lui importent. La danse, au contraire, le comble d’aise. Il soutient que :

 

Les  danses sont une des grandes parures de DON JUAN ; et parmi les danses, on distingue toujours le quintetto, ou espèce d’allemande à cinq. Les diverses figures de cette danse si gracieuse, la manière dont les figures s’entrelacent et se groupent, causent toujours un plaisir nouveau. [143] 

 

Le Publiciste[144] soutient à son tour, sans sourciller, que les ballets ont sauvé Don Juan du naufrage. N’est-ce pas là un réflexe de repli sur ce qui est familier, des habitudes  vouées à disparaître ? Deux décennies plus tard, le journaliste de La Pandora le concède à regret : « Pauvre chant ! pauvre opéra ! c’est toujours à la danse qu’il faut revenir quand on parle de l’Académie royale de Musique, [...] l’Opéra danse toujours, crie un peu, ne chante guère et tombe souvent.[145]

 

2. Les chanteurs

 

Depuis le 17e siècle, l’Ecole de Chant de l’Opéra formait des élèves à la technique du chant et à l’art lyrique. A partir du XVIIIe siècle, le Conservatoire, ce suppôt de la Révolution, contribuait à élargir et à compléter la formation des futurs artistes. Ces établissements se trouvaient en concurrence pour les moyens et les méthodes de formation. Remarquons également que certains chanteurs étaient connus dès l’Ancien Régime, ils avaient participé aux manifestations du Concert Spirituel. Le rédacteur ne manque pas de critiquer l’enseignement du Conservatoire au  travers la manière de chanter des artiste. Quelle aubaine ! M.elle Pelet est accusée « de cris aigus, d’intonations fausses.[146] On écrit aussi que «M.elle Himm n’est pas exempte de reproche [...] Elle possède un volume de voix assez considérable pour se faire parfaitement entendre sans avoir recours à des moyens destructifs de tout chant.[147] C’est la mode de «l’aboiement». Dès 1752 le baron Grimm écrivait : « Chanter, terme honteusement profané en France, et appliqué à une façon de pousser avec effort des sons hors de son gosier et de les fracasser sur ses dents par un mouvement de menton convulsif ; c’est ce qu’on appelle chez nous crier.[148] Mozart confirme cet état de fait dans une de ses  lettres : «Les chanteurs et chanteuses de l’Académie royale ne chantaient pas ; ils criaient, hurlaient du nez, du gosier, de toute la force des poumons.[149] Le chroniqueur du Journal des Débats, courroucé se plaint de ce que «les tympans [sont] si excoriés, les nerfs si agacés par leur horrible cacophonie.[150] Mme  Maillard, une grande cantatrice à ses débuts, fut victime de cette coutume de l’urlo francese. Un étranger de passage remarque, stupéfait : « Plus elle s’agite, plus elle rugit, plus les bravos et les trépignements retentissent. [...] Et comme les appointements sont en raison des bravos, ces jeunes artistes sont contraints de se démener et de crier quoiqu’elles en aient.[151] Les chanteurs ne sont pas épargnés, puisque le rédacteur affirme : « Jamais Mr Lainez n’a mieux joué, jamais peut-être il n’a crié si fort, c’est une maladie qui gagne.[152] Lorsque Laïs se retira de la scène,il n’était plus en mesure de contrôler sa voix fatiguée et forcée. Castil-Blaze relate que : « Sans aucune transition, il passait des sons vaporeux, imperceptibles, de son fausset, au tonnerre de sa voix de poitrine.[153] Les journalistes ont souvent la dent dure.

 

3. Quelques chanteurs réputés du XIXe siècle

 

Mozart, fasciné par la voix humaine, composait des airs dédiés à des personnes connues pour l’étendue, la vélocité, le timbre, la couleur de leur voix. Mozart a su exploiter toutes les qualités de cet instrument. Certaines combinaisons, déployées d’abord pour Aloysia, haut soprano colorature, donneront des sueurs froides à d’autres cantatrices. Il écrit aussi pour Raaf, un des plus grands chanteurs de son époque, à la voix d’une ampleur hors norme : le grave d’une basse, l’aigu d’un alto. On dit sa technique sans égale. Mozart affirmait que ces chants devaient leur convenir comme un habit bien fait. Reste aux artistes français à transposer ces airs au bénéfice du public de notre pays.

 

Les noms de François Lays, Etienne Lainez, Augustin Chéron, Dérivis et Roland, paraissent le plus souvent du côté des chanteurs ; chez les femmes, on note mesdemoiselles Maillard, Armand, et Caroline Branchu. François Lays fut le plus fameux d’entre eux. Le critique apprécie « sa voix harmonieuse et flexible.»[154] On entendit ce chanteur durant plus de quarante ans, dans des centaines d’opéras dits « classiques» comme ceux de Gluck et de Piccini.Il créa le Figaro en 1793 et Papageno en 1801. Il a abordé des emplois très différents. Fétis l’entendit souvent et juge sa «vocalisation lourde.» Néanmoins le compositeur conclut sagement : «ses défauts étaient ceux de son temps.» Figaro de la parodie française des Nozze, Bochoris-Papageno des Mystères d’Isis, Lays sut profiter de sa popularité et de celle l’opéra pour obtenir que l’on augmente ses cachets. La carrière d’Etienne Lainez fut longue, elle aussi. Le public lui accorda plus chichement sa faveur qu’à Lays. Dans les Mystères d’Isis, il représenta Isménor-Tamino. Le critique estima qu’après trente ans de carrière, le rôle d’un jeune prince amoureux ne lui convenait plus guère. Lainez prit sa retraite en 1810, pour prendre la direction de l’Opéra de Lyon. Roland était également réputé. Néanmoins les critiques ne le ménageaient pas. Voici quelques avis le touchant :

 

Cet acteur a une assez bonne méthode ; mais sa voix manque d’étendue et de vigueur.[155]

Roland, jeune chanteur plein de goût, et qui sait faire valoir ses faibles moyens avec beaucoup d’intelligence. [...] Son talent supplée aux qualités physiques qui lui manquent. [...]Son excellente méthode de chant répare ce qu’il peut y avoir de défectueux dans son organe ; on lui a même redemandé un petit air, qu’il a chanté très agréablement.[156]

 

Le Publiciste n’épargne pas le chanteur, ni pour ses talents d’acteur, ni pour son chant. En effet, voici son avis, qui tient de l’exécution publique. 

 

Roland, le seul pourtant à qui on pût confier le rôle de Don Juan, l’a joué mesquinement ; il n’a pas fait attention que la fatuité d’un noble castillan devoit avoir un autre caractère  que celle d’un jeune homme de la Chaussée d’Antin, & que la gravité espagnole n’admettoit pas de continuelles pirouettes sur la pointe du pied. [...] Son chant a laissé moins à désirer.[157]

 

L’Allgemeine  Musikalische Zeitung, résume ces avis dans son article en date du 16 octobre 1805. Le rédacteur expose son point de vue : «Le jeune Roland, [...] est certes un petit homme estimable, bon chanteur et acteur pas si malhabile que cela, encore inexpérimenté mais très travailleur, plein d’application aussi dans ce rôle ; cependant sans le potentiel nécessaire pour des rôles importants ou même des premiers rôles.  L’acteur ne déclenche guère l’admiration.» Le journaliste expédie les autres chanteurs par une formule imprécise ou encore lapidaire. Ainsi «Chéron déclame plus qu’il ne chante le beau rôle du grand-prêtre. Le Courrier des spectacles manifeste une opinion mitigée. La voix du chanteur a perdu de sa fraîcheur et ses sons sont tremblants et mal assurés. [...]Celui [le rôle] de Bocchoris appartenait de droit à Lays, il y déploie de très beaux moyens [...][158] Mademoiselle Henry chante bien l’air difficile du second acte. Cet air de Bocchoris, «chanté délicieusement par le cit. Laïs.[159] François Lays interpréta jusqu’en 1823 des centaines de rôles d’opéras. Quant à Derivis, « il n’a point la physionomie de son rôle, il a moins encore la voix convenable au style dans lequel ce rôle est écrit.[160]

 

Le Courrier des Spectacles publie le 12 fructidor an IX la lettre d’un lecteur, M. Ballin. Cette personne distribue les louanges comme aussi ses réserves avec équité quant aux artistes qui ont joué un rôle dans les Mystères d’Isis, autant aux chanteurs qu’à leurs collègues féminines. D’une seule envolée, on nous présente tous les acteurs, chanteurs et danseurs.

 

Les acteurs font briller dans cet ouvrage le talent que le public leur connaît depuis longtemps. Chéron, dans le rôle de Zarastro, obtient de fréquents applaudissements que mérite sa superbe basse-taille. Néanmoins elle a perdu de sa fraîcheur, et ses sons, quoique pleins et nourris, sont tremblants et mal assurés. Depuis trente ans Laisnez est en possession de plaire au public, par son jeu noble, rempli de feu et d’expression : on a regretté que sa voix, dans le rôle d’Isménor, ne répondit pas au charme qui se trouve répandu dans les airs qu’il chante. [...] Laïs est très plaisant dans le personnage de Boccoris. Tous les morceaux qu’il chante sont d’une mélodie enchanteresse ; il y fait admirer son précieux talent, surtout dans le cantabile.

 

Melle Maillard possède une voix presque masculine ; elle fait entendre dans le rôle de Mirrene, des sons graves qui ont forcé les applaudissements par leur pureté.La méthode de Melle Henry est celle d’une bonne école ; Le personnage de Mona acquiert de l’intérêt confié au talent de Melle Armand. On connaît la beauté de sa voix et l’excellence de sa méthode ; elle la perfectionnera sans doute encore, et mérite déjà d’être comptée parmi nos meilleures cantatrices. [...] Le talent des Vestris, des Clotilde, des Gardel, contribuèrent à donner aux représentations de cet ouvrage, une magnificence et un luxe qu’on chercherait en vain sur aucun autre théâtre du Monde. 

 

Dans ce monde en plein bouleversement musical, politique et social, voici une version renouvelée, retouchée, de la  Querelle des Anciens et des Modernes/Querelle des Bouffons. C’est du moins l’opinion du rédacteur de l’article. Il en profite pour analyser  les danses par le menu, tout en livrant ses appréciations sur chaque artiste. Il se surpasse, sur le mode élogieux. Les danseurs font preuve de grâce, de gaîté folle. Ils exécutent des pas délicieux. La seule fausse note est due à deux danseurs qui manquaient d’ensemble. «Il n’y a pas assez de danses dans les MYSTERES d’ISIS. On sait que la danse, rivale de la musique, est un remède contre l’ennui du poëme. Gardel auroit bien fait de doubler la dose du remède, puisque l’auteur des paroles a doublé la dose de l’ennui. »[161] Seuls, les ballets attirent et maintiennent l’attention.. «L’on regarde les danses avec plus d’attention qu’on n’en met à écouter les chants : les pas de madame Gardel excitent plus d’admiration que les sons des cantatrices ; et il n’y a point de morceau d’ensemble dont l’harmonie soit plus agréable et plus flatteuse que celle du pas de cinq ou quintetto de danse du troisième acte, espèce d’allemande d’un genre nouveau.»[162]

 

Mozart n’a pourtant rien découvert d’extraordinaire. Sa musique éveille en nous l’arc-en-ciel de nos sentiments : autant la joie de vivre que la répulsion devant la mort. Elle nous séduit, car elle reflète nos faiblesses et nos passions, renouvelées au fil des générations. Elle exprime avec véracité ce qu’est une vie humaine.  C’est pourquoi elle rassemble des êtres venus de tous les horizons, touchés par un agrément  et/ou une épouvante commune. Il nous rappelle qu’en toute vie se mêlent insouciance et gravité, tragique et bouffon. Cette communion humaine relèguera à l’arrière-plan les aigreurs nationalistes, et les disputes sur les valeurs harmonie/mélodie, ainsi que de la supériorité éventuelle et très relative, de l’une ou de l’autre. En somme, les Français adopteront Mozart, sa musique et ses opéras, tout en les présentant à leur manière. Ils leur confèrent une saveur «à la française» Ces accommodements, grâce aux modèles communs, défiant l’espace et le temps, agrègeront le musicien et son œuvre au patrimoine français.

 

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonçait le principe de la liberté de la presse. « La libre communication de la pensée et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc écrire, parler, imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Cette nouvelle donne entraîne à la fois la disparition, très provisoire, du système de contrôle de la presse et une véritable efflorescence de publications de tous horizons. Las, cet enthousiasme sera bien vite bridé.

 

Cependant, il est légitime de dire que l’essor de la presse au cours de la première moitié du XIXe siècle, est une source unique, irremplaçable, de connaissance de la vie politique, économique, littéraire et artistique. La presse attire l’intérêt, et le focalise sur un thème ou une personne et oriente l’opinion. C’est grâce à son entremise que les positions et les idées des spécialistes débordent le cercle des initiés, et se diffusent parmi un public plus vaste. C’est par le feuilleton du Journal des Débats, entre autres, que nous retrouvons les dates et les lieux des représentations, ainsi que les appréciations des journalistes. « Il inaugure l’ère des feuilletons sur des matières de critique littéraire.[163] Les feuilletons de Geoffroy contribuent pour beaucoup  à son succès.

 

I. Situation politique instable, corollaires pour la presse

 

Dès 1792, la Commune insurrectionnelle s’active pour couper court à  la circulation des  «journaux aristocrates». La Convention vote, en 1793, une loi sévère destinée à surveiller la presse de près. «La loi des suspects» balaie tout ce qui est défavorable au comité de salut public. Le Directoire établit une liste des journaux  «autorisés.» L’avenir du pays était alors livré à tous les hasards de la guerre. C’est pourquoi, «la liberté est ajournée jusqu’après la guerre.[164]

 

1. Napoléon et la presse

 

Conscient de l’influence de la presse, Napoléon se sert des journaux pour faire accepter son autorité et ses réformes. Il organise sa publicité, dirions-nous. Le 27 nivôse an VIII (17 janvier 1800), il signe un décret qui supprime soixante-treize journaux parisiens. A part les journaux littéraires ou de mode, Napoléon en garde seulement treize, dont le Moniteur, journal officiel du régime. Le ministre de la police, Fouché, dirige une commission de censure redoutable. Le Journal des débats, fondé en 1789, se voit soumettre à un censeur d’office, payé par le journal, pour contrôler les articles politiques. Parmi tous le plus populaire, il deviendra le Journal de l’Empire en juillet 1805. Napoléon soutient en 1802 que la liberté de la presse mènerait bien vite à l’anarchie En 1810, l’empereur crée la direction générale de l’imprimerie et de la librairie. Il limite ainsi  le nombre des imprimeurs, et surveille au mieux les personnes qui publient des articles. En décembre 1810, il ne reste que Le Moniteur, Le Journal de Paris, La Gazette de France, et Le Journal de l’Empire. Ils ne peuvent imprimer sans autorisation. En décembre 1811 la censure devient générale. Et notre auteur de conclure avec beaucoup de justesse : «La nécessité des dictatures, les malheurs de la patrie, ont toujours été, depuis 1789 jusqu’en juin 1848, les causes des vicissitudes de la presse.»[165]

 

Cependant il est intéressant de noter l’effervescence de l’édition à l’époque  du Consulat et de l’Empire. Napoléon Bonaparte a participé dans une grande mesure à propager et à conserver le patrimoine musical. Le Premier Consul  a influé  sur la pratique de la musique de son temps, sur la vie musicale dans des lieux qu’il a fondés, comme la Maison d’Education de la Légion d’Honneur de Saint Denis. La réalité musicale et la réalité institutionnelle se rencontrent, parfois.Un admirateur d’importance vole au secours de Don Juan. En effet, le 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805), Napoléon écrivait : « J’ai entendu hier au théâtre de cette cour l’Opéra de Don Juan ; j’imagine que la musique de cet opéra est la même que celle de l’opéra qu’on donne à Paris. Elle m’a paru fort bonne.»

 

2. Publications importantes, leur rayonnement

 

La critique musicale fait irruption dans la presse dès le XVIIIe  siècle, en même temps que la critique littéraire et la critique d’art. Les critiques s’appliquent avant tout aux concerts et aux opéras. En général, les auteurs font preuve d’une bonne formation littéraire. Cependant, dans le domaine musical, leurs connaissances demeurent limitées. Au XIXe siècle la critique musicale prend de l’envergure, et son envol se manifeste par les nombreux comptes-rendus dans des imprimés tout aussi nombreux, tant quotidiens qu’hebdomadaires. Le passage suivant met en évidence le rôle appréciable de la presse : « Malgré toutes les menées de certaines gens, malgré certains articles de feuilletons, l’opéra de Cosi fan tutte a mis le comble à la très juste renommée dont jouit Mozart parmi les véritables amateurs de l’art musical. [...] Tout est réuni dans cette production du génie le plus fécond et le plus original.»[166]

Charles-Joseph Panckoucke (1736-1798) écrivain et éditeur français a fondé deux revues célèbres, le Mercure de France et le Moniteur Universel. On lui doit également La clef du Cabinet des souverains censuré puis supprimé sous le Consulat. Le Journal des débats, fondé dès 1789, reproduisait le procès-verbal des débats de l’Assemblée nationale sous le titre de Journal des débats et des décrets. Napoléon Ier changea ce titre en Journal de l’Empire, (1805-1814). Hector Berlioz, Castil-Blaze et Jean-Julien Geoffroy comptent parmi ses collaborateurs célèbres. Castil-Blaze, musicographe, critique musical, compositeur et éditeur français étudia la musique à Paris, au Conservatoire de musique. Son travail «d’arrangeur» fut durement critiqué. Lui-même soutenait, non sans raison, qu’ainsi une partie du public pouvait se familiariser avec l’opéra. A partir de 1820, il publie des Chroniques Musicales dans le Journal des débats. Ce journal, l’un des premiers, propose des comptes-rendus d’ouvrages, des critiques de spectacles et de nombreuses variétés. La rubrique devient quotidienne et petit à petit les autres journaux imitent cette façon de faire. Par valeur et la qualité de ses articles, il est devenu un des grands journaux du XIXe siècle, une référence pour les historiens Les articles sont rarement signés. Geoffroy, journaliste attitré des Débats, se reconnaît à son ton acrimonieux. Il donne libre cours à sa fierté nationale outragée. Ducray-Dumesnil rédige les feuilletons des Petites Affiches, et Brunot ceux des Affiches, annonces. Cependant on ignore le plus souvent le nom des journalistes. Ce sont des «hommes de lettres», par définition d’une aptitude restreinte dans le domaine musical. Geoffroy est sans doute le journaliste le plus actif. Opposé aux modernes, donc aux idéaux révolutionnaires, il attaque sans ménagement les Philosophes, Voltaire surtout. De formation littéraire, il ne juge guère que le livret. Les théories classiques orientent ses opinions musicales. Néanmoins, il a joué un rôle décisif dans la sensibilité musicale de l’Empire. C’est un tenant de l’Ancien Régime, chauvin, modelé par les conceptions classiques, hostile à la nouveauté. A ce titre, il représente le parfait spectateur moyen de l’époque. Geoffroy a réuni dans son Cours de littérature dramatique divers articles, en particulier trois textes concernant Mozart, les représentations des Mystères d’Isis, de Don Juan et de Cosi fan tutte.[167]  Citons, par la même occasion, les Tablettes de Polymnie.[168] Dès 1798, l’Allgemeine Musikalische Zeitung donne le La de la parution des journaux musicaux spécialisés, en Allemagne  Ce n’est que sous la Restauration qu’apparaîtra une véritable presse musicale, notamment en 1828, grâce à la Gazette musicale de Fétis.[169] Castil-Blaze collabora à cette revue. Désormais, des personnes ayant étudié la musique, des compositeurs, des musicographes, des interprètes, donnent leur avis aux côtés des hommes de lettres. En 1835, le Journal des Débats, engage Berlioz en qualité de critique musical. Ses articles font sensation, mais lui valent également de nombreuses animosités.

 

3. Biographies de Mozart

 

La presse, toujours elle, familiarise les Français avec la vie du musicien, en publiant  des détails de son existence. Mozart entreprit en 1789  un voyage menant de Vienne à Leipzig, ensuite à Berlin. Après un arrêt du 25 avril au 5 mai à Berlin, il s’en retourne à Leipzig. Il revient une nouvelle fois vers le septentrion pour une dizaine de jours. Il quitte Berlin le 28 pour rentrer à Vienne. Il séjourna environ trois semaines à Berlin et à Potsdam.

 

Ce séjour est à l’origine d’anecdotes célèbres, relatées par Friedrich Rochlitz.[170] Ce musicologue, grand admirateur de Mozart, avait rencontré l’artiste à Leipzig, et publié une collection de récits dans l’ Allgemeine Musikalische Zeitung. Jusqu’ici, on ne disposait pas de biographie de Mozart en français. Voilà qu’il en paraît deux, coup sur coup : celle de Winkler, un Alsacien, et celle de l’Allemand Cramer.[171] Ce sont les premières biographies, hagiographiques, de Mozart, dans notre langue. Elles introduisent les Français dans le monde de Mozart.  Dès 1801, les Français pouvaient lire l’œuvre de Théophile-Frédéric Winckler,[172] Strasbourgeois de nationalité française. Carl Friedrich Cramer, un Allemand, fait paraître sa propre traduction dans le Magasin Encyclopédique. Plus tard, elle fut éditée sous forme de brochure. L’auteur avertit le lecteur qu’il s’est servi du nécrologe de Schlichtegroll. Winckler y ajoute la traduction des anecdotes fournies par Rochlitz. Le texte, bien qu’issu de deux sources, donnait l’impression d’un ensemble vraisemblable, cohérent. L’Allemand Karl Friedrich Cramer[173] reprenait en grande partie des articles publiés dans l’Allgemeine musikalische Zeitung. Ces deux documents seront, pour longtemps, les seuls dont les Français auront l’usage. Grâce à eux, une suite d’anecdotes merveilleuses, le « pendant », en quelque sorte de la légende dorée de Jacques de Voragine. Mozart sera paré de tous les attributs d’une figure d’au-delà du réel, élevée au rang des dieux

 Cramer se voulait un grand médiateur entre les cultures française et allemande. Lors de la représentation des Mystères d’Isis, il défend les citoyens Lachnith et Morel de Chédeville pour avoir tenté de rapprocher l’opéra allemand de la tragédie lyrique française. Il avait édité un Magazin der Musik qui suivait la carrière de Mozart avec bienveillance. Suard publia en 1804  ses Mélanges de Littérature qui renferment un extrait des «Anecdotes sur Mozart.»

 

4. L’après Mozart : de la réalité à la fiction sublimée

 

L’instant même de la mort du maestro signe celui de la naissance du mythe Mozart. Tant à cause du doute qui plane sur la raison précise de son décès, que de l’incertitude à propos du destinataire du Requiem. L’incompétence des médecins s’y greffant, le terreau est prêt pour les théories saugrenues et les fables rocambolesques. C’est pour cette raison que le mythe Amadeus prendra tant de vigueur. Notre époque scientifique armée de tous ses accessoires n’a pas davantage réussi à résoudre l’énigme. La représentation des Mystères d’Isis, œuvre propice elle aussi aux spéculations de toutes sortes, déchaîne les controverses parfois virulentes. Le nom de Mozart est sur toutes les lèvres.

 

La planète Mozart est désormais sur sa lancée. L’année 1801 portera à son comble l’enthousiasme des «mozaromanes», les dilettanti, tandis que l’exaspération des «mozartophobes» en croîtra d’autant. Une nouvelle fois une véritable atmosphère de guerre civile reprend ses droits. C’est la troisième flambée, pas moins fougueuse que les précédentes. Les adversaires croisent le fer avec conviction, avec une sorte de frénésie ; par presse interposée  ils se montrent hargneux, de mauvaise foi.

 

 

 

II. Appréciations portées sur l’œuvre de Mozart

 

1. Les détracteurs s’en donnent à cœur joie

 

 Le Journal de l’Empire (Journal des Débats) offre à Geoffroy la tribune rêvée pour semer à tous vents, et à tous venants, son opposition à Mozart. Contradicteur féroce, ennemi juré du musicien, il entraîne et excite la meute des objecteurs. Les Tablettes de Polymnie,à leur tour, mentionnent l’appréciation dépitée d’un auditeur chagrin.[174] Au Conservatoire impérial de Musique, au cours des 6e et 7e exercices. (Car c’est ainsi que les concerts s’appelaient.) «L’air de Mozart  n’a produit aucun effet. D’abord, il n’est pas heureux ; ensuite c’est une espèce de Jérémiade musicale qui ne pourrait réussir qu’avec des capucins, si la graine n’en était pas perdue.» Le maître avait composé la symphonie K 297, en l’honneur de la ville de Paris. Pendant chaque carême, la Société des Concerts du Conservatoire programmait le motet K 618, et le superbe motet « Ave verum... cet incomparable morceau, suave émanation du sentiment religieux.»[175] N’empêche, les opposants ne désarment pas. Mozart demeure «peu connu en France, et par conséquent il y était vanté comme un prodige. On avait entendu, aux Bouffons et dans des concerts, quelques morceaux charmants de cet homme singulier.[176]  Appréciation quelque peu acide ! Le rédacteur se méfie des  «prodiges.» Ce sont là des êtres hors normes, difficiles à classer. La réalité correspond-elle à la renommée ou bien n’est-elle qu’une apparence incertaine portée par la rumeur ? Cet homme «singulier», l’expression n’est pas forcément bienveillante. L’originalité n’est pas toujours de bon aloi. «Prodige, singulier», la réserve est de mise, puisque on ne peut le comparer à d’autres. Nulle hiérarchisation possible. D’autant que ses  «morceaux» -des bribes en somme- sont tout juste «charmants.» On ne connaît que peu de chose de ses œuvres, des «morceaux.» L’adjectif «charmant» paraît bien incertain, rien n’annonce un compositeur de  génie. Que de réticences !

 

En ce début de siècle, deux questions s’imposent pour tenter de comprendre les sources du conflit relatif à la réception de Mozart en France. Pour bien saisir les enjeux de l’affaire, ses tenants et ses aboutissants, il est bon de se remémorer que, de son vivant, Mozart a séjourné quelque temps dans notre pays. Passage dans des circonstances plutôt défavorables. Le souvenir de l’enfant prodige était d’ailleurs tombé dans l’oubli.

 Le malheur a voulu qu’il se trouve mêlé à une vive controverse musicale. Dans la capitale, le monde de la musique vit en pleine agitation. Un débat rageur s’élève entre les  gluckistes et les piccinistes, c'est-à-dire qu’il faut départager les mérites des  goûts français et italien. C’est la querelle des Bouffons[177] renouvelée. Tout d’abord les opposants débattent avec ardeur, mais à fleurets mouchetés. Des critiques sévères fusent de la part des adeptes de l’un et de l’autre genre.Toutefois, ils se cantonnent dans les limites de la courtoisie.

 

Mozart refusa de manière catégorique de prendre parti, et on l’ignora donc, sans autre forme de procès. Le  «fidèle ami» Grimm non seulement ne lui apporta nul soutien, mais encore insistait auprès du père pour qu’il rappelle ce fils incapable de se faire accepter dans la capitale. Mozart se trouve donc isolé[178] et son séjour de six mois, de fin mars au début du mois d’octobre 1778, se solde par un échec quasi complet. Mozart se plaint amèrement, écrivant  «Les Français n’ont plus du tout la même politesse qu’il y a quinze ans. Ils frisent maintenant la grossièreté et sont abominablement orgueilleux.»[179]

 

Sa lettre fait preuve d’un net ressentiment. Sa fierté d’artiste blessée autant que l’amitié déçue profondément, s’exprime dans la ligne suivante. Cruelle autant que manifeste désillusion ! «Je regrette seulement de ne pas rester ici pour lui prouver que je n’ai pas besoin de lui -et que je suis tout aussi capable que son Piccinni- bien que je ne sois qu’un Allemand.» [180]

 

Le Moniteur se souviendra, plus tard, de la fureur qui animait les antagonistes. Il semble désolé  de voir la même hargne se réinstaller. Le journaliste, c’est certain, ne compte pas parmi les amis de Mozart. Le nouvel antagonisme pèche par l’excès des partisans. Pour bien glorifier la nouvelle étoile, ils usent d’un vocabulaire pseudo-religieux : idole, culte, fléchir le genou.  Il désapprouve à tout le moins ces excès trop partisans et choquants. Le feu a couvé sous la braise. Voilà qu’il se ranime avec outrance. C’est inconvenant. «Il fallut des combats, et presque du sang pour naturaliser parmi nous la musique ultramontaine. [...] Aujourd’hui la minorité combat pour faire triompher une Ecole nouvelle... ils font de Mozart une véritable idole, hors de son culte, point de salut. Il faut fléchir le genou.»

 

Mozart se trouve au cœur du cyclone furibond de la mutation, à la fois musicale et sociale, qui se déroule. Cela explique l’âpreté des joutes. Le désir de nouveauté se heurte à la crainte d’affronter l’étranger redouté et rejeté. La crainte prend le pas sur le désir de connaître le style des maîtres étrangers. La Gazette nationale, honnête, reconnaît qu’il est étonnant que : « Dans une ville aussi avide de nouveautés, où tant d’étrangers se rendent de toutes les parties de l’Europe, où le goût musical a fait des progrès étonnants, où les compositeurs ont le besoin et le désir sans doute de connaître et d’étudier le style des maîtres étrangers, on ne paie au moins un tribut à la curiosité.»[181] 

 

Ces contempteurs prennent le relais de ceux qui, naguère, refusaient le droit de Cité à la musique ultramontaine. Une nouvelle occasion de défendre la patrie et la musique de France s’offre à eux, maintenant que d’aucuns s’emploient à glorifier à nouveau un  étranger. Au nombre des opposants, on compte également des musiciens. Parmi eux, un violoniste, aujourd’hui oublié. Il exprime son mécontentement sans détour, dans le Courrier des spectacles du 8 fructidor an IX : «Comme je ne suis pas mozaromane, et que je pense que ce compositeur était aussi inférieur à Haydn que Cimarosa l’était à Paësiello, je n’ai pont assisté aux MYSTERES D’ISIS ; j’ai préféré ce jour-là faire une promenade.» Echelle de valeurs surprenante de la part d’un musicien. Sa fibre patriotique regimbe. Acrimonie dédaigneuse ! Entre une promenade et la musique de Mozart, son choix est fait. Son jugement reste invariable, ferme, avec une nuance d’arrogance inflexible. Il s’y mêle même une pointe de xénophobie, de patriotisme un tantinet chauvin, nationaliste pour tout dire. Cela lui déplaît de voir un étranger porté aux nues, alors que la France est la patrie de compositeurs de valeur. Lointaine résurgence de chicanes passées, qui couvent toujours sous la cendre et toutes prêtes de flamber à nouveau.

 

D’ailleurs, la musique de Mozart lui semble bonifiée grâce au travail de Lachnith, pourtant lui aussi un étranger. Le 13 fructidor, toujours dans  Le Courrier des Spectacles, il réplique au citoyen Pamphile : «Il y a 20 ans que je connais les opéras de Mozart, et je sais que les morceaux qui composent les MYSTERES d’ISIS ne produiraient pas autant d’effet sans les additions de Lachnith, excellent compositeur auquel plusieurs journaux n’ont pas rendu justice [...] parce que je suis persuadé que Paris renferme les plus distingués, [...] que je suis surpris que l’on y divinise les étrangers [...] Mais quand aurons-nous un patriotisme lyrique !!!» Cette dernière exclamation, quel programme ! Son attitude s’explique donc par des raisons qui, pour certaines, n’ont rien à voir avec la musique. Il refuse ce qui ne lui convient pas, que ce soit dans le domaine de la musique ou celui de l’attachement à la patrie.Il lui faut «un patriotisme lyrique.» La musique de Mozart-Lachnith est vouée aux gémonies, non en tant que musique mais parce qu’étrangère.

 

L’extrait suivant, anonyme, comme souvent, et mêlé d’une bonne dose d’esprit de clocher, témoigne de ce que l’étranger est l’objet d’un rejet sans nuances. Il s’y manifeste plus qu’un soupçon d’aigreur. Toutes les dissonances, assure-t-il, découlent de l’appréciation erronée de ceux qui rejettent la prééminence française dans tous les domaines, y compris celui d’Euterpe. Voilà qui est ennuyeux, voire rageant ! L’exception française avant la lettre ! On le sent tout prêt à en découdre avec un éventuel contradicteur.

 

Les Français n’ont pas l’oreille musicale, disent les étrangers ; c’est-à-dire, que nous goûtons souvent très peu les ouvrages qui excitent leur plus vif enthousiasme. Mais de quel côté sont les torts ? [...] Le sens de l’ouie serait-il moins parfait chez nous que chez tous les autres ? [...] Comment se ferait-il que le peuple qui sous le rapport de l’esprit et du goût, semble mieux organisé que tous les autres ; qui compte chez lui plus de poètes, d’orateurs, de peintres, de sculpteurs que toutes les autres nations [...] fût plus mal partagé que tous les autres sous l’unique rapport de la musique, et qu’il réunît tout à la fois la finesse et la grâce des Athéniens avec l’insensibilité des Béotiens ? » [182]

 

C’est là une diatribe violente envoyée, et bien envoyée. Une bonne pincée d’arrogance, rien de tel, c’est du moins l’idée de l’auteur, pour soutenir la supériorité française. Il invoque d’abord les différences de goût. Les Français apprécient «très peu» ce qui suscite la ferveur des étrangers. En outre, notre pays compte «le plus de poètes, de musiciens, de sculpteurs.» Bref, dans le domaine de la Culture nous sommes les meilleurs, tant pour la qualité que pour la quantité. Enfin, il accentue et met en relief l’absurdité d’un paradoxe capable d’harmoniser les contraires que représentent la «finesse et la grâce » de nos musiciens et «l’insensibilité» de lourdauds ignares. Nul doute, tout le monde sait qui sont les lourdauds insensibles ! Voilà la prétention de Rousseau retrouvée : les autres sont dans leur tort. Non seulement ils manquent de discernement, mais encore ils sont de mauvaise foi.

 

Le Journal de Paris daté du 12 octobre 1805, ne se prive pas d’envoyer un coup de griffe à l’auteur de Don Juan, à la fin de son article. «Mozart mourut en 1791, n’ayant pas encore 36 ans révolus. Il était pénétré de l’idée qu’il avait été empoisonné ; mais il y a lieu de croire que le véritable poison qui termina ses jours fut l’excès de travail, peut être aussi l’abus des plaisirs.»[183]  La plume anonyme se montre plus conciliante, elle attribue sa «mort prématurée aux excès d’une jeunesse fougueuse. Equivoque à souhait ! Poison, excès de travail, abus des plaisirs...A chacun de se former une  opinion. Le manque d’arguments, à l’appui de l’une ou l’autre thèse, ne semble guère gêner le journaliste. Mourir dans la fleur de l’âge, cela prête à soupçon. Les apparences orientent toujours vers une appréciation défavorable à l’égard de celui qu’on incrimine. «Il y a lieu de croire» ... Quel bonheur de procéder par allusions ! A cette époque, pourtant, l’espérance de vie était limitée pour tous. Nous pourrions dire que Mozart usa sa vie et que la vie l’usa.

 

L’accueil fait à Don Juan n’était guère flatteur. Le chroniqueur du Journal de l’Empire jubile : «La réputation colossale de ce compositeur baisse un peu à Paris, depuis la représentation de ce chef-d’œuvre  trop vanté.»[184] En somme, le coup de pub a échoué. Ce ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau. Les rédacteurs des périodiques s’en donnent à cœur joie après la première de Don Juan. Prêts pour la curée, ils laissent entendre que la renommée de Mozart est surfaite, excessive, ce que marque le terme «colossal.» La conclusion s’impose : «ce chef-d’œuvre» fut «trop» encensé. Dans quelle mesure s’agit-il vraiment d’une œuvre brillante ? La saine raison reprend sa place. C’est du moins ce que sous-entend le propos du journaliste.Les éloges démesurés débouchent sur une déception.Le terme «encensé» tient du vocabulaire religieux. Lencens est réservé au culte des dieux et à celui des  empereurs divinisés.[185]

 

Et cet autre chroniqueur ironise lourdement à propos de ce demi échec. C’est l’occasion toute trouvée pour régler ses comptes, et pour en finir enfin avec la «barbarie étrangère.» Les effets et les efforts de la surenchère se sont avérés vains. La trop longue durée de l’endoctrinement – «depuis plus d’un an, on est occupé à nous le persuader»- s’est soldée par une déconvenue. La réaction de nombreux spectateurs, «3000 convives» ont boudé le «festin», voilà bien un argument à charge, irréfutable, pris sur le vif. L’entreprise de séduction a fait long feu. C’est du moins l’avis des opposants, bien aises de ce dénouement en  faveur de leurs propres goûts et de leurs préférences. Ces étrangers sont, pour sûr, bien agaçants.

 

Il faut bien, sans doute que Don Juan soit un opéra admirable, puisque les Allemands l’ont décidé ainsi, et que depuis plus d’un an, on est occupé à nous le persuader ; mais apparemment, notre goût n’est point encore assez formé, nos sens ne sont pas assez délicats, puisqu’au grand scandale des gourmets, on a vu aujourd’hui près de trois mille convives bailler de temps en temps au festin qu’on leur avait préparé.[186] 

 

Le journaliste des Affiches, annonces et avis divers exulte tout son content  L’enthousiasme mesuré du public, et l’opinion divisée, la déception pour tout dire, vengent en somme la fierté nationale. Il souligne avec délices le contraste entre le semi échec de la représentation et la notoriété de Mozart. Impensable qu’autant de spectateurs se trompent ! Parallèle goguenard entre la célébrité de l’un et les réactions mitigées des autres. «Quoi qu’il en soit, l’opéra de Mozart a eu beaucoup moins de succès que la renommée de Mozart n’en promettait.» [187] 

 

L’enjeu dépasse, et de loin, la simple querelle musicale. Les articles de la presse soulignent  les profondes divergences qui partagent et la société du spectacle et la société elle-même. Le tournant du siècle marque celui d’un monde nouveau sur le point de naître. Les nostalgiques d’un ordre ancien prêt à s’écrouler, s’agrippent à un classicisme en déclin, à tout le moins en évolution. Confrontés à un monde nouveau dont ils ont peur, et qu’ils refusent avec véhémence, ils manifestent leur hostilité. Classiques, donc conservateurs, ils ne veulent pas  des artistes étrangers. C’est pourquoi ils dénoncent à de nombreuses reprises «la secte germanique» honnie, les «sifflements germaniques, les sectaires germaniques» pour mieux leur opposer, avec quelle insistance, l’excellence de la musique française. Mozart leur est suspect, en partie parce que les professeurs du Conservatoire l’apprécient. En effet, la Convention a créé cette institution. Les tenants de l’Ancien Régime se méfient de ce produit révolutionnaire, vecteur d’idées nouvelles. Geoffroy bien que malveillant, ne peut qu’admettre le «triomphe» de l’école «allemande». Soupçonneux, encore et toujours, il subodore une «conjuration»  puisqu’il utilise le mot  «ligué». Il écrit  dans le Journal de l’Empire en date du 27 janvier 1801 : «L’école allemande triomphe partout, tous les orchestres sont ligués pour Mozart qui est le dieu  du Conservatoire de la Musique. Hors de Mozart, il n’y a point de messie en musique.»

 

Sur le mode de la dérision sans doute, il feint, à son tour, de se joindre au chœur des panégyristes qui  divinisent Mozart. A son corps défendant, il s’associe «à tous les orchestres.» Il est vrai qu’il limite ses éloges au domaine de la musique. Mozart n’est qu’une idole. Le dieu du Conservatoire de la Musique, le messie «en musique », un dieu au rabais en quelque sorte, désavoué par les uns, porté aux nues par les autres. Bref, il n’est que la pierre d’achoppement, la pomme de la discorde. Le 5 avril 1811, après l’audition du sextuor de Don Juan en concert, le périodique les Tablettes de Polymnie informe les lecteurs que le sextuor «a été écouté avec calme. Apparemment les sectaires germaniques n’étaient pas là pour étourdir l’auditoire avec leurs bravos glapissants.» Décidément, certains ne trouvent pas de termes assez désobligeants pour exprimer leur désapprobation ! Entre les sectaires et les bravos glapissants, reste à choisir. Ou à prendre « en pack » selon le jargon à la mode.

Cependant, même Geoffroy, à contre-coeur, accorde des qualités à cet «Allemand», cet étranger indésirable, lorsqu’il s’adoucit, et note, qu’il «semble que Mozart ait été appelé pour réformer ce bel art, défiguré en Italie, étouffé par de faux brillants. C’est un Allemand qui nous ramène à la nature, au bon goût, à la vérité.» 

 

Le Journal de Paris soutient, dans son édition du 9 fructidor an IX, que les Mystères d’Isis est un chef-d’œuvre où «L’harmonie sévère des Allemands se trouve mariée à ce que la mélodie italienne offre de plus pur et de plus gracieux.»  Le Journal des Débats, dédaigneux pour sa part, souligne les «sifflements germaniques.» Que voilà un couple toujours efficace ! Fascination et répulsion ! Deux mouvements intimement soudés. Ils réapparaissent à temps et à contre-temps, à de multiples reprises et dans tous les domaines.

 

Enfin, citons un passage exemplaire pour ce qui touche à un nationalisme exacerbé. Il est vrai qu’il rend compte du Singspiel die Entführung aus dem Serail, représenté  au théâtre Mozart d’une part, et que le sentiment de la « patrie en danger» pouvait encore perdurer, d’autre part. Voici  ce qu’on peut lire, non sans éprouver un sentiment de malaise. Le génie national se rebiffe avec outrance, et manifeste son exécration à l’encontre du divertissement cosmopolite.

Ou simplement bravade nationaliste de celui qui voit avec déplaisir son pays infiltré par la musique d’un « étranger ».

 

Si dans le temps de la coalition des puissances de l’Europe contre la France, elles fussent venues à bout de la démembrer et de s’en partager les dépouilles, le meilleur moyen sans doute de se naturaliser dans les portions qu’elles auraient conquises, eût été d’y installer leurs mœurs, leur langage, leur religion et leurs spectacles sur les débris des nôtres, qu’ils auraient renversés et anéantis : mais quand le génie et la gloire ont replacé notre patrie au faîte de la prospérité, quand nous devons redevenir le modèle et le désespoir de nos voisins par nos institutions et nos arts, n’est-il pas bizarre qu’on espère inspirer aux Français l’abandon de leurs chefs-d’œuvres et les attirer à des spectacles informes et barbares dont on n’entend pas un mot, et dont on rougirait bien plus encore si on les entendait ? [188] 

 

Manifestement, l’auteur joue à s’infliger à lui-même, et aux lecteurs, le souvenir des cauchemars passés et présents et des épouvantes futures de toutes les guerres subies en continu. A tout le moins, la France  révolutionnaire portait une part de responsabilité dans l’affaire.[189] Cependant ce n’est pas là le propos du chroniqueur. Il se contente d’imaginer  les tourments de notre terre dans le cas de la victoire de l’ennemi. Raison de plus, affirme-t-il, de ne pas s’abaisser à  applaudir des spectacles «barbares», indignes du «génie» de notre patrie.

 

Les passions se sont apaisées au fil du temps. Nous comprenons mieux aujourd’hui les contradictions, les atermoiements, les refus de cette époque. Mozart incarnait le danger de l’invasion étrangère pour l’art français et peut-être pour la terre de France. Il rappelle trop, au goût de certains, l’existence d’une institution créée par la révolution. Elle pouvait répandre des idées dangereuses pour l’équilibre de la société, telle qu’elle leur était chère et connue. A travers Mozart, ils refusaient la modernité représentée par le Romantisme tout proche. En effet, selon les historiens du Romantisme[190], les Romantiques sont ceux qui, dans les arts, veulent autre chose que ce qui est. Le conflit durera une quinzaine d’années : de 1800 à 1815. A partir de 1815, la musique de Mozart a acquis droit de Cité. Elle est désormais admise sans réticence. Cependant les vieilles inimitiés ont la vie chevillée au corps et resurgissent avec beaucoup de régularité, comme cela : « Malheureusement, presque tous nos jeunes musiciens ambitionnent le baiser de la muse germanique moderne, et cette muse-là me semble bien peu fille d’Apollon et beaucoup trop parente de MM. Wagner et consorts. Il en résulte ce que j’appellerai l’école du labyrinthe musical.»[191] 

 

La France sort vaincue d’une guerre. Un ressentiment nationaliste se manifeste-t-il ? Les dissensions explosent avec beaucoup de vigueur lors de la première représentation des Nozze di Figaro, en version originale, sur la scène du Théâtre des Italiens. Les réactions aussi vives qu’opposées éclatent dans l’univers théâtral et musical. L’enjeu, c’est la place respective de la musique et du texte, le «goût français» se rebiffe. On tente de lui ôter l’hégémonie qui est sienne depuis l’époque  dite Classique. Geoffroy, toujours lui, clame sa déception.

 

On ne s’accoutume point à la langueur et au vide d’un ouvrage dramatique si amusant et si enjoué sur la scène française : on en veut quelque mal à la musique de détruire tout l’agrément et tout l’esprit des paroles [...] Les airs et les morceaux d’ensemble pourraient convenir aussi bien à tout autre sujet que  Figaro, ou plutôt ce ne sont que des morceaux de concert, dont le seul mérite est dans l’harmonie et qui n’ont aucune expression théâtrale.[192] 

 

Ce jugement explique au mieux que la musique gêne le critique. La musique, la voilà l’ennemie ! Elle masque et défigure l’esprit de Beaumarchais. Pour les Classiques, la musique n’a qu’une fonction décorative dans l’opéra. Elle n’est qu’un passe temps. Le livret est primordial. C’est  l’avis que tous nos grands Classiques partagent. Dans la préface de son Andromède, tragédie avec intermèdes musicaux, Thomas Corneille[193] le signale sans ambages. Il dit n’avoir donné une place à la musique seulement dans les passages où elle ne pouvait pas nuire au texte, par exemple au moment du changement de décor. Ainsi les spectateurs ne s’ennuyaient pas. A l’exemple de tous les écrivains et esthéticiens, il jugeait que la première place revenait, sans conteste, à la parole. La musique se devait de rester cantonnée dans son rôle d’agrément, ne pas s’arroger de supplanter le texte, d’usurper une place qui n’était pas la sienne. Nous touchons là à l’épineuse question du « goût français », en partie responsable de l’échec de Mozart lors de son séjour à Paris.

 

2. Les dilettanti et leurs excès

 

Face aux détracteurs, les amateurs du musicien le défendent, bec et ongles. Charles Gounod  est le modèle du  mozaromane  accompli. De manière abrupte et définitive, il déclare, afin de couper court à la contradiction : «On ne discute pas les indications d’un Mozart, on s’y conforme [...] et puis on tâche de les comprendre.»[194]

 

C’est pour le moins la naissance du «divin Mozart», incarnation du Talent absolu ! Voilà qui justifie, peut-être, et en tout cas explique l’acrimonie du Journal de l’Empire[195]. Il dénie le discernement aux amateurs de Mozart, lorsqu’il déclare : «Ce qui manque à Mozart du côté de l’expression théâtrale, il le retrouve en célébrité et en vogue ; le fanatisme lui prête des beautés qu’il n’a pas ; il découvre  dans ses compositions des merveilles chimériques[196]. [...] Heureux les objets d’un aveugle engouement. [...] Ce ne sont pas eux qui font leurs chefs-d’œuvre, ce sont leurs partisans.» En somme ce musicien n’est qu’une outre gonflée de vent. «Le fanatisme lui prête des beautés.» Les zélotes du compositeur, sourds à tout ce qui est contraire à leurs convictions lui prêtent, c’est-à-dire lui attribuent des qualités illusoires. Le compositeur n’est qu’une apparence. Un «aveugle engouement» a forgé des «merveilles chimériques» de toutes pièces. La réalité a balayé le mirage dont l’inconsistance s’est manifestée lors de la représentation. Voilà une idole fracassée, enfin. C’est du moins le souhait des opposants. La nouvelle variante de la Querelle des Bouffons flambe de plus belle. Le débat exaspéré entre le goût français et le goût italien de 1752 refait surface avec une légère différence. Le nationalisme revisité y ajoute son piment. Les Anciens s’alarment de ce que la musique de Mozart ne soit un nouveau grain de sable, dont la belle machine si bien rodée de leurs discussions risque de pâtir.

 

Le processus de «divinisation» auquel le violoniste Woldemor faisait allusion, semble bel et bien entamé, puisque Gounod s’exclame au début de ses Lettres : «Ce qu’on ne saurait trop remarquer ni trop essayer de faire comprendre, ce qui fait de Mozart un génie tout à fait unique, c’est l’union constante et indissoluble de la beauté de la forme et de la vérité d’expression. Par la vérité il est humain ; par la beauté il est divin... il transfigure le réel.»[197]

 

L’Allgemeine musikalische Zeitung  fait état de l’impression ressentie par Garat, célèbre chanteur, très en vogue à l’époque. Il avait interprété un rondo de Mozart et soutenait qu’après avoir chanté Mozart, il ne lui était plus possible de chanter une autre musique, et ce pendant plusieurs jours. Peut-être un peu emphatique ? Le journaliste du Moniteur s’écrie :«Tout ce que Mozart a d’esprit, de caractère, d’originalité, d’intentions comiques, ou d’expressions touchantes, Garat, au piano, le ressent et réussit à le communiquer. Il affectionne Mozart, et cela doit être. L’organisation d’un tel compositeur et celle d’un tel virtuose ont une certaine analogie. Ils étaient faits pour se servir mutuellement.»[198] Osmose ou symbiose ? Un musicologue remarque que : «C’est là le sort de toute musique marquée du sceau de la célébrité, elle ne peut se soustraire à cette sanction pénale de la vogue.»[199]

 

Les articles parus, pour beaucoup, entre 1800 et 1810 font étalage d’un vocabulaire, sinon religieux, du moins empreint de dévotion certaine, pour parler de Mozart et de sa musique.A parcourir les compte-rendus et les remarques des divers rédacteurs, on découvre des termes religieux à foison, moisson stupéfiante. Certes, sortis de leur contexte originel, les mots prennent un sens affaibli, affadi. Ce ne sont plus que des comparaisons, et, comme tout un chacun le sait, comparaison n’est pas raison. Néanmoins, ces termes sont issus d’un domaine bien déterminé, et, à ce titre, participent à l’entreprise de divinisation du musicien. La chenille se métamorphose en papillon. Ses sectateurs zélés transforment Mozart  en idole.

 

Voici ce qu’on peut lire au fil des pages, livré en désordre. La plume anonyme du Journal des Débats emploie à plusieurs reprises les termes de mystère, mystérieux. Il écrit : chaque pièce nouvelle est un «mystère», la Flûte est encore un «mystère», Mozart, musicien «mystérieux». Les mystères, un ensemble de doctrines et de pratiques sont réservés aux initiés. Manière de souligner que le commun des spectateurs n’y comprend pas grand-chose. Le journaliste souligne de même les difficultés de la musique de Mozart, qui met à mal les plus «experts «praticiens», réduits après «dix répétitions» à «épeler» leurs partitions. En somme, ils ânonnent comme des débutants.[200] Le critique oppose le «génie original» du compositeur et les artistes «routiniers». Il est clair qu’ils peinent. Néanmoins, qui donc faut-il incriminer au juste ?

Le sanctuaire, demeure réservée aux dieux est un lieu de culte, ensemble de rites en l’honneur de la divinité. L’Opéra est le lieu où se déroulent les rites en l’honneur «du dieu de la musique»,[201] selon un ordre bien précis, auquel on ne saurait déroger, génuflexions et cantiques en font partie intégrante.[202] Ils se pratiquent avec zèle.

 

La tentation est grande de s’écrier : suffit ! Sans doute Mozart n’en demandait-il pas tant. La fureur des opposants est compréhensible, vraiment. Le journaliste de la Clef du cabinet des souverains quant à lui, réussit le modèle du genre, une sorte de paradigme exalté, lorsqu’il écrit, à l’occasion de l’ouverture du Théâtre de Mozar(d), le 28 brumaire an X (16novembre 1801) « Au moment où les arts sont devenus une espèce de religion qui a son culte, ses schismes et même ses incrédules, l’inauguration d’un nouveau sanctuaire devient en quelque sorte une solennité publique.»[203]  Rien ne manque, tout y est : le «sanctuaire», lieu réservé au «culte». L’on n’y pénètre qu’avec révérence, pour accomplir les gestes «rituels», selon un ordre invariable. Tout fidèle zélateur s’y astreint à «fléchir les genoux», à chanter les «cantiques»,  et attend des prodiges, des «miracles.» Tout ce qui touche leur «idole» est «céleste, divin.» Les «schismes», coupures qui séparent les fidèles zélateurs des adversaires «incrédules » ou mécréants sont de la partie. Les fidèles éprouvent une «peur panique», comme le chanteur Roland. Plus de mystère. La «solennité» est publique, officielle, célébrée avec éclat, non plus réservée aux seuls initiés. Les fidèles parlent avec respect du «dieu de la musique», les incrédules, comme Geoffroy, y mêlent le sentiment du  ridicule au vu de ces élucubrations abusives. Au milieu de toute cette exaltation effrénée, voilà Mozart hissé au panthéon, au rang des dieux.

 

A l’Opéra de Paris, on préparait avec ardeur la création de Don Juan qui eut lieu le 17 septembre 1805. Les préparatifs enfiévrés contribuaient à maintenir une «frayeur[204] sacrée» autour de la personne et de la musique de Mozart. Entourés d’une telle atmosphère, affairés et inquiets, les interprètes se sentaient écrasés, presque épouvantés. Le directeur exposait ses craintes au préfet du [205]Palais. «La musique de DON JUAN est belle, admirable même, mais d’une exécution difficile et d’un genre absolument nouveau pour les artistes de l’Opéra lesquels sont effarouchés d’avance par les jugements prématurés et de mauvais augure que plusieurs écrivains périodiques ont osé se permettre à cet égard.»

 

La presse, unanime, se fait l’écho d’une sorte de peur panique qu’éprouvent les chanteurs. La Gazette nationale écrit, le 19 septembre 1805 : « L’ombre de Mozart semblait planer sur eux, ils en étaient effrayés comme Leporello de la statue.»[206] L’Allgemeine musikalische Zeitung, en date du 16 octobre 1805, n’est pas en reste. Elle nous conte les affres de Roland, titulaire du rôle principal. Le lendemain de la première, celui-ci raconta à ses amis, qu’au moment de sa dernière scène, la toute-puissance de cette musique, et la grandeur quasi magique de ce tableau, lui avait ôté ses forces. «J’ai senti mes genoux fléchir, je n’étais plus maître de moi ; il me semblait que je dusse moi-même mourir.» Certes, pour défendre ainsi leur idole, d’aucuns font montre d’une exubérance extrême. Il s’agit des « avant-gardistes », des « pros » dirions-nous aujourd’hui, pour la plupart eux-mêmes compositeurs et interprètes connus. Cependant on ne peut qu’approuver la remarque suivante :

 

ce sont peut-être les amateurs les plus passionnés de Mozart qui lui ont fait le plus de tort. En exaltant ses chefs-d’œuvre sans règle et sans mesure, en tarissant le dictionnaire de tout ce qu’il possède de superlatifs, en épuisant les épithètes de ravissant, d’inimitable, de sublime de céleste de divin, on prépare les esprits à des prodiges [...] et quand le moment de la réalité arrive, on est étonné de ne trouver que des beautés naturelles à la place des miracles que l’on avait promis.[207]

 

Il est vrai que la déception est programmée ! C’est conforter l’avis contraire de l’opposition. Un des plus grands adversaires de Mozart, Geoffroy, dont les articles critiques sont publiés par le Journal des débats, écrit un passage acerbe et dédaigneux à la fois, mordant en tout cas, le 24 mars 1810. Le critique use à son tour des termes à connotation religieuse : les cantiques, leur zèle religieux, le dieu de la musique. Bien entendu, il en profite pour stigmatiser l’ennemi, l’immense secte germanique.

 

Mozart et la secte germanique ont beaucoup gagné. Qu’on annonce une nouveauté ou une reprise de Mozart, les maîtres de musique répandus dans cette immense capitale, et tous les affiliés à l’immense secte germanique, font retentir les bonnes maisons de Paris de cantiques en l’honneur de Mozart, et leur zèle religieux ne s’arrête pas, qu’ils n’aient persuadé au mari, à la femme et à la demoiselle d’aller voir le chef-d’œuvre nouveau du dieu de la musique. 

 

Citons au passage un partisan inattendu de Mozart, Castil-Blaze. Lui, qui a été tant brocardé, s’est engagé en faveur de Mozart, de manière surprenante à cette époque. Il essaie de familiariser un large public avec les qualités hors du commun de Mozart. Ce dernier n’était pas inconnu en France, mais largement méconnu.

Dans le Journal des débats daté du 5 mars 1812, le critique Geoffroy[208] maugrée et rappelle cette année 1801, ainsi que les difficultés de ces débuts :

On avait essayé de temps en temps quelques symphonies, mais elles étaient d’un caractère si nouveau que les praticiens les plus experts avaient bien de la peine à les déchiffrer. Ces virtuoses qui se piquaient de tout exécuter à livre ouvert, étaient encore réduits, après dix répétitions, à épeler Mozart. Cette obscurité imposait pour le compositeur je ne sais quelle vénération dont bien des gens ne peuvent se défendre pour ce qu’ils n’entendent pas : on ne pouvait se lasser d’admirer un homme dont les pensées étaient des mystères pour les plus fameux orchestres [209].

 

Notre critique prétend que les difficultés, réelles, puisque les musiciens «virtuoses», chevronnés donc, maîtres de leur art, peinent, tels des apprentis, sont à l’origine de la réputation faite à Mozart. Ses pensées, mystères insondables, lui valent l’émerveillement des foules ignorantes. L’énigme Mozart les tient sous sa fascination. L’admiration est due à ce qu’on ne comprend pas.

 

Le chroniqueur des Tablettes de Polymnie partage cet avis dans son compte-rendu de concert du Conservatoire impérial de Musique[210]. Si les musiciens peinent dans l’exécution des morceaux, les auditeurs doivent s’appliquer, eux aussi, pour extraire la quintessence de cette musique. En somme, les oreilles doivent être éduquées. Est-ce bien nécessaire ? «Mozart et Haydn sont et seront toujours le plus riche ornement  de ces concerts. On y vient pour entendre exécuter avec perfection leurs admirables symphonies. Celles de Mozart ont plus de verve et d’éclat ; leur facture est d’une touche plus sévère ; les détails y sont multipliés et ont souvent besoin d’être entendus plusieurs fois pour être bien analysés.» Castil-Blaze, tout comme Fétis, fustige l’ignorance générale de tous. Il écrit : «Il est impossible d’entendre parler de musique dans les salons, dans les foyers de spectacle, dans les cafés, et de lire les journaux sans être étonné de la manière dont la multitude et une infinité d’amateurs et de gens d’esprit déraisonnent.»[211] Le grand public, dirions nous, n’a en partage que l’incompétence musicale. On méconnaît même les premières notions, les termes les plus familiers de cet art. Il est vrai que la décennie révolutionnaire est passée par là. Les fêtes civiques et autres, avaient battu en brèche sa distinction première.

C’est également l’occasion toute trouvée de blâmer l’enseignement musical du Conservatoire. Notre rédacteur s’en donne à cœur joie, et ne ménage personne. Voici une opportunité rêvée pour, enfin, livrer au public sa désapprobation et ses  propos sarcastiques :

La terreur s’est répandue dans le camp des compositeurs, des auteurs, des symphonistes ; ils craignent que le succès de ce nouveau genre ne dégoûte les habitués de l’Opéra du fracas et des hurlements dont on est en possession de les assommer: ils demanderont désormais de la mélodie, et non pas du bruit ; [...]  Ils voudront que la musique les touche, les amuse, sans les étourdir ; quelle injuste prétention ! C’est comme si les malades voulaient être guéris par les médecins.[212] 

 

Une pointe ironique de la part du journaliste, à l’adresse des dilettanti ? Les auditeurs réclament de l’émotion et non un zimboumboum harassant. Un autre chroniqueur élucide à merveille l’origine des obstacles : « Les sons et les articulations d’une langue, son génie, les mœurs du pays, les habitudes  musicales des exécutants ne se traduisent point ; ce sont pourtant toutes choses qui modifient le génie des compositeurs, et déterminent le caractère et les effets de la musique ; aussi chaque pays a les siennes.»[213] Voilà qui est limpide, complet et juste.

 

Le cercle restreint des amateurs connaissait la musique de Mozart grâce aux éditions existantes. Les éditeurs parisiens se livrent à une activité quasi effrénée après les représentations des Mystères d’Isis, et même multiplient les éditions de musique instrumentale. Ils publient une soixantaine d’éditions d’opéras, entre autres des extraits des opéras des trois pièces déjà jouées sur les scènes parisiennes.[214] L‘ouverture, trois éditions pour clavecin/piano forte, pour orchestre. Des extraits vocaux (cinq éditions) Des extraits instrumentaux, transcriptions, arrangements, variations. (dix éditions)

 

Les réductions s’adressent sans doute au public des amateurs, alors que les parties d’orchestre sont destinées aux concerts. Si l’on se fie aux dates, les deux catégories se développent de manière semblable. On constate que, malgré les troubles et les incertitudes politiques qui secouent  toute l’Europe, la musique circule sans encombre. Les éditeurs français reproduisent à leur gré les productions des éditeurs allemands, bien qu’une loi du 19 juillet 1793 explicite ce qu’est le droit d’auteur. Premiers pas du piratage, devenu phénomène mondial à l’heure actuelle ?[215]  Mozart semblait semblait se désintéresser de ce nouveau moyen de diffusion de ses œuvres. Au contraire, il conserve longtemps les manuscrits par devers lui, surtout dans le cas d’œuvres qu’il interprète lui-même. Reste que nos connaissances des déplacements des documents restent très fragmentaires.

 

Artaria (Vienne) fournit la première réduction pour piano de l’ouverture en 1792, peu de temps donc après la création de l’opéra. André (Offenbach-am-Main) publie une première édition des parties d’orchestre, en 1794.[216] En 1814, une réduction piano-chant de l’oeuvre fut publiée par Carli. La partition d’orchestre, avec texte bilingue (italien-français) fut éditée par Frey, en 1821. Après ouverture de sa maison d’édition, Maurice Schlesinger publia une réduction piano-chant avec texte bilingue (italien-allemand). Ainsi, nous savons qu’à partir de 1799-1800, Pleyel édite une Collection complette des œuvres pour piano de Mozart.[217] Les éditeurs de musique français, moins de dix ans après la mort de Mozart, ont permis une meilleure connaissance, plus approfondie, du compositeur.

 

Au demeurant, ses opéras restent très en retrait, sorte de parents pauvres. Les Parisiens avaient eut l’heur d’une version, parodiée bien sûr, du Mariage de Figaro,[218] texte lui aussi-ou déjà- arrangé des Nozze, première représentation intégrale d’un opéra de Mozart en France, le 20 mars 1793. A la traduction, on avait ajouté le texte de Beaumarchais presque en son entier. Ce dernier devait remplacer les récitatifs.Ce mélange des genres contribua au désastre .Comble de malchance, la Terreur sévit deux mois plus tard. Ce n’était pas un moment favorable pour se préoccuper des Beaux-Arts. L’instinct de survie modela cette période noire, aux dépens de tout le reste. Le Théâtre Feydeau avait présenté des extraits de Don Giovanni, dans un pasticcio.

 

III. Du livret ou de la musique, lequel l’emportera ?

 

Mozart pense tout le contraire de ce que prône l’opinion répandue depuis les Classiques. Dans une lettre adressée à son père, en 1781, il déclare : «Dans l’opéra, la poésie doit être absolument la fille obéissante de la musique. Pourquoi alors les opéras-comiques italiens plaisent-ils partout ? Malgré toute la misère qui regarde le livret ! Même à Paris, j’en ai moi-même été le témoin. Parce que la musique y règne, et qu’on oublie tout le reste.» Le «goût français» battu en brèche ?

Stendhal, le chef de file du clan des dilettanti a grandement contribué à l’édification du mythe Mozart. Les Noces de Figaro lui inspirent une admiration sans bornes. Dans la lettre qui termine ses Vies de Haydn, Mozart et Métastase il porte un jugement neuf, différent, sur l’œuvre de Mozart. Après avoir examiné les sentiments de la comtesse pour Chérubin, le bel adolescent si aimable et disert à propos de l’amour, Stendhal conclut ses réflexions sur : «Cette portion de bonheur que le destin nous accorde, tout ce trouble qui précède la naissance  des grandes passions est infiniment plus développé chez Mozart que dans le comique français. Cette situation de l’âme n’a presque pas de termes pour l’exprimer, et est peut-être une de celles que la musique peut beaucoup mieux peindre que les paroles.» [219]

 

Stendhal en est persuadé, la musique va au-delà des paroles. Elle dit plus, et surtout, elle dit d’une façon différente. Son message est de l’ordre de l’irrationnel, voire de l’ineffable. Loin d’être une redondance, un double du livret, elle le magnifie, le transfigure.Cet avis annonce la théorie romantique. François-Joseph Fétis[220] (1784-1871), situe les débuts du Romantisme en musique dans Don Giovanni. Il déclare, en effet : «Cette musique créa, il y a cinquante-deux ans, le genre qu’on a appelé alors romantique, et [...] son style est absolument différent de celui des autres ouvrages dramatiques de Mozart.»[221]

 

Les Romantiques souhaitent que la musique nous transporte au-delà des apparences. Schopenhauer (1788-1860), un contemporain donc, écrit : « La musique nous révèle l’essence intime du monde en parlant une langue que la raison ne connaît pas ». Elle ne se réfère qu’à elle-même. Paul Valéry (1871-1945) pourra conclure, disant que la musique est « une édification d’un ordre intuitif séparé, qui n’emprunte rien au réel. » Signalons que  le Courrier des Spectacles avait fait preuve d’intuition, et d’une clairvoyance peu commune, le 29 août 1801. En effet, il écrit, à propos de la musique des Mystères d’Isis : «Ce sont des accents inspirés, c’est une langue surnaturelle que l’âme seule peut comprendre et que la plume ne traduira jamais.»

 

Amadeus élevé au rang d’un mythe, et sa musique sacralisée, « il le fallait », pour introduire la révolution esthétique des temps modernes, au prix du sacrifice des tenants du Classique. La lame de fond de la nouveauté a accompli son œuvre, sans toutefois anéantir ce qui l’entourait, le précédait ou le suivrait. Le critique, blasé, s’exprime de façon bien plus terre à terre : «Tout est beau, tout est laid, selon le caprice de chacun, suivant les passions ou la mode du jour.Alors ne disons plus que les arts sont marqués au front du sceau de l’immortalité, mais disons que ce sont des jouets d’enfants qui font aujourd’hui notre bonheur et que nous briserons demain en morceaux !»[222]

 

En vérité, ces escarmouches sur mode musical, par journaux et périodiques interposés, masquent l’avènement d’une nouvelle pensée, tant dans le monde musical que dans celui de la société. Les avis divergents dans les différents domaines soulignent la querelle. La Gazette de France du 29.09.1805 se montre indécise, hésite entre l’approbation et l’aversion. La phrase : « on commence à l’entendre, on finira par le juger », signale tout net le malaise du journaliste. Néanmoins, il ne se risque pas à lancer un avis sans réplique. Il découvre du charme à la mise en scène, et accorde à Mozart «la supériorité d’un grand maître».

 

Toutes les oreilles sont attentives  aux accents de Mozart ; on commence à l’entendre, on finira par le juger. Don Juan se présente avec une pompe qui fatigue, une magnificence qui éblouit ; il réunit la grâce et la fraîcheur du chant italien avec l’harmonie savante de la musique allemande. Tous les genres y sont traités avec la supériorité d’un grand maître [...] ; Les décorations sont magnifiques ; l’éruption du Vésuve est d’un effet terrible

 

Le goût français se manifeste sans ambages dans l’extrait suivant du Courrier des spectacles. Le journaliste conseille au mélomane d’aller à l’Opéra. Quant à l’amateur des textes, il trouvera son bonheur au Théâtre Français. Le mélange des genres n’est qu’un pis-aller, selon le journaliste.

 

Ceux qui ne voudront qu’entendre de la belle et excellente musique iront à l’Opéra admirer les accents mélodieux de Mozart ; ceux qui prétendront ne trouver sous cette belle et harmonieuse musique qu’une action mal conçue, mal conduite et mal dialoguée, iront au Théâtre-Français admirer le génie de Molière r’habillé par Thomas Corneille.[223]

 

Il affirme clairement la primauté du livret : « Il a fallu [...] que le poëte oubliât son droit de préséance, pour se faire l’interprète et le secrétaire du musicien.»[224] Ce n’est pas dans l’ordre des choses, qu’on se le dise. En somme, les désaccords et les chicanes s’infiltrent tout autant dans la musique que celui des textes et de la politique. Le bel embrouillamini que voilà ! Le chroniqueur du Courrier des Spectacles tente d’expliquer et de rationaliser la situation. En changeant de pays, donc de langue, de mœurs, une certaine incompréhension est inévitable.  Comble de malchance, le texte transposé dans une langue différente ne correspond plus à une musique, altérée elle aussi. Deux camps surgissent, c’est inéluctable. Les uns soutiennent les «divins chefs-d’œuvre», les autres crient à «l’ennui». Le journaliste souligne l’ardeur du combat, parlant de la «dispute». Néanmoins, il rappelle les échauffourées du passé et conclut avec sagacité qu’on finit «par fixer son opinion». Avec le «tems» la musique de Mozart finira par «s’acclimater» chez nous comme ce fut le cas il y a peu pour d’autres musiques. Voici ses sages réflexions :

 

Un voyageur parcourt l’Allemagne, il entend tous les compatriotes de Mozart assurer que rien n’est comparable aux divins chefs-d’œuvre de ce céleste compositeur ; il rapporte les partitions de ses opéras ; un poëte français se couche sous le musicien allemand ; on fait chanter ses sublimes concerts par des voix parisiennes, et tout à coup le charme disparoît, la moitié des auditeurs s’écrie que le divin Mozart l’ennuie ; l’autre moitié prétend que les Parisiens sont des barbares ; qu’ils sont incapables d’apprécier des beautée réservées à des oreilles exercées, savantes et délicates. On se dipute, on s’échauffe, on ne s’entend point [...]  mais avec du calme, de la réflexion et du tems, on finit par fixer son opinion. C’est ainsi que les compositions des Gluck, des Piccini et Sacchini ont fini par s’acclimater parmi nous.[225]

 

C’est en faisant appel au passé que l’auteur conduit ses lecteurs à l’apaisement. Néanmoins, il souligne qu’il y faut une éducation des oreilles, afin que les beautés ne soient plus l’apanage de quelquesuns. Chicanes et injure sont mauvaises conseillères.

 

Ce parcours, bien qu’incomplet, peut-être un peu partial, clame une évidence. L’histoire bégaie bel et bien. Les malentendus, le rejet de l’autre, loin d’être une nouveauté, sont un éternel recommencement, avec des variantes selon les époques et les régimes. La xénophobie très ordinaire sévit avec violence, sûre de son bon droit. Elle est l’attribut de toutes les exclusions. Hannah Arendt stigmatisait la terrible banalité du Mal. Idée partagée, confirmée, par Carl Gustav Jung.[226] Il eût fallu un passeur d’univers pour ouvrir les esprits aux trésors de chaque culture, et amadouer les esprits chagrins. Que n’a-t-on pris en considération le propos de Renan : «Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine.»[227]

 

Les opéras, fidèle écho d’une époque, subissent toutefois des altération au fil du temps et des représentations. Pour plaire au public, les œuvres sont soumises à de multiples accommodements. Les traductions, première trahison de la langue originale, s’accompagnent souvent d’une réorganisation complète du texte ainsi que de transcriptions de la musique. Si bien que le produit final diffère du modèle, parfois du tout au tout. En outre, les décors eux aussi sont modifiés selon les habitudes et le goût du pays d’accueil. Les acteurs, par leur jeu, participent à une lente métamorphose des œuvres. Le public lui aussi concourt à la transformation, et y apporte sa pierre au travers de ses attentes et de ses réactions au cours des représentations. Tant et si bien que les puristes, tout déconfits, en sont pour leurs frais.

 

L’accueil de Mozart fut d’abord hésitant et partagé, sur fond des guerres révolutionnaires et d’Empire. La Révolution avait renforcé le sentiment national. Le fougueux cri de Valmy, «vive la nation», demeurera la source latente d’un patriotisme parfois virulent. Souvenir aussi des querelles musicales  que sont la Querelle des Bouffons, le conflit entre gluckistes et piccinistes, sont toujours présentes dans les mémoires. Mozart, l’étranger, ravive les désaccords qui ne demandaient qu’à reparaître de plus belle. Les thèmes nationalistes ont contribué grandement à la faillite du Théâtre Mozart. Le Journal du Débat exhale un mépris sans concession, dans son édition du 24 novembre 1801 : «  Les Italiens passent les Alpes, les Allemands passent le Rhin pour nous offrir leur musique or, malheureusement pour eux, une pareille denrée abonde dans notre pays.» Pas de doute, la musique de France ne souffre pas la concurrence. Elle surpasse celle des autres pays. Suffisant et sardonique à souhait ! Et le Corsaire de conclure : «Dans tout, il y a de la nationalité.» Il ne manque pas de s’expliquer : « J’ai vu des opéras italiens représentés par des Français, par des Allemands, par des Italiens. C’étaient les mêmes faits, les mêmes costumes, la même musique, les mêmes décors.Et cependant ces trois représentations ne se ressemblaient pas.»[228]

 

Le « Goût Français» fut une autre cause des atermoiements dans la réception de Mozart. Ce goût consistait en un lien particulier entre la musique et le genre littéraire, et ne pouvait que rejeter Mozart, le germanique. Dans son analyse des Noces de Figaro, Stendhal écrit : «Mozart s’est tout à fait écarté de l’esprit de la galanterie française, il est, en ce sens, infidèle à Beaumarchais.»[229] L’écrivain cite les Mystères d’Isis, bel exemple de discordance entre le «goût français» et Mozart. « Les personnes qui se rappelleront l’original et l’imitation y trouveront, ce me semble, la lutte du genre classique et du genre romantique. Le versificateur français, [...] a dû être tout fier d’avoir fait quelque chose qui eût un air de famille avec les chefs d’œuvres de Racine et de Quinault.»[230] Mozart illustre ce qui s’écarte des convenances étroites imposées au théâtre par le goût français. Don Giovanni s’apparente à Shakespeare par l’opposition du burlesque et du tragique. La scène de l’apparition du Commandeur, « c’est pour l’oreille, de la terreur à la Shakespeare.»[231] Le Corsaire de son côté étaie cet avis lorsqu’il avance : « Les Allemands et les Italiens ne voient dans un opéra qu’un concert, avec la pompe du spectacle et des décors. Nous voulons au contraire y trouver un drame musical et des situations favorables au développement de la partition, nous voulons un poëme, des scènes, une intrigue. [...] Le public français ne peut être content que lorsque les jouissances de l’esprit se joignent à celles des sens.»[232] Bien sûr, il se glisse dans cette affirmation le sous-entendu de la supériorité de la scène et du goût français.

 

Les «Lumières» ont tenté, bien en vain, de vendre la Raison à tout venant. Elle seule, affirmaient-ils, est capable et digne d’élever l’être humain. Il fallait bannir l’imagination, la folle du logis. Entreprise vouée à l’échec, car nul ne saurait se passer de sa ration de mythe et/ou de symbole. Leur existence précède l’histoire. Pourtant, l’angoisse, la colère, la passion, la véhémence, l’emportement des personnages sont bel et bien nôtres, sentiments  intemporels et transposés dans des galaxies fictives. C’est pourquoi tous les spectateurs, de tout temps, rivés aux fauteuils se laissent emporter par les intrigues, qu’elles soient plausibles ou bien abracadabrantes à souhait. Ils réclament cette plongée dans la magie, cette extase bienheureuse. Les critiques soulignent qu’ils ne sont pas dupes des scènes féeriques. Néanmoins, hormis les ronchons de service, ils ne souhaitent pas les évincer. Confortablement engoncés dans nos prétentions scientifiques, nous voudrions nous persuader que l’irrationnel est étranger à nos esprits modernes. Belle erreur. Nous trouvons notre félicité dans les maléfices de toute espèce. Certes, c’est pipeau, une sorte de suspension volontaire de l’incrédulité. Ainsi, le filon ésotérique, pour ne citer que lui, est une sorte «de conservatoire» du prodigieux, d’une mentalité magique. Depuis toujours il exerce sur les esprits une attraction irrésistible, sans cesse renouvelée. Notre siècle, gros de films de science-fiction avec effets spéciaux sans nombre, ne peut certes pas contredire cette appétence générale pour le merveilleux. Harry Potter, pour ne citer que lui, étale son triomphe sur la planète tout entière. Ces films montrent l’ogre numérique en pleine action, déployant un vrai feu d’artifice de féeries.World Wide Web fait honneur à son appellation.

 

C’est au début du XIXe siècle que la critique acquiert sa vraie portée, grâce à l’essor de l’imprimerie. Ce siècle, âge d’or du journalisme, signa l’avènement de cette nouvelle espèce que sont feuilletonnistes et critiques. S’arrogeant le rôle de mentor, d’experts dirions-nous, ils rendirent compte des grandes manifestations musicales et du même coup assénaient leurs jugements. Juges et partie !  Ils se livraient à de véritables réquisitoires, à des plaidoiries, dans l’intention de former le goût du public, de l’introduire dans une meilleure compréhension de la musique. La critique, l’appréciation des œuvres musicales -ou autres- que voilà une entreprise oh combien subjective ! Cependant, il serait dangereux de présenter les critiques en perpétuel décalage. Le goût tout comme l’art sont choses soumises aux changements. Les erreurs, comme les malentendus, sont inévitables.   Musiciens et critiques se sont souvent regardés en  chiens de faïence. Certaines critiques nous semblent aujourd’hui incongrues. Antagonisme réel, fondé ? En France, pamphlets et libelles éreintèrent des  œuvres encensées à l’heure actuelle. Tant et si bien que Gounod fulmine et se demande si la critique est bien utile. Elle ne livrerait que des diagnostics de myope. Mozart fut souvent boudé par les critiques et/ou ses auditeurs, à la fin de sa vie surtout. Parfois, l’approche des œuvres s’avère ardue. Les critiques soulignent à l’envi les difficultés rencontrées par les musiciens. Ils «peinaient» à déchiffrer la musique de Mozart. Sans doute, les oreilles se trouvaient à leur tour, déroutées par la perception de sons inhabituels.

 

La réception, les opéras de Mozart en témoignent, peut être houleuse. L’enthousiasme débridé des uns répond aux cris d’orfraie de ceux qui renâclent. Les compositeurs eux-mêmes se montrent parfois peu amènes à l’égard des leurs, et saccagent leur travail avec allégresse. A propos de Don Giovanni, Berlioz déclare : «J’avais été choqué d’un passage du rôle de donna Anna, dans lequel Mozart a eu le malheur d’écrire une déplorable vocalise qui fait tache dans sa lumineuse partition. Je veux parler de l’allegro de l’air de soprano n° 22, au second acte. [...] Il faut avouer que c’est une singulière façon, pour la noble fille outragée, d’exprimer l’espoir que le ciel aura un jour pitié d’elle !...Il m’était difficile de pardonner à Mozart une telle énormité. [...] Je sens que je donnerais une partie de mon sang pour effacer cette honteuse page, [...] dont on est bien forcé de reconnaître l’existence dans ses œuvres. Mozart a commis là contre la passion, contre le sentiment, contre le bon goût et le bon sens, un des crimes les plus odieux et les plus insensés que l’on puisse citer dans l’histoire de l’art.»[233] Cette erreur de jugement, certes frappante, témoigne surtout de l’évolution de la critique et du goût musical.

 

Or, les œuvres sont dénuées de valeur «objective.» Le critique évolue dans un courant de pensée, une école musicale, un horizon esthétique. C’est une autre facette du peu de zèle de certains  pour accueillir la musique de Mozart. Les critiques malmenèrent tous les musiciens. Il est vrai qu’ils ont souvent brillé par leurs jugements partiaux. Le Requiem de Berlioz fut présenté comme une sorte de cataclysme où les trombones exhaleraient des sons semblables à des soupirs d’animaux malades. Tout à fait engageant et propre à soulever le courroux des artistes ! En 1835, Liszt fulminait contre les journalistes musicaux engagés, disait-il, «dans cette population d’incapacités spéciales, d’eunuques envieux ou oisifs...»[234]  Au milieu du XIXe siècle, Théophile Gautier aviva le conflit en suscitant l’antipathie entre «les abeilles» et les «frelons». Les premières seraient les artistes féconds, et les seconds les critiques oiseux. La satisfaction des uns devait égaler l’exaspération rageuse des autres.

 

Disons que, dès le XVIIIe siècle, le Beau n’est plus un absolu défini par un ensemble de règles immuables, ni ne suit un canon esthétique gravé dans le bronze. Le Beau repose sur des subjectivités, des attentes diverses et changeantes au gré du temps qui passe. Le critique ni le musicien ne sauraient, par conséquent, proférer une sanction sans appel. Leur jugement est tributaire du goût, qui dépend lui-même d’un courant de pensée, d’une école musicale, d’un accord mutuel entre les contemporains. L’Histoire le confirme, une musique différente marque le Moyen-Âge, le Baroque, le Romantique, pour ne citer que ces exemples-là. C’est déjà l’avis du rédacteur désabusé rencontré plus avant. Foin du pessimisme désespérant. Notre modernité, pourtant si peu réjouissante par certains de ses aspects, nous permet, grâce à ses merveilles techniques, de rappeler à la vie toutes ces musiques, et de nous délecter de leurs splendeurs.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

I. SOURCES

 

1. Les œuvres de Mozart

 

DIE ZAUBERFLÖTE, eine große Oper in zwey Aufzügen, KV 620, Musik von Wolfgang, Amadeus, MOZART, Libretto von Emmanuel Schikaneder,Wien, Ignaz Alberti, 1791.

 

DON GIOVANNI, ossia «IL Dissoluto Punito», Dramma Giocoso in 2 atti, K 527, Libretto di Lorenzo da Ponte, Musica di Wolfgang Amadeus Mozart, Prague 1787.

 

IDOMENEO, dramma per musica in tre atti, K366, libretto di Giambattista Varesco, musica di Wolfgang Amadeus Mozart, Neue Mozart-Ausgabe, Bärenreiter, Kassel-Basel-Tours-London, 1972.

 

L’ENLEVEMENT AU SERAIL, Singspiel en trois actes, K384, créé en 1882, texte d’après Christoph F. Bretzner, adapté par Stéphanie le Jeune, 1881, musique de Wolfgang Amadeus Mozart.

 

2. Les adaptations/ traductions

 

Les MYSTERES D’ISIS. Le poème est de Etienne Morel, la musique est de Mozart, arrangée par Lachnith, les ballets de la composition de M. Gardel, maître de ballets du Roi. Représenté pour la première fois sur le théâtre de LA REPUBLIQUE ET DES ARTS, le 25 thermidor an IX, remis le 23 mars 1813 et repris avec des changements et en trois actes, le 9 janvier 1816.

 

LES/MYSTERES D’ISIS /OPERA EN IV ACTES /Représenté sur le Théâtre de la REPUBLIQUE/et des ARTS, le 25 thermidor an IX,/ Prix, 1 fr.50 cent./A PARIS/ DE L’IMPRIMERIE DE PRAULT/ rue Taranne, N° 644./ AN IX DE LA REPUBLIQUE /PAROLES DU C.EN E. MOREL/MUSIQUE DE MOZART,/ARRANGEE PAR LE C.EN LACHNITH./ LES BALLETS/DE LA COMPOSITION DU C.EN GARDEL./NOTA. Le citoyen LACHNITH a composé le récitatif, et formé la partition. Tous les morceaux de musique sont parodiés de l’Opéra de la Flûte Enchantée. Ceux qui ont été choisis dans différentes partitions de MOZART, sont indiqués dans le cours de l’ouvrage. (8), 67, (1) p.4°,68.

 

LA FLÛTE ENCHANTEE, paroles françaises de L.V. DURDILLY, édition conforme au manuscrit de W.A. MOZART, partition chant et piano transcrit par L. NARICI. (sans date)

 

AVANT-SCENE OPERA, n° 196, La FLÛTE ENCHANTEE, livret intégral d’Emmanuel Schikaneder, traduction par Françoise Ferlan, Paris, éd. Premières Loges Mai-juin, 2000. (Bärenreiter, Kassel, 1970.)

 

LA FLÛTE ENCHANTEE, (extrait du «manuscrit Barbier»), opéra fantastique en 4 actes et 7 tableaux, par NUITTER ET BEAUMONT, musique de MOZART. Les liasses sont incomplètes, certaines feuilles manquent dans la pagination. Plusieurs versions qui diffèrent pour ce qui est de l’action et de la fin de l’histoire. (se trouve à Paris, à la Bibliothèque du Musée de l’Opéra.)

 

DON JUAN, DRAME LYRIQUE EN TROIS ACTES, Représenté pour la première fois à L’ACADEMIE IMPERIALE DE MUSIQUE, le 30 Fructidor an XIII. Le Poëme est de MM. J. THURING, Général de brigade, et D. BAILLOT, Sous-Bibliothécaire de la Bibliothèque impériale de Versailles. La Musique est de Mozart, arrangée par M.C. KALKBRENNER, Membre de  l’Académie impériale de Musique. Les ballets sont de M. GARDEL, Maître des Ballets de S.M. l’Empereur et Roi, et de ceux de L’Académie impériale de Musique. A Paris, chez Ballard, Imprimeur de l’Académie impériale de Musique, rue J.J. Rousseau, n° 8, An XIII-1805.

 

AVANT-SCENE OPERA, n° 24, DON JUAN, livret original de Lorenzo da Ponte, nouvelle traduction française par Pierre Malbos,  Paris, Ed. Premières Loges, 1979.

 

AVANT-SCENE OPERA, n° 89, IDOMENEE, livret original de Varesco, nouvelle traduction française par Dominique Sila, Paris, Ed. Premières Loges, 1986.

 

L’ENLEVEMENT AU SERAIL, de Wolfgang  Amadeus Mozart, Opéra en trois actes, Livret de Gottlieb Stephanie d’après Christoph Friedrich Bretzner, traduction de Karl Krieg, ouvrage publié sous la direction d’André Segond, Opéra de Marseille et Actes Sud, 1995.

 

3. Correspondance

 

MOZART, Wolfgang Amadeus, Briefe und Aufzeichnungen, Edition de la Fondation internationale Mozarteum Salzbourg, réunie et annotée par Wilhelm A. Bauer, Otto Erich Deutsch et Joseph Heinz  Eibl, Kassel ; Bärenreiter, 1962-1975 ; Edition française  établie par Geneviève Geffray, W.A. Mozart, Correspondance, Paris, Flammarion, 1986-1992.

 

 

II. LES ETUDES SUR MOZART

 

1. Biographies de Mozart

 

ABERT, Hermann, W.A.Mozart, Leipzig, Breitkopf und Härtel, 1919-1921.

EINSTEIN, Alfred, Mozart, l’homme et l’œuvre, Paris, Gallimard, coll. Tel, Paris, 1991.

HOCQUARD, Jean-Victor, Mozart, Paris, éd. du Seuil, coll. Solfèges,  2e édition 1970.

HUTCHINGS, Arthur, Mozart, l’homme, le musicien, Tours, éd. van de Velde, 1976.

JAHN, Otto, Mozart, 4 vol. 1856-1859.

MASSIN, Jean et Brigitte, Wolfgang Amadeus Mozart, Paris,  Arthème Fayard, 1970.

NIEMETSCHEK, Franz-Xaver, Leben des KK Kapellmeisters Wolfgang Gottlieb Mozart, nach Originalquellen beschrieben. 1ère éd. 1798. (Réédition  précédée du Nécrologue de Schlichtegroll, préface de Carl de Nys, présentation, traduction et notes de Georges Favier, Université de Saint-Etienne, 1976.)

NIEMETSCHECK, Franz-Xaver, Ich kannte Mozart : Leben des k.k. Kapellmeisters Wolfgang Gottlieb Mozart nach Originalquellen beschrieben, éd. Jost Perfahl, Vienna/Himberg : Wiener Verlag : 1984.

NISSEN (von), Georg Nikolaus, Biographie Wolfgang Amadeus Mozart’s nach Originalbriefen, Leipzig, 1ère éd.1828, Hildesheim, (fac simile)1972.

NOVELLO, Vincent et Marie, A Mozart Pilgrimage, Being the Travel Diaries of Vincent  and Mary Novello in the Year 1828, texte transcrit par Nerina Medici di Marignano, Londres, éd. Rose-Mary Hughes,1955.

WYZEWA (de), Théodore, et SAINT-FOIX (de), Georges, Wolfgang, Amadeus, Mozart, Paris, Laffont, coll. Bouquins, 1986, rééd. Paris 1991.

 

2. Etudes générales

 

AVANT-SCENE OPERA, N° 241, ouvrage collectif, Opéra et mise en scène, Paris, éd. Premières Loges, novembre-décembre 2007.

 

CANNONE, Belinda, La réception des opéras de Mozart dans la presse parisienne (1793-1829), Paris, Klincksieck, 1991.

 

DIAPASON, Révélations sur Mozart,  février 2006, p.24-40.

 

DUDLEY, Sherman, Les premières versions françaises du mariage de Figaro, R.d M., Ixis,1983, p. 55-58.

 

FELLERER, Karl Gustav, Zur Rezeption von Mozarts Opern um die Wende des 18./19. Jahrhunderts, Mozart-Jahrbuch 1965/66, p.39-40.

 

LA GORCE (de), Jérôme, Féeries d’opéra, décors, machines et costumes en France, 1645-1765, Paris, éd. du Patrimoine, 1997.

 

GRIBENSKI, Jean, textes réunis et présentés, D’un opéra l’autre, avec le concours du Centre d’études de la musique française aux XVIIIe et XIXe siècles, université de Paris IV, Sorbonne, 1996.

 

LESURE, François , L’opéra classique français, Genève, éd. Minkoff, 1972.

 

LESURE, François, « L’œuvre de Mozart en France de 1793 à 1810 », in : Mozart-Jahrbuch 1956, Graz, 1958.

 

MONGREDIEN, Jean, Mozart, origines et transformations d’un mythe, (Actes du colloque international organisé dans le cadre du bicentenaire de la mort de Mozart, Clermont-Ferrand, décembre 1991), Peter Lang, 1994.

REVERS, Peter, « Mozart und China : Henri Montan Bertons Pasticcio Le laboureur chinois, ein Beitrag zur französischen Mozart-Rezeption des frühen 19. Jahrhunderts”, Mozart-Jahrbuch 1991, p.777-786.

 

ROBBINS LANDON, H.C., Mozart connu et inconnu, Paris, Gallimard, collection « Arcades» 1996. (recueil d’articles, traduction française de The Mozart essays, Londres 1995)

 

MOZART et ses masques, Paris, 2006. Recueil de textes de STENDHAL, EINSTEIN, Alfred, MORE, Marcel, MÖRIKE, Eduard, HOFFMANN, E.T.A., BURGESS, Anthony,  présentés par Anne Rey

 

STAROBINSKY, Jean, 1789, les emblèmes de la Raison, Paris, Flammarion, 1979.

 

3. Etudes sur les œuvres

 

AVANT-SCENE OPERA, bimestriel, n°1, La Flûte enchantée, opéra maçonnique, Paris, Editions  premières Loges, janvier-février 1976, p. 82-84.

 

AVANT-SCENE OPERA, La diversité des langages, n° 101, Paris, Ed. Premières Loges, septembre 1987, p.108-114.

 

ANGERMÜLLER, Rudolph, « Les Mystères d’Isis (1801) und Don Juan (1805, 1834) auf der Bühne der Pariser Oper » in :Mozart-Jahrbuch 1980-1983, Kassel 1983, p. 32-97.

 

ANGERMÜLLER, Rudolph, Eine französische Idomeneo-Bearbeitung aus dem Jahre 1822 ; Ein Beitrag zu Mozart-Bearbeitungen im 19. Jahrhundert in Frankreich. [Salzburg] internationale Stiftung-Museum [1973] 43 p.

 

BROTE, Luc, La Flûte Enchantée à Paris : Les premières représentations, Phil. Diss. Strasbourg, 1984.

 

CHAILLEY, Jacques, La Flûte Enchantée, opéra maçonnique, Paris, Robert Laffont, S.A., collection «Accords», 1991. (1e édition Paris 1968)

 

HOCQUARD, Jean-Victor, Les grands opéras de Mozart, Paris, 1978.

            Le Don Giovanni de Mozart, Paris, Aubier, 1979.

            Mozart l’Unique, Paris, Librairie Séguier, 1989.

            Mozart, l’amour, la mort, Paris, J.C. Lattès, Archimbaud, 1992.

 

JOUVE, Pierre Jean, Le Don Juan de Mozart, Paris, éditions d’Aujourdhui, (réédition 1977)

 

MARTY, Laurent, 1805, La création de Don Juan à l’Opéra de Paris, Paris, L’Harmattan, 2005.

 

MASSIN, Brigitte, Guide des opéras de Mozart, Livrets, analyses, discographie, Paris, Fayard, coll. Les indispensables de la musique, 1991.

 

« Mozart, Don Giovanni », Revue et Gazette musicale de Paris, IX [1842], p.89-92.

« Jugement dernier sur Mozart », Revue et Gazette musicale de France, VI, [1839] p. 337-338,.

Jules Maurel, « Deux jugements sur Mozart », Revue et Gazette musicale de France, VI, | [1939] p.494 ss.

 

ROUSSET, Jean, Le Mythe de Don Juan. Paris, 1978.

 

SERVIERES, Georges, « première adaptation de la Zauberflöte en France : Les Mystères d’Isis »,  in : EPISODES  D’HISTOIRE MUSICALE, Paris, 1914, p. 145-170.

 

WERNER-JENSEN, Karin, « Studien zur Giovanni Rezeption im 19. Jahrhundert, 1800-1805” in : Frankfurter Beiträge zur Musikwissenschaft, Tutzing, Musikantiquariat Dr Hans Schneider, Verlag GmbH, p.223-237.

 

4. Etudes sur le contexte (musique, société)

 

BENOIT, Marcelle, (sous la direction de) Dictionnaire de la musique  en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Fayard, 1992.

 

CHENET, Françoise, Mozart et ses doubles : le Don Giovanni de Losey, mise en abîme de l’adaptation, Ed. Peter Lang, 1994.

CLAUDON, F. (textes recueillis par), Itinéraires mozartiens en Bourgogne, (colloque de Dijon des 11 et 12 avril 1991) Paris, Klincksieck, 1992.

 

DERMONCOURT, Bertrand, (sous la direction de) Tout Mozart, Encyclopédie de A à Z, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2005.

 

DURAND, Gilbert, Beaux-Arts et Archétypes, Paris, PUF, 1989.

 

ELLIS, Katharina, “4. The Austro-German tradition I: The reception of Gluck, Haydn and Mozart”, in: Music criticism in nineteenth century France, La Revue et Gazette musicale de Paris, 1834-1880, Cambridge University Press, 1995,  p.77-100.

 

Encyclopédie de la Musique, Paris, Fasquelle, 1959.

 

FAUQUET, Joël-Marie, (sous la direction de) Dictionnaire de la musique en France au XIXe

siècle, Paris, Fayard, 2003.

 

HABERKAMP, Gertraut, Anzeigen und Rezensionen von Mozart-Drucken in Zeitungen und Zeitschriften, Mozart-Studien, éd.M.H. Schmid (Tutzing: Hans Schneider), 1992-2005.

 

MONGREDIEN, Jean, LA MUSIQUE EN FRANCE, des Lumières au Romantisme, Paris, Harmoniques/Flammarion, 1986.

 

MONDE DE LA MUSIQUE (LE) Dossier Mozart, décembre 2005, p.54-60.

                                                         L’Europe baroque, janvier 2006, p.32-38.

 

PARADIS, Annie, MOZART, l’opéra réenchanté, préface de H. C. Robbins Landon, Paris, Arthème Fayard, 1999.

 

RAPIN, Jean-Jacques, A la découverte de la musique, Lausanne, éd. Payot, 2001, 7e édition en un volume, traduit par Denis Colin.

 

ROBBINS LANDON, H.C., (sous la direction de) Dictionnaire Mozart, Paris, J.C. Lattès, 1990, rééd. Fayard, 1997.

ROBBINS LANDON, H.C., Mozart, l’âge d’or de la musique à Vienne, 1781-1791, Paris, J.C. Lattès, 1989 (traduction française de Mozart : The Golden Years, 1781-1791, Londres 1989).

 

ROUSSEAU, Jean-Jacques, œuvres complètes, Ecrits sur la musique, la langue et le théâtre, textes historiques et scientifiques, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1991.

 

STENDHAL, Lettres écrites de Vienne en Autriche, sur le célèbre compositeur J. Haydn suivies d’une vie de Mozart, et de considérations sur Métastase et l’état présent de la musique en France et en Italie, par Louis-Alexandre-César Bombet, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, 1814.

 

STRICKER, Rémy, Mozart et ses opéras, fiction et vérité, Paris, Gallimard, 1980.

 

III. LA PRESSE

 

Allgemeine Musikalische Zeitung, (AMZ), Leipzig 1798 sq ;

Affiches, annonces et avis divers ou Journal général de France, 1783-septembre 1811 ; 1er octobre 1811-19 novembre 1814, Paris, 8e, puis 4°.

L’Album [puis national].Revue des journaux, des sciences, de la littérature, des tribunaux...Octobre 1828-juillet 1829. Paris, 4°.

Clef (La) du cabinet des souverains. Nouveau journal du soir et du matin, historique, politique, économique, moral et littéraire, par les citoyens Garat, Fontanes, Pommereuil [puis Journal politique et littéraire]. 12 nivôse an V-3e/4e j. compl. An XIII (le 1er janvier 1797-20/ 21 septembre 1805). Paris,8°.

Corsaire (Le). Journal des spectacles, de la littérature, des arts, des mœurs, et des modes. Juillet 1823-septembre 1852. Paris, fol.

Le Courrier de l’Europe voir Courrier (Le) des spectacles.

Le Courrier des spectacles ou Journal des théâtres [puis et de littérature]. 18 nivôse an V (7 janvier 1797)-31 mai 1807. Paris, 4°

fusionne avec Le Courrier français. Journal politique, commercial et littéraire, pour former

Courrier( Le) de L’Europe et des spectacles [puis et Mémorial européen réunis],1er juin 1807-30 septembre 1811. Paris, gr. Fol.∏ 112 n° 1798-1805 B.M.O./∏ 118 B.M.O.

Courrier (Le) des théâtres. Littérature, beaux-arts, sciences...12 avril 1823-mai 1842. Paris, 4°.

Décade (La) philosophique, littéraire et politique. 10 floréal an II-30 fructidor an XII (29 avril 1794-17 septembre 1804). Paris 8°.

devenu : Revue (La) (ou Décade) philosophique, littéraire et politique. 10 vendémiaire, an XIII (2 octobre 1804)-septembre 1807.

Gazette de France, 19 décembre 1797-31 décembre 1806. 1807-1er décembre 1830... Paris, 4°, puis gr. fol.

Gazette nationale ou le Moniteur universel. 24 novembre 1789-1810. Paris, fol.

devenu : Moniteur universel. 1811-juin 1901. Paris, fol.

Globe (Le). Journal littéraire. Septembre 1824-avril 1832. Paris, 4° puis gr . fol.

Journal de Paris [puis de Paris et des départemens]...1777-juin 1827. Paris, 4° puis fol.  

devenu Nouveau journal de Paris [et des départemens]... août 1827-juin 1829.

Journal des comédiens. [puis Feuille officielle des théâtres de la France et de l’Etranger]. Avril 1829-sept. 1831. Paris, 4°.

Journal des dames et des modes. Fondé par M. de la Mésangère. Septembre 1798-janvier 1839. Paris, 8°.

Journal des débats et des décrets... 29 août 1789-29 messidor an XIII (15 juillet 1805). Paris, 8° puis 4°, fol. puis gr. Fol.

devenu : Journal de l’Empire. 27 messidor an XIII (16 juillet 1805) 31 mars 1814.

devenu : Journal des débats politiques et littéraires. 1er avril 1814-20 mars 1815.

devenu : Journal de l’Empire. 21 mars-7 juillet 1815.

devenu : Journal des débats politiques et littéraires. 8 juillet 1815.

Journal du commerce [puis du commerce, de politique et de littérature]. An III (1794)-30 septembre 1811 ; décembre 1814- juin 1817 ; décembre 1819-9mai 1837. Paris, 4°, puis gr. fol.

Magas(z)in encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts...décembre 1792 [-1793]. 1795-mai 1816. Paris, 8°.

Ménestrel (le) vol. LXXIII (1907), p.268.

Mentor(Le) [dramatique et littéraire]. Mars1826-[...]. Paris, fol.

En février 1828 absorbe :Journal des voyageurs et des étrangers.

Du 14 août 1828 au 1er septembre 1829 a paru alternativement sous ce titre et sous celui de : Feuilleton [d’annonces] du Mentor. Journal des voyageurs... Le sous-titre varie.

Mercure de France [littéraire et politique]. Messidor an VIII (juin 1800)-1816. Paris, 8°.

devenu : Mercure de France et chronique de Paris. Juillet1819-février 1820.

devenu : Le Mercure du dix-neuvième siècle. 1823-1827.

devenu : Le Mercure de France au dix-neuvième siècle. 1827-1832.

Mercure universel. Mars 1791-vendémiaire an VI (septembre/octobre 1797). Paris, 8°.

Messager(Le) [des Chambres]. Journal des villes et des campagnes. 9 février 1828-1846. Paris, gr. fol.

Moniteur (Le) voir Gazette nationale.

Petites affiches de Paris ou Journal général d’annonces, d’indications et de correspondance... 1er nivôse an VIII (22 décembre 1799)-septembre 1811. Paris, 8°.

Publiciste (Le). 7 nivôse an VI (27 décembre 1797)-1er novembre 1810. Paris, 4°.

Quotidienne (La). Nouvelle Gazette universelle [puis Quotidienne (La) ou la Gazette universelle]. 22 septembre 1792-18octobre 1793, Paris,4°, puis fol.

devenue après maintes transformations : Quotidienne (La) ou [la Feuille du jour], 7 juillet 1815-6 février 1847.

Revue musicale. 1827-octobre 1835. Paris, 8° puis 4°.

Semaine (La). Journal hebdomadaire, Sciences, arts, littérature, spectacles [puis Journal de sciences, arts, littérature...]. Février 1828-août1830. Paris, 4°, puis fol.

Tablettes de Polymnie. Journal consacré à tout ce qui intéresse l’art musical. 1810-1811. Paris, 8°.

Universel (L’). [Journal de littérature, des sciences et des arts]. 1829-juil.1830. Paris, fol

 



[1] Courrier des Spectacles, 19 septembre 1805.

[2] Revue et Gazette Musicale XXI /33, 13 août 1854, p.265.

[3] Ibidem, p.78.

[4] DERMONCOURT, Bertrand, (sous la direction de), Tout Mozart, Encyclopédie de A à Z, Paris, Robert Laffont, Bouquins,  2005.

[5] NIEMETSCHEK, Franz, Xaver, Leben des k.k. Kapellmeisters Wolfgang Gottlieb Mozart nach Originalquellen beschrieben, Prague, 1798. Traduction française, Georges Favier, Saint Etienne, 1976.

[6] NISSEN,Georg Nikolaus, Biographie W.A. Mozart’s nach Originalbriefen, Facsimile de l’édition originale, Leipzig, 1828, Hildesheim, 1972.

[7] A Mozart Pilgrimage, Being The travel Diaries of Vincent and Mary Novello in the year 1829, transcrits et réunis par Nerina Medici di Marignano, Londres, éditions Rose-Mary Hughes, 1955.

[8] Henri de Montherlant écrivait : « La passion transporte l’être, d’un monde multiple où il se dissipait, dans l’unicité de ce qui est elle, où il se rajeunit et se fortifie.»

[9] HUTCHINGS, Arthur, publie : Mozart, the man, the musician; Edité en France sous le titre: MOZART, L’homme, Le Musicien, Tours, éd. van de Velde, 1976.

[10] ROBBINS LANDON, Howard Chandler, né à Boston, Massachusetts, en 1926. Auteur de nombreux ouvrages sur Mozart : Mozart’s Last Year, Londres, Thames & Hudson, 1988. (1791, la dernière année de Mozart, Paris, J.-C. Lattès, 1988.) Mozart, samedi12 novembre 1791, Paris, J.-C. Lattès, 1993. Mozart : The Golden Years 1781-1791,1989. (Mozart en son âge d’or : 1781-1791, Paris, Fayard, 1996). The Mozart’s Essays, 1995. (Gallimard, Arcades, 1996, (pour la traduction française : Mozart connu et inconnu), Dictionnaire Mozart (Sous sa direction,) 

[11] HOCQUARD, Jean-Victor, Mozart, l’amour, la mort, Paris, J.-C. Lattès/Archimbaut, coll. « Musique et musiciens.», 1992.

[12] CHAILLET, Jacques, après avoir été professeur  au Conservatoire national supérieur de la musique de Paris et inspecteur général de la musique, a été de 1952-1979, professeur d’histoire de la musique à la Sorbonne. Ses derniers livres présentent de manière intelligible quelques uns des problèmes qu’affrontent les spécialistes de l’art musical.

[13] SOLOMON, Maynard, (1930...) Mozart, ein Leben, traduit de l’anglais.

[14] CARREL, Alexis, (1873-1944), physiologiste et chirurgien français, docteur en médecine. Il quitte la France, entre à l’institut Rockefeller. Outre ses nombreux travaux scientifiques, il est auteur d’ouvrages philosophiques ?(Grand Larousse encyclopédique, vol.2, dépôt légal 1960)

[15] ROUSSEAU, Jean-Jacques, Œuvres complètes, Paris, La Pléiade, 1991, p.328.Un avertissement précède sa lettre : « La langue française me paraît être celle des philosophes et des savants [...] organe de la vérité et de la raison. » Très imbu de lui-même, le philosophe assure, pour terminer son avertissement : « J’ai bien peur qu’à la fin  mon plus grand tort ne soit d’avoir raison ; car je sais trop que celui-là ne me sera jamais pardonné. »

[16] ROUSSEAU, Jean-Jacques, Confessions, VIII, O.C. Paris, La Pléiade t.1, p.384.

[17] Ibidem : Lettre d’un symphoniste de l’Académie Royale de Musique à ses camarades de l’orchestre, p.277.

[18] GRIBENSKI, Jean, Catalogue des éditions françaises de Mozart, 1764-1825, p. XXXIII.

[19] Voir référence précédente.

[20] VILA, Marie-Christine, Sotto voce, Mozart à Paris, Actes Sud, 1991, p.79.

[21] MASSIN, Jean et Brigitte, Wolfgang, Amadeus Mozart, Paris, Fayard, 1985, p.266.

[22] MASSIN, Jean et Brigitte, ouvrage cité, p.302.

[23] MASSIN, Jean et Brigitte, ouvrage cité, p.262.

[24] Ibidem, p.266.

[25] ANGERMÜLLER, Rudolph, W.A. Mozarts musikalische Umwelt in Paris (1778),München/Salzburg, 1982, p.LVI.

[26] GEOFFFROY, Julien Louis, 1743-1814, assure la critique dramatique dans le Journal des Débats, avec un vif succès.

[27] Cours de littérature dramatique, 2e éd. 1825, Blanchard, t.V p.186 et sq :Les Mystères d’Isis ; p.194 et sq : Don Juan ; p. 459 sq : Cosi fan tutte.

[28] Ibidem  p. 463.

[29] Ibidem  p. 459.

[30] Ibidem  p. 461.

[31] GINGUENE, Pierre Louis, (1748-1816), publia des poèmes dans l’Almanach des Muses. Partisan de la Révolution, il fut pourtant emprisonné sous la Terreur. Il ne dut son salut qu’à la chute de Robespierre. A partir de 1795 et jusqu’à sa suppression en 1807, il dirigea La Décade Philosophique. Il a écrit une remarquable Histoire littéraire de l’Italie.

[32] Petites Affiches, 4 fructidor an IX.

[33] Journal de l’Empire, 15 janvier 1806.

[34] Courrier des Spectacles, 13 fructidor an IX.

[35] Journal de Paris,  9 fructidor an  IX.

[36] Voir dans l’annexe, la lettre de Morel de Chefdeville et de Lachnith aux Administrateurs du Théâtre de la République et des Arts.

[37] Il écrivit des livrets d’opéras pour Grétry : La Caravane du Caire ou l’Heureux Esclavage (1783), Panurge dans l’île des Lanternes (1785) Aspasie de Milet (1789)

[38] MARTY, Laurent, in : 1805, la création de Don Juan à l’Opéra de Paris, Paris, librairie de l’Harmattan, 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005, p.197.

[39] A l’occasion de la première représentation de l’ouvrage au Théâtre-Lyrique de Paris en mai 1859, publié in : A travers chants (édition de 1862).

[40] Les Mystères d’Isis, Mozarts seynsollende Zauberflöte. Man kann sich wohl kaum vorstellen, dass man die Unverschämtheit weiter treiben könnte als es H. Lachnith es bey dem sogenannten arrangement dieses letzten Mozartschen Meisterwerkes gethan hat. Da ist aber auch in der ganzen Oper, (die Ouverture und die Bass-Arie des Sarastro ausgenommen) nicht ein  einziges Stück, (sogar das an sich unbedeutende Vogelfänger-Liedchen)  was dieser Vandale unverstümmelt gelassen hätte.- da sind allenthalben Täkte weggeschnitten und zugesetzt, geändert; Stellen die für Stimmen berechnet sind, warden nun ganz mager abgequickt, andere Solostellen vom ganzen Chor hochgeplärrt Das Gedicht selbst, ist französisch ganz geändert, dennoch, es hat eine ganz andere Tendenz und Form, ist zwarweniger unsinnig, als jenes Schikanedersche sauer-süsse Gemeuschel von Ernst und  Possenreisserei. Die Handlung hat Mühe sich auf ihren lahmen Beinen bis ans Ende fortzubewegen. Heiliger Mozart! Vergib dem Pinsler der deiner ewig-unnachahmlichen Raphaëls-Figur breit-derbe Schnurrbärte und Warzen angepinselt hat. Mozart-Jahrbuch 1980-83, 32. (Kopie des Briefes in der Bibliothek der Internationalen Stiftung Mozarteum Salzburg)

[41] Copie de la lettre à la bibliothèque de la « Internationalen Stiftung Mozarteum Salzburg »

[42] STENDHAL, Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, Paris, P. Didot l’aîné, 1814, p.347-348.

[43] Ibidem, p.348. Toutes les citations du paragraphe 5 sont extraites de l’ouvrage de Stendhal, déjà cité.

[44] voir note suivante.

[45] Les Noces de Figaro, opéra comique en 4 actes, Paris 1819, Bibliothèque Nationale VI.

[46] CASTIL-BLAZE, Académie impériale de la musique, 2 volumes in 8°, Paris, 1855, chez l’auteur .

[47] BERLIOZ, Hector, Mémoires, vol. 1, p. 90.

[48] Revue et Gazette Musicale, XVII/25 : 22 juin 1851, p. 23

[49] De nombreuses critiques de Castil-Blaze des années 1820-21 paraissent en 1830, sous le titre Chroniques musicales du J.D., Paris, Bibliothèque Nationale, V 34 038.

[50] Ibidem.

[51] Journal du soir, Courrier de la République française, 1er frimaire an X, Bulletin des théâtres, Théâtre Mozart (De la Cité).

[52] MAGASIN ENCYCLOPEDIQUE, 1801, tome V.

[53] Courrier des Spectacles, 18 fructidor an IX.

[54] Ibidem, 10 fructidor an IX.

[55] Petites Affiches, 29 fructidor an IX.

[56] R. M.G. 2, 1827/28, p.536-537.

[57] Le Moniteur, 16 octobre 1811, n° 289, p.1104.

[58] Le Courrier du Spectacle, n°1656, p.2.